La chute du mur de… Wall Street

Ce texte a été publié dans Le Devoir le 26 octobre 2011

Berlin, 1989 : le mur de la honte tombe et sonne le glas de l’Union Soviétique et du bloc de l’est.  Tout un ordre social s’effaca devant la faillite d’un système sclérosé et usé par le temps.

New York, 2008 : la plus grande crise financière du capitalisme frappe Wall Street ainsi que les places boursières du monde et fait vaciller sur lui-même le système bancaire de l’Occident.    Une crise systémique s’installe avec le chômage structurel, l’endettement massif des consommateurs et les problèmes liés aux dettes souveraines.

De part et d’autre, les anciennes grandes idéologies porteuses d’idéaux de prospérité et d’équité s’effondrent laissant un grand vide à combler.

Le communisme à la soviétique n’a pas rempli ses promesses de justice sociale et son antagoniste, le capitalisme, a failli à répartir les richesses malgré ses prétentions pérennes.

Ainsi, le marché se révèle comme imparfait, en dépit de la « main invisible » censée tout réguler indéfectiblement.  Une caste dirigeante s’est formée, bien
protégée dans les châteaux modernes que sont les gratte-ciel, et les serfs
contemporains se paupérisant protestent devant autant d’accumulation pécuniaire.

Encore une fois, la fin d’un système se profile à l’horizon.  En conséquence, un nouveau mur s’effritera…

Les leçons de l’histoire sont limpides : trop de laisser-aller est aussi inefficace que trop de concentration des pouvoirs.  Une société éclairée doit choisir une voie intermédiaire constituant un juste milieu entre planification globale et
libertés des individus.

Le Schtroumpf autoritaire

On savait que les analyses sociopolitiques étaient utiles pour étudier les diverses sociétés.  Mais, un nouvel essai récemment paru démontre, pour la première fois, qu’il est possible d’utiliser les mêmes grilles d’analyse au sujet d’un dessin animé ou d’une bande dessinée pour enfant.

En effet, le dernier livre d’Antoine Buéno, Le Petit Livre Bleu, tente d’y procéder non sans susciter de vives réactions de ses compatriotes français.  En fait, il est maître de conférence à Sciences Po Paris et affirme qu’il a été de nombreuses fois rabroué depuis la parution de ce bouquin, allant même jusqu’à la menace physique!

Le petit village idyllique des petits bonhommes bleus de la petite enfance de grand nombre des ressortissants de la génération X se voit ainsi décortiqué sous l’œil critique des sciences politiques.

Selon cette analyse, la communauté schtroumpf serait catégorisée dans les régimes autoritaires, à mi-chemin entre le collectivisme primaire et l’idéologie nazie.  De quoi en faire sursauter plusieurs !

Le « Grand Schtroumpf », chef incontesté que nul ne remet en question, dirige une société communiste dénuée d’initiative privée tandis que son pire ennemi, Gargamel, personnage au nez prédominant, évoque la représentation caricaturale du juif selon la propagande nazie ou stalinienne.  Une autre remarque de l’auteur: le nom de son compagnon félin, Azraël, sonne étrangement comme Israël…

Et que dire des Schtroumpfs noirs?  Une fois atteint par la maladie, le petit lutin bleu tourne au noir et revient au stade animal en essayant de mordre ses semblables – corollaire à la pureté de la race.

Et la misogynie n’est pas étrangère au monde des Schtroumpfs.  La seule représentante féminine de l’espèce est blonde ainsi que manipulatrice et a été créée par l’ennemi maléfique des Schtroumpfs.

Exercice intéressant, s’il en est.

Pour ma part, j’estime plutôt que l’univers des Schtroumpfs est un archétype de la cellule familiale humaine dédié aux enfants.  Il est composé des mêmes caractéristiques sociales : l’autorité parentale se veut omnipotente et le partage est la règle dans la plupart des cas.

Pour le reste des allusions racistes, misogynes  et autocratiques, ce n’est qu’une question d’interprétation….

Et vous, qu’en pensez-vous?