Les yeux vers les étoiles 

Ce texte a été publié dans Le Devoir, le 14 juillet 2022

Le grand télescope James Webb nous a dévoilé ses premières images. Certains diront que ces photos éveilleront les consciences de notre place dans l’Univers.  

Mais à quoi sert-il de vouloir scruter les confins du cosmos afin d’en apprendre un peu plus sur l’Univers lorsque nous ne sommes même pas capables d’appliquer nos connaissances à ce que nous savons déjà de notre planète et à ce qu’il faudrait faire pour assurer la survie de l’humanité à l’orée de la plus grave crise écologique de tous les temps?

On nous rabâche depuis longtemps que la recherche scientifique servira le bien de l’humanité. Jusqu’à présent, la science a surtout servi les intérêts du grand capital et de la guerre. Et bien que nous ayons des connaissances scientifiques jamais vues dans l’histoire de l’humanité, nous continuons à répéter les mêmes schémas de pensée insouciants et destructeurs.  Il est alors un peu futile de regarder les étoiles ainsi lorsque notre propre monde est en péril. 

À force de marcher tout en regardant bien haut vers les étoiles au lieu de voir les périls qu’il y a devant nous, nous trébucherons fatalement… 

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Comptabilité de nature

Photo de Jani Tisler provenant de Pexels

Un grand espoir résidait dans la lutte aux changements climatiques lorsque les cinq grandes banques du Canada ont annoncé, il y a quelques années, leur volonté de diminuer sensiblement leurs investissements dans les énergies fossiles afin d’atteindre une certaine carboneutralité dans leurs activités – ce qu’elles ont fait pendant un court lapse de temps.

Cependant, force est de constater que le naturel est rapidement revenu au galop. En effet, de récentes informations nous indiquent que le rythme de ces investissements bancaires dans les énergies fossiles au plan mondial a repris de plus belle en 2021, notamment dans le pétrole bitumineux de l’Ouest canadien dans le cas des banques canadiennes.

Il est tentant ici de mettre en parallèle l’agissement des grandes banques avec les principes de la comptabilité, avec ses bilans, ses actifs, ses passifs et son capital dont elles sont tributaires. De toute évidence, la terre est présentement « dans le rouge » et le sera davantage si l’on ne dévie pas de la course actuelle. Les richesses naturelles se raréfieront, la biomasse se rétractera et la crise climatique atteindra une ampleur inégalée qui fera peser sur l’économie mondiale un lourd tribut, comme l’a déjà mentionné le rapport Stern (2006), et cela sans compter le risque d’une accélération d’une 6e extinction de masse déjà en cours.

Pourtant, si les grands PDG de ces institutions financières appliquaient les mêmes raisonnements comptables aux écosystèmes et au climat, ils constateraient que la pertinence du capitalisme sous sa forme actuelle doit être plus que jamais remise en question. Ils instaureraient alors des mesures afin d’assurer la pérennité de leurs entreprises en changeant de paradigmes tout en modifiant les anciennes façons de faire.

Si, autrefois, le capitalisme tel que nous le connaissons créait de la richesse, dixit Adam Smith, désormais, il en détruit et pire encore, il risque de tout emporter avec lui…