Une démocratie en péril

La grogne d’une grande partie des Américains s’est fait sentir dès le lendemain de la victoire surprise de Donald Trump à la présidentielle américaine. Des manifestations spontanées ont éclos dans plusieurs grandes villes américaines en guise de protestation (Not my president).

dt

Beaucoup évoquent un manque de légitimité du nouveau président à la suite de la divulgation du résultat final qui donne une majorité des voix à Hillary Clinton.

Le même phénomène s’est aussi produit à la présidentielle de l’année 2000 mettant en lumière un dysfonctionnement du système électoral américain lorsqu’il est confronté à un écart serré entre les candidats. Cependant, cette fois-ci, le discours de Donald Trump suscite beaucoup plus d’appréhension et d’incertitudes que celui de G.W. Bush à l’époque – ce qui explique cette explosion de contestations.

Les motifs de ce mouvement anti-Trump résident plus dans la crainte d’un affaiblissement des principes fondateurs de la démocratie américaine que dans la personnalité incisive et imprévisible du personnage. En effet, ses promesses d’un pouvoir accru octroyé aux forces policières et son dénigrement des minorités, entre autres, se placent en contradiction avec la pensée de la constitution américaine et de ses idéaux de liberté et de justice.

Les prochaines années seront houleuses sous la gouverne de Donald Trump et l’on est en droit de se demander si la première démocratie libérale de l’époque moderne ne deviendra pas la première à vaciller dangereusement sur ses fondations…

Publicités

Despotisme parlementaire

La loi 28 adoptée sous le bâillon par le gouvernement Couillard, englobant une kyrielle de lois sans rapport apparent, amorce au Québec une mouvance aux projets de lois « mammouth » très semblables à la méthode utilisée par les conservateurs à Ottawa. Tout comme ces derniers, les libéraux québécois tassent sur le bas-côté leurs prétentions de transparence et de consensus si longuement évoquées avant leur prise du pouvoir et sous prétexte de l’urgence de la situation, ils sapent ainsi les préceptes mêmes de la démocratie en court-circuitant les débats sur ces diverses lois – ce qui maintient encore plus le public dans l’ignorance sur les enjeux des politiques qui l’affecteront directement.

Une situation qui alimente encore plus le questionnement sur la vétusté de notre système électoral uninominal majoritaire à un tour de type britannique. Un système qui alloue la totalité du pouvoir au parti majoritaire en chambre même si celui-ci n’obtient pratiquement jamais la majorité absolue en terme de voix.

Cette nouvelle tendance aux lois « mammouth » pourrait constituer un aboutissement naturel de ce mode de scrutin ne laissant que peu de place à l’opposition parlementaire comme à la contestation citoyenne. Mais nos élus au pouvoir devraient réaliser que la majorité parlementaire n’est pas synonyme de majorité absolue et que ce genre de manœuvre législative autocratique s’éloigne dangereusement de l’esprit de la démocratie libérale.

Alexis de Tocqueville édictait jadis que la démocratie était le « despotisme de la majorité »… mais force est de constater que nous vivons actuellement sous le « despotisme parlementaire », sans majorité absolue…

Soupçon de démocratie

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 31 octobre 2014

Il faut éviter de tomber dans le piège tendu par les actes des deux forcenés s’en étant pris à des militaires et à la Chambre des communes la semaine dernière.

Et c’est exactement ce qu’entend faire le gouvernement conservateur avec l’aide de la Gendarmerie royale du Canada en réponse à ces attentats. En effet, on songe à donner aux forces policières le pouvoir de surveiller ou d’arrêter les personnes soupçonnées de terrorisme, et ce, sans l’aval du procureur général qui vise normalement à faire contrepoids aux enquêteurs dans le but d’empêcher des violations aux droits et libertés de la personne.

Une telle législation viendrait affaiblir les fondations démocratiques en y créant une brèche qui ne ferait que s’accentuer avec le temps et édulcorer les principes mêmes de l’État de droit sur lesquels s’est érigée notre société…. et c’est exactement cela que recherchent ces nouveaux convertis à l’islamisme radical.

Les conséquences d’une telle dérive sont multiples et dangereuses : violation des droits de la personne; abus policiers; nouvelle forme d’inquisition à la maccarthysme et délation entre les citoyens; autocensure nuisant à la liberté d’expression des citoyens sur leurs opinions plus contestataires ou non-conformistes…

L’un de mes professeurs à l’université clamait que la démocratie est une belle porcelaine fine, et que si l’on n’y prend pas soin en l’échappant sur le sol, jamais les morceaux ne pourront être recollés.

Nous devons alors rester sur nos gardes pour conserver nos acquis démocratiques afin de ne pas devenir, contre notre gré, un «  soupçon de démocratie  »…

Un parti pas si libéral que ça

Le parti de Philippe Couillard brandit fièrement le libellé « libéral » dans sa diatribe contre la Charte des valeurs québécoises du Parti Québécois.

Le Parti libéral du Québec prônait une latitude quasi-totale sur la question des signes religieux ostentatoires, mais la sortie fracassante de Fatima Houda-Pepin, une députée libérale de confession musulmane, lui a imposé de revenir aux racines mêmes du libéralisme politique en l’obligeant à opter pour des restrictions inspirées de la Commission Bouchard-Taylor – c’est à dire une interdiction des symboles religieux qu’aux agents coercitifs de l’État (policiers, juges, procureurs de la couronne).

Tout d’abord, l’ancienne position du PLQ s’inscrivait complètement en faux avec la notion libérale de séparation de l’État et de la religion.  En effet, John Locke (1632-1704), considéré comme le premier penseur du courant libéral, édictait clairement dans ses écrits la nécessité d’une séparation distincte du politique et des confessions religieuses dans le but évident d’éviter un absolutisme théocratique néfaste.  Nul doute alors que Locke se serait prononcé pour un interdit des signes religieux, surtout en ce qui concerne les personnes détenant un pouvoir coercitif sur leurs concitoyens.

Ensuite, nous pouvons constater plusieurs incohérences dans le fonctionnement interne du PLQ par rapport à un principe cher au libéralisme : la démocratie avec sa notion de contre-pouvoirs.

Étrangement, ce parti démontre une façade toujours monolithique et les dissensions y sont rares.  En tenant serré le collier de sa députation, l’establishment du parti étouffe les voix des contestataires.  La belle famille libérale montre toujours une image d’unité, mais, malheureusement, au détriment des préceptes démocratiques du libéralisme politique qu’elle défend théoriquement.

Plusieurs exemples le démontrent : l’ascendance autocratique bien connue de l’ancien chef et premier ministre, Jean Charest, sur ses militants et députés (dont Couillard continue la tradition); l’incident du rejet d’une motion sur la tenue d’une enquête sur la corruption en plein congrès libéral (la proposition a été rejetée dans le brouhaha sans débat ni vote); le refus du vote libre par Philippe Couillard à propos du projet de loi sur la Charte des valeurs; et bien sûr, les déclarations houleuses d’il y a quelques jours de Fatima Houda-Pepin qui voulait ainsi sortir du carcan imposé par son parti.

Pour mieux comprendre la mécanique du Parti libéral du Québec, il est utile de se référer à la classification des partis politiques de Maurice Duverger.

Selon ce juriste et politologue français, les partis politiques se divisent en deux groupes : les partis de cadres et les partis de masse. Le premier groupe se campe surtout à droite et la pyramide décisionnelle va de haut en bas, c’est-à-dire que les élus dictent les priorités à la base du parti.  Au contraire, le deuxième groupe donne une grande influence à l’organisation du parti et les élus sont soumis à ses orientations.

Nous pouvons alors affirmer, selon ce classement, que le Parti libéral du Québec est un parti de cadres dans lequel l’élite assied son pouvoir sur le reste de la formation politique… en contradiction des valeurs démocratiques libérales.

De la pertinence des petits partis

Lors des dernières élections provinciales, certains ont jeté la faute sur les petits partis pour expliquer le fait que le Parti québécois n’ait pas obtenu une majorité parlementaire.

Néanmoins, l’apparition de formations politiques à l’extérieur des pâturages des partis traditionnels témoigne de la vivacité de notre démocratie qui se tonifie avec l’émergence de positions politiques différentes en chambre.

Le plus grand des petits partis, Québec solidaire, comportant 13 000 membres et ayant doublé sa députation avec l’élection de Françoise David, insuffle un vent de nouveauté sur le paysage politique québécois.  Madame David, femme de convictions, s’est élevée, par sa retenue et sa sagesse, au-dessus de la mêlée lors du débat des chefs –  des qualités qui ont su plaire à un électorat désabusé et rongé par le cynisme.

En science politique, il est admis que les partis aux portes du pouvoir ont une forte tendance à édulcorer leur programmes et à se diriger vers le centre pour séduire le plus d’électeurs possible.

Or, l’avènement de petits partis politiques produit l’effet inverse et tire les débats vers les idées et le contenu plutôt que sur la vieille rhétorique électorale populiste.

C’est ce que le récent scrutin général a démontré : le Parti québécois s’est clairement positionné vers le centre-gauche dès le début de la campagne afin de gruger des « parts de marché » sur la « clientèle » de Québec solidaire.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement péquiste s’est empressé d’adopter par décrets des mesures normalement revendiquées par la gauche et s’éloigne ainsi du centre.

Avant de dénigrer les petits partis sur leur rôle de division du vote, il faut considérer leur apport dans notre régime parlementaire majoritaire uninominal à un tour déficient jusqu’au jour où une réforme des institutions démocratiques leur donnera la place qui leur est due.

Pourquoi voter le 4 septembre?

Votez le 4 septembre, car si vous ne le faites pas, les autres le feront pour vous.

Votez pour vous et non parce que l’on vous l’impose.

Votez pour faire connaître votre opinion sur la direction que la société doit prendre.

Votez, parce que ce n’est pas seulement un droit, c’est surtout un devoir lorsque l’on prend le temps de s’informer des grands enjeux débattus.

Votez, les jeunes, afin de faire votre place et influer sur la société de demain que vous désirez.

Votez contre le cynisme ambiant avantageant les puissants et les nantis qui souhaitent notre indifférence pour mieux asseoir leur pouvoir.

Votez, parce qu’une fois les élections terminées, vous n’aurez rien à dire sur les conséquences de votre abstentionnisme.

Votez, car si vous ne vous occupez pas de politique, la politique s’occupera de vous…

La vacuité du vote obligatoire

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 16 août 2012

On peut saluer l’Institut du Nouveau Monde (INM) pour sa proposition du vote obligatoire afin de susciter une augmentation de la présence des jeunes électeurs aux urnes.

Cependant, cette solution, que l’on peut qualifier de « magique », fut imaginée jadis par beaucoup de penseurs politiques et appliquée dans quelques rarissimes pays, sans jamais devenir la panacée à la chute de l’implication des citoyens à la vie publique en Occident.  Et cela pour de nombreuses raisons.

Tout d’abord, dans notre contexte proprement québécois, une telle mesure coercitive avec possibilité d’amende au délinquant viendrait choquer les jeunes déjà épris d’un libre arbitre que la société leur a inculqué dès leur tendre enfance.

Ainsi, le succès du résultat du vote obligatoire est loin d’être garanti : contraindre la participation électorale des citoyens peut amener l’élection de dirigeants populistes car certains électeurs, peu intéressés par la chose politique, voteraient sans trop réfléchir pour les candidats leurs promettant mer et monde.

Finalement, l’INM prend le problème du mauvais côté.  On ne peut imposer l’intérêt envers les choses de l’État dans la Polis.  Il faut le créer, le stimuler, le mousser dès le début de la vie du citoyen jusqu’à son décès.  Ceci engendre des citoyens plus éclairés et donc une démocratie plus saine.

La suggestion de l’INM de cours d’éducation civique va en ce sens.  Il devrait s’y tenir et insister davantage sur ce point…