Un Québec à tribord

Cet article a été publié dans Le Devoir, le 25 mars 2022 et dans Le Soleil, le 26 mars 2022

Photo de Evan Velez Saxer provenant de Pexels

Nous apprenions cette semaine, à la suite de la divulgation d’un sondage Mainstreet, que le Parti conservateur du Québec arriverait en deuxième position dans les intentions de vote, devant le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois. À la lumière de ces résultats, l’hypothèse que le PCQ forme l’opposition officielle, quoiqu’improbable, s’avère possible. Dans l’avènement de ce scénario, que cela nous apprendrait-il de l’évolution politique du Québec contemporain ?

Tout d’abord, pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale serait dominée par un parti au pouvoir et un parti d’opposition ancrés tous les deux résolument au centre droit et à la droite de l’échiquier politique : la CAQ de François Legault, avec son programme autonomiste et nationaliste à la Duplessis teinté d’une profession de foi envers le libéralisme économique, face à un Parti conservateur d’Éric Duhaime qui baigne dans les eaux du libertarianisme, de l’antisyndicalisme et de la privatisation à tout-va.

Ensuite, certains pourraient dire, advenant cette éventualité, qu’il s’agirait d’une rupture avec la période de la Révolution tranquille, qui a permis l’émergence d’une classe d’hommes et de femmes d’affaires ayant maintenant saisi les rênes du pouvoir de la scène politique québécoise tout en remettant en question les acquis de la Révolution tranquille dont ils et elles ont paradoxalement bénéficié.

Je me demande bien ce que penseraient les dignes représentants des générations des grandes luttes syndicales et des aspirations souverainistes que sont Michel Chartrand et Pierre Falardeau, aujourd’hui malheureusement décédés, en constatant que tous les idéaux pour lesquels ils se sont battus risquent de tomber aux oubliettes chez une population québécoise qui semble avoir perdu ses repères. Mais il s’agit encore ici de pure spéculation… jusqu’aux élections.

Argent et politique aux États-Unis

L’argent domine plus que jamais tout aux États-Unis. Même la politique.

Récemment, on a pu assister à la victoire du gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, dans la procédure de rappel initiée par les syndicats à la suite d’un vote houleux sur l’élimination des droits de négociation dans le secteur public.

Les publicités mur-à-mur incessantes du côté républicain ont eu raison de la candidature de son adversaire démocrate.  Et cela, à un point tel, que plus du tiers des syndiqués de l’État ont voté pour Scott Walker…

Évidemment, ici, l’argent a joué un rôle déterminant. Walker avait en caisse sept fois plus de financement que son opposant démocrate et 30 millions$ en promotion ont été dépensés par des groupes dits « indépendants ».

Ce qu’il faut savoir est que la Cour Suprême a invalidé l’interdiction de publicités indépendantes (financés par des dons anonymes) avant des élections dans sa décision appelée « Citizen United » – la Cour Suprême étant investi par des juges à tendance conservatrice nommés sous les anciens mandats présidentiels républicains.

Et même au niveau fédéral, le scrutin présidentiel s’annonce aussi inégal.  Mitt Romney a empoché 76,8 millions$ contre 60 millions$ pour Obama au cours du mois de mai- le dépassant pour la première fois. De plus,  on estime que ces mêmes groupes –  fort probablement de riches républicains du monde des affaires ainsi que des entreprises– pourraient donner  jusqu’à un milliard de dollars en publicité contre le président sortant.

La mainmise des puissances d’argent sur les affaires publiques se concrétise de plus en plus aux États-Unis menant ce pays  progressivement vers une totale ploutocratie où le dollar et la propagande conservatrice imposeront leur implacable volonté.

Cependant, ceci va à l’encontre de la rhétorique de la droite américaine qui conspue la soi-disant domination des syndicats sur la nation.  En effet, l’étalement d’autant d’argent dans les campagnes électorales en faveur des poulains républicains laisse bien croire que les dominants ne sont pas ceux que l’on pointe du doigt dans les publicités républicaines…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 169 (universitaire)

Le pire ennemi de Stephen Harper

Nous y voilà.  Stephen Harper a réussi son pari.  Il a mené sa formation politique à un pouvoir majoritaire en mettant en échec une opposition divisée et maintenant incapable de contrevenir à ses projets de loi.

Cependant, il devra faire face à un autre ennemi, malgré sa nouvelle omnipotence à la Chambre des Communes.

Désormais, suite aux élections, le chef de l’exécutif, contrôlant autocratiquement tout l’organe du pouvoir et muselant ses députés et ministres depuis son premier mandat,  répondra seul de ses politiques et de leurs conséquences, bonnes ou mauvaises, et ne pourra blâmer quiconque pour ses déboires.

La nouvelle confiance acquise ne comportera pas que des avantages, mais apportera aussi son lot de dérives et de dérapages.  Car, après tout, qui peut s’affirmer réellement conservateur dans l’âme au Canada, à part les Albertains?  Qui remettrait en question le droit des femmes à l’avortement?  Qui approuverait un sabordage de l’État fédéral initié par des coupes sombres dans les programmes sociaux qui ont bâti la société canadienne?  Probablement beaucoup moins de citoyens que Stephen Harper le croit.

Depuis 2006, les partis d’opposition faisaient contrepoids aux velléités trop conservatrices du premier ministre et de ses acolytes.

Après le 2 mai, la situation a changé.

Il devra alors user de retenu et de sagesse dans ses prises de décision, sinon, il s’aliénera rapidement sa base électorale.   Mais cela s’avérera difficile, puisque de nombreux groupes de pression de droite, tels que les dogmatiques religieux ou les associations de libertariens, pousseront d’un seul élan sur celui qu’ils ont appuyé pendant toutes ses années pour faire avancer leurs agendas.

Dès lors, on peut affirmer que son pire ennemi n’est plus l’ensemble de ses détracteurs ou des autres partis, mais bien Stephen Harper lui-même.

Une implosion prochaine du Parti Conservateur?

La dissension est vive au sein du Parti Conservateur du Canada avec le déroulement de la commission Oliphant enquêtant sur l’affaire Mulroney-Schreiber.

 

Le feu a été mis au poudre par la déclaration d’un proche du Premier ministre Harper selon laquelle Brian Mulroney n’aurait plus de lien avec le Parti Conservateur, ce que ce dernier dément vivement.  Il proclame haut et fort son allégeance politique conservatrice.

 

Des anciens membres du défunt Parti Progressiste-Conservateur présents au Sénat et à la Chambre des communes se sont portés à la défense de l’ancien Premier ministre malgré les directives de l’actuel chef conservateur de ne plus prendre contact avec Brian Mulroney.   Il s’agirait de Jean-Pierre Blackburn, Marjory LeBreton, David Angus, Gerry St. Germain, Lee Richardson et Peter MacKay.

 

Stephen Harper semble ainsi vouloir distancer « son » Parti Conservateur de l’éventuel scandale que pourrait entrainer une conclusion négative de cette commission envers Brian Mulroney afin d’éviter d’être éclaboussé par l’événement.  Mais, par le fait même, il choque les anciens collaborateurs de l’ancien Premier ministre et renie tous les accomplissements qu’a accompli monsieur Mulroney durant son mandat de chef de l’exécutif. Un désaveu qui passe mal chez les anciens du Parti Progressiste-Conservateur. 

 

C’est tout de même un peu hypocrite de la part de Stephen Harper d’avoir accepté la dénomination « conservateur » dans le nouveau parti afin de profiter d’une confusion des genres favorable à sa prise du pouvoir et ensuite de refuser toutes les conséquences et les implications reliées au passé parfois scabreux du PC antérieur. 

 

Par ailleurs, on se remémorera que la fusion entre l’Alliance Canadienne (anciennement le Reform Party) et le Parti Progressiste-Conservateur ne s’est pas faite sans heurt. Une franche plus modérée de l’ancien parti refusa de se joindre au nouveau Parti Conservateur récemment formé.  Après l’union, un caucus progressiste-conservateur renégat constitué de Joe Clark, d’André Bachand et de John Herron a continué de siéger jusqu’aux élections générales de 2004 et l’on dénombre encore de nos jours à la Chambre haute des sénateurs s’affichant sous la bannière du Parti Progressiste-Conservateur du Canada.  

 

Toute cette affaire Mulroney-Schreiber traduit la faiblesse interne du nouveau Parti Conservateur.  L’attitude de l’actuel chef du PC met en lumière les divisions internes au plan idéologique entre anciens conservateurs et « nouveaux conservateurs » en reniant l’héritage du gouvernement Mulroney et en imposant dans la nouvelle formation politique des positions radicales liées au conservatisme social et au libéralisme économique qui ne plaisent guère à la vieille garde progressiste-conservateur.

 

Et même au niveau provincial, la nouvelle alliance conservatrice ne fait pas que des heureux.  Le Premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, un progressiste-conservateur acharné (son parti provincial porte toujours ce titre), se monte farouchement contre le gouvernement Harper et se proclame être un « conservateur-socialiste » (malgré l’antinomie) en opposition au conservatisme dogmatique de son homologue fédéral.

En conclusion, l’avenir s’annonce sombre pour la coalition conservatrice au Canada. On pourrait bien assister dans les prochains mois à son implosion et à un changement du rapport de force dans la Chambre des communes pouvant mener à la chute du gouvernement de Stephen Harper en conséquence d’éventuelles défections au sein même du caucus conservateur.

  

Lire aussi: La pointe de l’iceberg, Corrompu un jour, corrompu toujours,

Le non-sens des coupures à Radio-Canada

En période de crise économique, tout gouvernement responsable se doit d’encourager la création d’emplois et de préserver ceux existants.  C’est pourtant ce genre de politiques économiques keynésiennes qu’applique la grande majorité des pays industrialisés afin de relancer le piètre état de leurs économies nationales.

 

Mais, pour le gouvernement conservateur canadien, la crise économique n’est qu’un prétexte pour dépecer de 805 postes Radio-Canada/CBC en conformité avec son idéologie de démantèlement du secteur public. 

Une belle occasion qu’il ne devait pas rater.   

 

On évoque des pertes publicitaires de 171 millions comme motifs des coupures. Mais le cabinet de Stephen Harper semble oublier que Radio-Canada/CBC n’est pas une entreprise privée obnubilée par le profit comme ses concurrents.  En ces temps économiques difficiles, le rôle de toute corporation publique, même si elle enregistre un déficit budgétaire temporaire,  est de soutenir l’économie par le maintient des emplois présents et non pas d’encourager la débâcle économique en ajoutant encore plus de personnes dans les rangs des chômeurs. 

 

Car, en fait, les emplois préservés dans le domaine public favorisent la consommation et la stabilité économique.  L’argent qu’un employé de l’État dépense en achat de biens ou services de toutes sortes soutient un emploi et un autre dans le secteur privé qui engendreront par la suite des rentrées subséquentes en impôts dans les coffres du gouvernement. 

 

Les conservateurs ont toujours été frileux envers des mesures interventionnistes en économie.  Nous l’avons bien constaté avec leur énoncé économique de novembre 2008, caractérisé par des compressions massives dans l’appareil gouvernemental, qui a bien failli faire tomber leur gouvernement. 

 

En fait, le Parti Conservateur préfère les bonnes vieilles méthodes corporatistes de ses copains du monde des affaires en sabrant sauvagement dans la main-d’œuvre sans réfléchir aux conséquences éventuelles d’une telle stratégie sur l’aggravation de la situation économique de crise. 

 

Ces coupures chez Radio-Canada/CBC laissent présager les solutions futures qu’utiliseront les conservateurs si, un jour, ils deviennent majoritaires à la Chambre des Communes. 

Ils chercheront alors à gérer le pays comme une business en dépit de la recherche du bien-être collectif que tout gouvernement digne de ce nom devrait vouloir atteindre.

André Arthur versus l’éthique politique

Le député André Arthur a été engagé par TQS pour animer une émission d’opinion sur l’heure du midi.  Il s’agit sûrement d’une première au Québec.  Jamais dans le passé récent un politicien n’a usé d’une tribune « privée » sous rémunération en tant que « sideline » à son travail de député. 

 

Un événement qui soulève bien des interrogations.

 

Comme le soulignait Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois, il y a risque de conflit d’intérêts et la qualité de son rôle de député pourrait en subir les contrecoups aux dépens de son électorat.

 

Il semble évident qu’un élu à l’emploi d’un réseau télévisuel aura tendance à suivre la pensée politique générale de son employeur qui en profitera du même coup pour diffuser ses croyances.  Ainsi, cet élu serait tiraillé entre les intérêts de ses électeurs et ceux du média qui signe son chèque de paie.  Ce genre d’association est en pure contradiction avec la démocratie car c’est comme si on achetait un député en lui prodiguant des faveurs.

 

De plus, pourquoi un député en particulier aurait droit à cette publicité gratuite plus qu’un autre? On se souviendra que chaque député a droit à la même période de télédiffusion politique que tous les autres via la télévision publique.  Ne serait-ce pas plus juste de permettre à tous les députés de participer à une telle émission par souci d’équité? 

 

Par ailleurs, monsieur Arthur aura un avantage indu sur les futurs candidats-députés dans son comté lors des prochaines élections.   Cela, en fait, ne s’opposerait-il pas à la loi électorale?

 

On voit ainsi l’allégeance politique des nouveaux acquéreurs de TQS.  Remstar ramasse des propagandistes de droite en son sein comme monsieur Arthur et Jeff Fillion qui occupera la plage horaire du matin afin de répandre encore plus les idéaux conservateurs et réactionnaires dans la société québécoise. 

Ajout:  TQS a confirmé la fermeture de sa salle des nouvelles.  Adieu l’objectivité! On aime mieux les tribunes de droite afin d’informer (ou de désinformer) la clientèle déjà peu conscientisée du Mouton Noir de la télé.