Les fondements socio-économiques de la crise politique en Iran

Voici un excellent article publié dans Le Devoir concernant les fondements socio-économiques de la crise politique en Iran. 

_________________________________________________________

L’Iran en crise – Les signes de fissure se multiplient

Le grand soulèvement populaire qui a suivi l’annonce de la victoire écrasante de Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles du 12 juin en Iran, parmi des accusations de fraudes, d’irrégularités et d’infractions, est allé bien au-delà des enjeux mêmes de ces élections. Celles-ci mettaient en compétition des candidats qui avaient déjà fait leurs preuves en exerçant des fonctions clés au sein du régime clérical issu de la révolution de 1979.

Ce mouvement de contestation en scandant des slogans tels que «marg bar dictator» (mort au dictateur) a pris l’ampleur d’un véritable débordement qui en dit long sur la gravité de la crise que connaît aujourd’hui la société iranienne, trois décennies après l’usurpation du pouvoir par le clergé fondamentaliste.

Mir Hossein Moussavi, le chef de l’opposition, a été le premier ministre de la République islamique d’Iran de 1981 à 1989, une période pendant laquelle, sous prétexte de la guerre contre l’Irak, toutes les forces politiques laïques ou religieuses dissidentes qui avaient participé au renversement du régime du shah ont été brutalement écartées et réduites au silence les unes après les autres. C’est au cours de cette période sanglante — caractérisée par des exécutions sommaires des opposants, leur emprisonnement en masse ou leur fuite à l’étranger — que la République islamique s’est imposée comme appareil d’État.

Réforme du régime

Surpris par l’ampleur insoupçonnée des manifestations de ces derniers jours, qui se sont soldées jusqu’à présent par une vingtaine de morts et plusieurs centaines d’arrestations, M. Moussavi s’est empressé d’affirmer que son objectif n’était pas de renverser ou d’affaiblir la République islamique, mais plutôt de la débarrasser de ses mensonges et de ses hypocrisies. Mais peut-on vraiment réformer un régime qui, au fil des années, s’est transformé en un véritable despotisme religieux?

En effet, Ali Khamenei, le guide de la révolution ou le guide suprême, qui est également le chef de l’État, concentre entre ses mains un immense pouvoir qui lui permet de diriger à la fois les forces armées, le système judiciaire, le Conseil des gardiens qui veille à la compatibilité des lois à la Constitution et à l’islam, etc. Bien que théoriquement il puisse être démis de ses fonctions par l’Assemblée des experts, il jouit d’un mandat à vie qui lui confère un pouvoir illimité. Par ailleurs, tous les candidats pour les élections au suffrage universel, à commencer par le président de la République, les députés du Parlement (Majles) et les membres de l’Assemblée des experts, sont sélectionnés par le Conseil des gardiens, qui a un droit de veto sur leur nomination.

Cette structure pyramidale du pouvoir qui ne laisse aucune place à la dissidence s’est accompagnée d’une économie polarisée par les revenus d’exportation du pétrole qui est à l’origine des mécontentements populaires et des frustrations accumulés depuis 30 ans.

Rôle du pétrole

Le pétrole en Iran, comme dans tout autre pays pétrolier du Moyen-Orient, a depuis toujours joué un rôle clé dans le maintien de l’équilibre social et politique. La mobilisation de la rente pétrolière en faveur de la classe moyenne avait, par exemple, permis au régime du shah de créer une assise sociale qui légitimait son pouvoir dictatorial.

Après la révolution de 1979, ce sont les dirigeants religieux qui se sont approprié les revenus du pétrole et qui ont tenté de créer leur propre assise sociale en mettant en place de nouvelles institutions, Bonyad (fondations), et en redistribuant ces revenus à leur clientèle telle que les Pasdaran (les Gardiens de la révolution) et les Basiji (force paramilitaire) qui ont servi de leviers de répression aux mollahs. Le vol, la corruption, les détournements et les commissions occultes associés à ces revenus ont permis à certains membres du clergé de s’enrichir rapidement. Il en est par exemple ainsi de l’ayatollah Akbar Hashemi Rafsanjani, président de la République islamique de 1989 à 1997, considéré aujourd’hui comme l’homme le plus riche du pays.

La politique économique suivie par Mahmoud Ahmadinejad, considéré comme un ultraconservateur, pendant son premier mandat présidentiel entre 2005 et 2009 ne lui a pas permis de résoudre les problèmes hérités de son prédécesseur «libéral» Mohammad Khatami et de mettre un terme au scandale de l’utilisation des revenus du pétrole à des fins d’enrichissement personnel.

Gestion médiocre

La forte augmentation du prix mondial du brut pendant cette période a en effet permis au nouveau président de redistribuer la manne pétrolière aux couches sociales appauvries sous forme d’aides et de subventions diverses et en abaissant les taux d’intérêt. Cette politique économique populiste a cependant provoqué une forte poussée inflationniste, de 25 à 30 % par an, maîtrisée en partie par un taux de change artificiellement surévalué, ce qui a favorisé les importations en décourageant la création des emplois dans un pays qui compte pourtant un grand nombre de chômeurs parmi ses jeunes.

Mahmoud Ahmadinejad a tenté de minimiser la médiocrité de sa gestion économique en mettant l’accent sur le succès de ses programmes nucléaire et spatial et en multipliant des propos incendiaires à l’encontre de l’Occident, d’Israël et de l’oppression mondiale.

Répression

La grande récession mondiale de 2008 qui a fait chuter le prix du baril — de près de 150 dollars atteint en juillet à environ 35 dollars en décembre — a sonné le glas de la politique suivie par le président iranien. Ce dernier a depuis été forcé de prendre des mesures impopulaires pour faire face à ses déficits budgétaires. Il n’a cependant pas réussi à imposer la TVA de 3 % annoncée en octobre dernier à la suite de la grève organisée par les marchands du bazar.

Contrairement aux pays pétroliers peu peuplés du golfe Persique, l’Iran ne dispose pas de réserves importantes de devises pour faire face à ses problèmes économiques qui sont l’inflation et le chômage pendant les années de vache maigre. Tout porte donc à croire qu’en l’absence d’une opposition organisée et crédible, les mollahs n’hésiteront pas à resserrer l’étau de la répression pour venir à bout des mécontentements populaires qui sont désormais impossibles à contenir.

Nirou Eftekhari, Chercheur-économiste indépendant
Source: http://www.ledevoir.com/2009/06/25/256480.html

Le gouvernement-enfant

Bien voilà. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a déposé son budget tant attendu avec l’appui subséquent des libéraux de Michael Ignatieff.   

 

Après avoir reçu une sérieuse tape sur les doigts en novembre dernier de la part de l’opposition majoritaire, le premier ministre et son cabinet ont acquiescé à des mesures de stimulation économique plus que jamais nécessaire devant la tempête qui s’annonce. 

 

Mais, comme un enfant que l’on réprimande à la moindre incartade, les conservateurs ont besoin d’être constamment surveillés, car dès que la population ou les partis d’opposition ont le dos tourné,  ils recommencent à fomenter leurs mauvais coups. 

 

Nous l’avons vu encore et encore dans le passé depuis l’accession au pouvoir du Parti réformi… euh pardon, conservateur : il s’agit d’un gouvernement immature et dogmatique cherchant toujours à imposer son agenda de droite en dépit des traditions sociale-démocrates de l’ensemble du pays. 

 

Heureusement, les puissants partis d’opposition agissent sur lui comme des parents envers leur enfant trop turbulent jusqu’à l’atteinte de sa « majorité ». 

 

Espérons qu’il en retiendra les leçons, ce qui serait surprenant pour ce gamin indiscipliné, si un jour il détenait totalement les rênes du pouvoir.   

 

À lire: Stephen Harper est-il schizophrène?

Stephen Harper est-il schizophrène?

Le premier ministre Stephen Harper a mit le feu aux poudres avec son énoncé économique teinté de dogmatisme et s’attaquant directement aux principes démocratiques, au bon sens économique et aux droits des travailleurs.  Il a tenté, avant de retourner sa veste, de couper massivement dans tous les ministères fédéraux, d’interdire les grèves dans la fonction publique et de mettre fin à la politique d’équité salariale! 

 

Cependant, le plus abjecte fut d’inséré une mesure de nature politique dans un emballage économique : la fin des contributions de l’État aux partis politiques visait clairement à couper l’herbe sous le pied aux partis d’opposition qui dépendent grandement de ces contributions.  On sait que les coffres du Parti Conservateur sont plein à craquer avec le soutient financier des pétrolières.

 

Stephen Harper parle d’une tentative de coup d’État de la  part de l’opposition, mais on se demande bien qui a essayé de se perpétuer au pouvoir de façon détournée en faisant prioriser les dons monétaires des entreprises sur le financement démocratique des formations politiques. Il n’est alors pas surprenant que les autres partis essaient de signer l’arrêt de mort de ce gouvernement car cette dernière attaque constituait un véritable assaut frontal envers l’opposition et la démocratie.

 

En fait, les conservateurs ont raté leur coup aux dernières élections générales.  Ils espéraient une majorité en face de la faiblesse du Parti Libéral du Canada pour pouvoir enfin imposer leurs réformes de droite.  Or, ils se sont encore retrouvés minoritaires et ils ont subséquemment poussé l’audace un peu trop loin.  Stephen Harper comptait sur le fait que le PLC, le NPD et le Bloc Québécois n’oseraient pas convoquer une nouvelle fois les électeurs aux urnes aussi rapidement et que l’émasculation du Parti Libéral avec l’absence d’un chef fort ferait passer sans trop de problème son énoncé économique à travers le processus législatif.  Mais il s’est trompé et il n’a apparemment pas vu venir le train d’un possible gouvernement de coalition.  Pourtant, cela est pratique courante depuis des décennies dans les démocraties parlementaires d’Europe de l’ouest.

 

Aussi, le chef conservateur évoque un affront à la démocratie et cela est complètement risible lorsque les trois partis qui se proposent de former un futur gouvernement représentent plus de la moitié des suffrages de l’électorat.

 

De plus, le leader conservateur réécrit l’Histoire à sa guise.

 

En dénigrant les élus du Bloc Québécois dans cette aventure d’un gouvernement de coalition, Stephen Harper oubli que lui-même avait tendu la main pour former une coalition avec le Bloc en 2004.  Mais, maintenant qu’il est au pouvoir, les députés du BQ ne sont plus dignes d’être des représentants légitimes dans la Chambres des Communes. 

 

Par ailleurs, il affirme que les autres partis ont refusé de participer à l’élaboration de son énoncé économique. Il a tout faux.  Le Bloc a suggéré beaucoup de propositions qui ont toutes été rejetés du revers de la main par les conservateurs.

 

Avons-nous à faire à un schizophrène? Stephen Harper courberait-il la réalité à son avantage au dépends de la vérité?

 

Au dernier acte du premier chapitre de cette saga, la gouverneure générale du Canada, madame Michaelle Jean, s’est pliée à la volonté du titulaire de l’organe exécutif en prorogeant les activités du parlement.  Sa fonction étant non-élue, il était difficile pour elle de ne pas acquiescer à la demande du premier ministre.

 

Celui-ci a étiré son  mandat en suspendant les délibérations législatives en pleine crise économique mondiale. Il aurait peut-être mieux valu de déclencher des élections afin de dénouer l’impasse. Cela aurait été plus responsable car aucune intervention dans l’économie ne sera possible pendant l’intervalle nous menant au 26 janvier. De toute façon, il est fort probable que le gouvernement sera défait en chambre dès le recommencement des travaux parlementaires.    Ici, les conservateurs font passer leurs intérêts électoraux avant ceux des citoyens en espérant un essoufflement de la coalition.

 

Ce n’est pas tout. En novembre, monsieur Harper avait pourtant fait un vibrant plaidoyer au sommet de l’APEC sur la viabilité de l’interventionnisme de l’État en tourmente économique quitte à générer des déficits.  En revanche, son récent énoncé économique se proposait de faire tout le contraire en effectuant des coupes sombres dans l’administration publique!  À n’y rien comprendre. 

 

Je le répète encore : avons-nous un schizophrène comme premier ministre du Canada?  Il dit une chose et fait le contraire aussitôt!

 

L’actuelle administration fédérale devra mettre de l’eau dans son vin dans son budget du 27 janvier afin de dissoudre la coalition, ce qui est loin d’être assuré.  Les politiques de droite du Parti Conservateur sont tout à fait incompatibles avec les volontés plus progressistes des autres formations et il serait surprenant cette fois-ci que l’une de celles-ci appuie le budget, à moins de concessions majeures du gouvernement conservateur.