Le capitalisme-zombie

Avec la crise économique latente, les fonctions cérébrales du capitalisme international se sont éteintes, mais le corps continue d’avancer tel un zombie à la recherche de chaires fraiches à déguster.

Plus que jamais, en quête de pérennité, les géants de l’industrie et du commerce entreprennent les coins ronds afin d’engranger quelques dollars de plus afin de pallier à la chute des profits engendrée par la nouvelle dépression.

Et les États ratissent large afin d’assainir des finances publiques depuis longtemps déficitaires, encore plus avec la crise, et incombent à la classe moyenne et des démunies le fardeau d’un redressement financier en sabrant dans les services publics et sociaux.

Ainsi, tels des anthropophages, ils cannibalisent davantage l’écosystème planétaire et détruisent le tissu social sans vergogne : les espèces animales et végétales disparaissent de plus en plus; les ressources naturelles commencent à péricliter; les océans se meurent; la déforestation en Amazonie et ailleurs se poursuit; les glaciers fondent à la vitesse grand V, conséquence du réchauffement global, aggravant les perturbations climatiques; et les inégalités sociales s’accroissent.

À ce rythme, il ne restera plus de planète où exister.

Comme dans les longs métrages comprenant des morts-vivants lancinants, il est plus que temps de mettre une balle dans la tête de ce capitalisme zombifié.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  236 (initié)

L’illusion du biocarburant

Cet article a paru le 31 mars 2008 dans le journal “Le Devoir”.

Le pétrole fossile va manquer d’ici 45 ans, selon Jean-Marie Chevalier, professeur à l’université Paris-Dauphine où il dirige le Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP).  Alors, on se tourne vers la recherche de sources équivalentes de carburants au lieu d’investir dans le développement d’énergies propres et renouvelables.

En Amérique latine, on favorise l’exploitation de terres agricoles pour la production de biocombustibles à base de maïs, de soja, de blé ou de cannes à sucre.  On détourne alors les denrées de la satisfaction alimentaire de millions de pauvres gens des pays en voie de développement ou sous-développés pour faire rouler les voitures énergivores des riches locaux et des citoyens occidentaux.  Le président américain G.W. Bush s’est déjà montré favorable à cette industrie.

Pis encore.  Une compagnie de recherche forestière du Québec, FPInnovations, travaille sur un procédé qui transformerait la matière ligneuse en carburant raffinable, comme si la forêt québécoise n’était pas déjà assez délabrée. Pourtant, on annonce clairement au Québec que les coupes de qualité se font de plus en plus rares, particulièrement pour les feuillus, et le forestier en chef a imposé une réduction de l’exploitation pouvant atteindre 33% dans certaines régions pour les cinq prochaines années.  Tant qu’à tout raser le Québec, allons-y jusqu’au bout.

Si le biocarburant prend de l’ampleur, la déforestation planétaire s’accentuera (particulièrement en Amazonie), l’érosion s’aggravera emportant avec elle un nombre croissant de terres arables et l’eau douce, déjà considérée comme une ressource en danger sur l’ensemble du globe, se fera de plus en plus rarissime au détriment des démunis du globe car il faut 4.000 litres d’eau pour créer un litre de bioéthanol. Par ailleurs, les prix des produits agricoles exploseront, tout comme celui de l’eau, rendant ainsi de plus en plus inaccessibles ces ressources  pour une grande partie de l’humanité souffrant de la famine.

Les biocarburants sont peut-être moins polluants, mais les impacts écologiques résultants de leur production n’en font pas une solution viable à long terme car trop coûteuse en ressources naturelles. 

Les compagnies pétrolières et les constructeurs automobiles appuient tacitement la nouvelle mode de cette énergie « verte », car elle permet de faire perdurer les voitures à explosion au lieu de migrer vers des nouveaux moteurs à énergies renouvelables qui leurs profiteraient moins financièrement. 

Les poumons de la terre vont s’étouffer

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s’inquiète de la déforestation de la forêt tropicale amazonienne.  La situation est dramatique car 7 000 kilomètres carrés auraient été coupés dans les cinq derniers mois de l’année 2007.

La production accrue de soja, de maïs et l’accroissement de pâturages pour le bétail seraient en cause. On prévoit aussi une accélération du phénomène car on estime que 15.000 km2 de forêt seront détruites d’ici août 2008, c’est-à-dire une hausse de 34% par rapport aux 11.200 km2 détruits entre août 2006 et juillet 2007.

La popularité de l’éthanol à base de maïs, notamment aux États-unis, qui projettent d’accentuer l’utilisation de cette source d’énergie, inciterait bien des agriculteurs locaux à étendre leurs domaines exploitables au détriment de la forêt amazonienne.

Pourquoi privilégier un tel carburant lorsque cela empiète sur l’un des couverts forestiers les plus indispensables à l’équilibre écologique de la planète? Il s’agit des poumons du globe que l’on saccage au nom de la rentabilité économique.  Ce n’est pas en détruisant la richesse végétale du monde que nous parviendrons à régler les problèmes environnementaux.

Le Brésil semble ne pas posséder les moyens de sauvegarder ce patrimoine naturel mondial.  Au lieu de laisser jouer les lois du marché qui violent l’ordre naturel,  pourtant si nécessaire à notre survie, nous devrions opter pour une sage conservation de la forêt amazonienne au-delà des préoccupations économiques.

Un buffet à volonté


Richard Desjardins nous avait prévenu dans son film l’Erreur Boréale. La forêt est mal au point au Québec. Des décennies de négligence et de planification bâclée nous ont amené à la situation que nous connaissons présentement. Le dépérissement de la matière ligneuse a désormais atteint un stade de non retour. C’est ce qu’affirme l’économiste Jean-Thomas Bernard, ancien membre de la commission Coulombe sur la gestion de la forêt publique québécoise.

La surtaxe américaine sur l’exportation du bois d’œuvre n’était qu’une prémisse d’une crise qui ira en s’amplifiant avec les années. Maintenant, on annonce clairement que les coupes de qualité se font de plus en plus rares, particulièrement pour les feuillus, et le forestier en chef impose dès lors une réduction de l’exploitation pouvant atteindre 33% dans certaines régions pour les prochaines cinq années.

En conséquence, la compagnie Commonwealth Plywood va éliminer 2400 emplois et fermer 18 usines en évoquant le manque de ressources nécessaires à sa production. En terme clair, elle manque de bois! De même que l’entreprise Tembec qui continue sa rationalisation dans tout le pays. On peut aussi citer la hausse du dollar ou une baisse de la demande comme motifs, mais il est indéniable que la ressource est en baisse de disponibilité.

La responsabilité de cet état de fait incombe naturellement en partie aux compagnies forestières qui ont surexploité les forêts sans vergogne en dépassant les quotas imposés par le gouvernement. À cet effet, Commonwealth Plywood a été la championne des transgressions des normes d’exploitation en foresterie en récoltant trois fois plus de bois que lui permettait la loi. En tout, 78 infractions sur 10 ans ont été signalées. Pour la punir, la Cour Pénale du Québec lui a imposé des amendes d’un total d’un ridicule 204 000$, une somme insignifiante pour une industrie que génère des millions de dollars par année.

Mais le véritable tort revient au ministère de l’environnement qui couche depuis toujours avec les compagnies forestières. Le Québec a laissé l’une de ses ressources les plus importantes être dilapidée par des gens que seul le profit intéressent au détriment du développement durable. On a sacrifié les forêts contre une croissance économique immédiate et instantanée au lieu de prévoir à plus long terme la survie de l’or vert dans la province. La forêt québécoise à été servie aux entreprises comme un buffet à volonté et la négligence de l’État, en l’absence de pénalités sévères envers les violations des quotas de coupe, hypothèque maintenant l’avenir de cette ressource ainsi que l’héritage des générations futures.