Demi-dieux libéraux

Le vide oppositionnel et la division du vote francophone procèdent à l’établissement d’un parti unique au Québec. Le Parti libéral, fort d’un appui des communautés culturelles en pleine progression, se voit ainsi assuré d’une longue gouvernance que seule une opposition unifiée pourrait interrompre.

Le Parti Québécois étant hors-jeu, le champ est maintenant libre pour concrétiser le grand plan de Réingénierie de l’État échafaudé par Jean Charest une décennie plus tôt. Et, cette fois-ci, rien ne pourra l’arrêter, tout en obtenant en boni le soutien tacite de la CAQ de François Legault.

Confiants de leur nouvelle hégémonie politique, les libéraux instaurent dès lors la grande réforme – si espérée par le milieu des affaires et les ténors de la droite économique – sans s’embêter de consultation populaire, même si le premier ministre Philippe Couillard promettait, quelques jours après les élections l’ayant amené au pouvoir, un « dialogue social » sur les futures compressions dans l’appareil de l’État.

Pourtant, même si la Commission sur la révision permanente des programmes n’a pas terminé ses travaux, on sabre déjà allégrement dans tous les ministères en évoquant l’urgence de la situation lorsqu’en campagne électorale aucune mention de telles coupes sombres n’a été évoquée.

Et, de plus, le ministre Gaétan Barrette obtient tout pouvoir en santé. En centralisant selon son bon vouloir et en nommant à sa discrétion les membres des conseils d’administration des établissements, il éloigne les agents locaux d’une participation bénéfique au sain roulement du système de santé.

Ce qui confirme que jamais un gouvernement n’a été aussi distant des préoccupations de ses commettants malgré toutes ses belles promesses creuses.

Et cela n’a rien de surprenant avec une telle équipe au cabinet restreint représentant les couches sociales les plus aisées de la société québécoise. Trois médecins y siègent ainsi que deux banquiers: Philippe Couillard (premier ministre); Gaétan Barrette (ministre de la Santé); Yves Bolduc (ministre de l’Éducation); Carlos J. Leitão (ministre des Finances); et finalement Martin Coiteux (président du Conseil du trésor), pourfendeur avéré du « modèle québécois » qu’il honnit.

Animés par un sentiment paternaliste, ces bien-pensants cherchent, dans leur grande magnanimité, à éduquer et à remettre sur la bonne voie les citoyens égarés que nous sommes… sans demander notre avis.

Cependant, ils ne sont pas en position de nous faire des remontrances en sermonnant que le Québec vit au-dessus de ses moyens. C’est bien sous les mandats de Jean Charest que la dette publique de la province a explosé, alimentée par la collusion et la corruption.

Mais, bien assis sur leur piédestal, ils ne pourront appréhender tous les problèmes, à moins d’avoir le don d’ubiquité. Il faut, au contraire, faire participer tous les intervenants à la résolution du problème des déséquilibres budgétaires, pas agir en demi-dieux ayant toutes les solutions…

Un pacte avec le diable

Les stratèges du Parti Québécois devaient se réjouir d’avoir convaincu Pierre-Karl Péladeau de se porter comme candidat de leur formation politique dans la circonscription de St-Jérôme. Ils se disent, qu’enfin, un acteur important du milieu économique viendra appuyer la cause de la souveraineté avec tout le poids médiatique de son conglomérat : officiellement, il ne siège plus sur le conseil d’administration de Québecor, mais il a refusé de liquider ses actions dans l’entreprise, et donc, de facto, il conserve une grande influence sur sa direction.

Vu comme un véritable sauveur capable de mener à bien la quête souverainiste, Pierre-Karl Péladeau n’en conserve pas moins un passé conflictuel avec le monde syndical et penche plutôt vers une vision libertarienne de l’économie qui détonne avec la tradition sociale-démocrate du Québec et même du Parti québécois.

À cet égard, au lieu d’unir le PQ sous son aile, sa présence pourrait, au contraire, susciter la division parmi les troupes (certains sociaux démocrates, excédés, pourraient quitter le navire). Ou c’est peut-être ce que Pauline Marois désire dans la foulée des révélations de la Commission Charbonneau : détacher les anciens liens avec les syndicats et tenter de séduire les électeurs plus à droite avec le recrutement de l’un des plus importants hommes d’affaires de la province aux méthodes plutôt expéditives en relations de travail… ce qui n’augure rien de bon pour les employés de l’État.

Le PQ, selon certains, vient de pactiser avec le diable et il devra en payer le prix si son virage à droite ainsi annoncé engendre un conflit social larvé entre les tenants de la social-démocratie et les partisans d’un désengagement du gouvernement de la vie des citoyens conforme à la conception libertarienne de l’État et de la société.  Ainsi, à défaut d’unir le Québec dans la marche pour l’indépendance, Péladeau le divisera encore plus au grand plaisir des opposants fédéralistes.

Et, en admettant une victoire du PQ aux élections, quel genre de message ceci lancera-t-il aux pourfendeurs de la corruption et de la collusion affligeant les Québécois lorsque l’ancien président toujours propriétaire prédominant de l’une des plus grandes sociétés médiatiques du Québec vient de joindre l’équipe ministérielle? On ne peut que faire le parallèle avec le cas Silvio Berlusconi, autre grand prince des médias en Italie et ancien président de ce pays, dans lequel le règne fut marqué de corruption flagrante, de fraudes fiscales et électorales… ce qui nous prouve que pouvoir politique et concentration des médias sont toujours néfastes à la démocratie.

Pour plusieurs souverainistes, l’indépendance est louable et nécessaire… mais pas au prix de remettre les clés de la province ainsi que son avenir à un affairiste milliardaire très éloigné des préoccupations des gens ordinaires et qui n’entrevoit que le profit comme finalité ultime de la société.

À LIRE AUSSI:  Quebecor: une menace pour la démocratie

Le piège à con

Jean Charest, ce machiavel des temps modernes, a ouvert une trappe, avec le projet de loi 33 concernant le placement syndical,  devant la FTQ-Construction – le syndicat le plus important dans cette industrie- afin de détourner l’attention de la population des liens incestueux du Parti Libéral du Québec avec certains entrepreneurs pratiquant la collusion – et cette association de travailleurs s’est jetée dedans à pieds-joints!

Un piège à con – et la FTQ-Construction, ainsi que l’Inter dans une moindre mesure,  ont tombé dans le panneau avec leurs réactions démesurées – élaboré dans l’objectif de ternir encore plus le mouvement syndical dans son ensemble à un moment où le patronat cherche à faire oublier ses excès et ses rapports étroits avec le gouvernement actuel.

Par ailleurs, cette section de la FTQ agit contre les intérêts généraux des travailleurs en privilégiant, dans le placement syndical,  les membres de sa propre affiliation au détriment d’autres ouvriers aussi compétents et ayant aussi droit au travail.  Sans compter que la pression exercée en violation au droit de la liberté d’association , via ce placement syndical quasi-monopolistique, contraint ces travailleurs à quitter leurs syndicats et à joindre les rangs de la FTQ-Construction.

Et le premier ministre Charest rit dans sa barbe car il a usé des divisions latentes du mouvement syndical pour l’affaiblir.   Et ça marche! Grâce aux fins stratèges de la FTQ-CONstruction…

R.I.P. Parti libéral du Québec

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 20 septembre 2011

Jean Charest n’aurait pas pu mieux poser le dernier clou sur le cercueil du Parti Libéral du Québec que par sa dernière conférence de presse au sujet du rapport Duchesneau de l’Unité anti-collusion.

En ignorant ce document choc qu’il a lui-même commandé –  et qu’il n’a même pas parcouru-, Jean Charest démontre encore une fois sa nonchalance lorsqu’il est temps de s’occuper des dossiers de corruption qui assaillent son administration.

La mainmise de certaines compagnies privées sur le ministère des Transports ainsi que les liens dévoilés entre le gouvernement actuel et les firmes de génie-conseil sautent aux yeux du rédacteur du rapport, mais n’ébranlent en rien Jean Charest.

Il garde les yeux fermés et espère s’en tirer à bon compte en espérant que le cynisme de la population et ses récurrents trous de mémoire politique le maintiennent encore une fois au pouvoir.

Pourtant, s’il avait étudié l’histoire du parti dont il est présentement le chef et appris de celle-ci, il devrait se rappeler la cuisante défaite de Robert Bourassa en 1976 dans une aura de malversations dans la construction.

Et, pis encore, en tant qu’ancien ministre fédéral sous les conservateurs de Brian Mulroney, Jean Charest aurait dû être mieux avisé dans sa réaction à ce rapport dévastateur.

On se remémorera que les tories ont été pratiquement rayés de la carte électorale fédérale en 1993 après une succession de scandales et c’est exactement ce qui risque d’arriver au PLQ lors des prochaines élections provinciales, malgré le déni du premier ministre québécois.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  167 (universitaire)

Les fadaises de la ministre Boulet

Julie Boulet, la ministre des transports du Québec, avait promis une étude sur les coûts dans la foulée du scandale de la surfacturation de la construction routière au Québec.

On se souvient du dossier : une précédente étude affirmait que le Québec débourse jusqu’à 42% de plus pour ses travaux de réfection de route en comparaison aux autres provinces canadiennes, dont l’Ontario.

Alors, voilà que madame Boulet livre la marchandise,  toute pimpante de fierté.  Les frais seraient moins onéreux au Québec.

Cependant, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer le caractère biaisé ainsi que peu objectif de cette étude interne au ministère des transports.

Pourtant, la décence la plus élémentaire aurait demandé l’avis d’un groupe indépendant.

Or, de nouvelles informations signalent une méthodologie apocryphe dont la validité est remise en question.

L’étude du ministère des transports n’aurait considéré que les coûts touchant l’application du bitume sans prendre en compte l’excavation et tous les autres frais afférents à un tel ouvrage.

De plus, l’évaluation se serait attardée exclusivement à un tronçon à voie unique en milieu rural, lorsque, on le sait, les contrats de restauration routière se concentrent surtout en zone urbaine et métropolitaine.

Le gouvernement libéral se défend en prétextant que les rigueurs du climat québécois et les techniques de pavage au Québec sont différentes de ses voisins. Fadaises! Le climat de Montréal n’est pas si différent des provinces de l’atlantique ainsi que du nord de l’Ontario. Et si les procédés de pavage étaient autres au Québec, pourquoi alors les routes sont-elles en si mauvaise état?  Un procédé propre à notre territoire ne devrait-il pas être supérieur en qualité en raison du climat aride que prétexte justement le gouvernement libéral?

Toute cette étude est une parodie, voire une insulte aux québécois.

Il est évident qu’une enquête interne de la part du ministère des transports ne peut être impartiale car les fonctionnaires ont la tendance naturelle à ne pas vouloir être taxés d’avaliser des contrats aux tarifs exorbitants au détriment des contribuables. Quoi que cela ne soit pas nécessairement de leur faute. La collusion dans la construction et les liens étroits de certaines compagnies avec le Parti Libéral du Québec – on se remémorera l’affaire du ministre David Whissell avec sa compagnie ABC Rive-Nord ayant obtenu plus de contrats qu’à la normale – ne doivent pas laisser aux gestionnaires du ministère des transports une très grande latitude dans l’octroi de travaux.

Le Parti Libéral du Québec au pouvoir cherche par cette étude à noyer le poisson de ses rapports incestueux avec des contracteurs privés et à éluder les citoyens de ses liens avec un milieu de la construction perverti dans une collusion illégale coûtant plusieurs milliards de dollars à la province depuis des décennies.

Corruption libérale

Qui peut encore en douter? Le gouvernement libéral de Jean Charest est bel et bien corrompu.

Le récent scandale sur les contrats octroyés de façon plus que douteuse dans le domaine municipal nous avait mis la puce à l’oreille et le refus des libéraux au pouvoir de mettre sur pied une commission d’enquête publique sur le monde de la construction a alimenté l’idée qu’eux-aussi avaient des squelettes dans le placard.

Le rapport du vérificateur général, Renaud Lachance, déposé mercredi dernier vient de confirmer que le gouvernement libéral est loin d’avoir pattes blanches dans l’attribution des contrats de travaux d’infrastructures routières au niveau provincial.

Et l’on peut dire que la situation est encore pire que celle dévoilée dans le monde municipal, car cette fois-ci, le scandale implique un ancien ministre, David Whissell, dont la compagnie (ABC Rive-Nord) dans laquelle il est actionnaire a reçu deux fois plus de contrats gouvernementaux sans appel d’offre pendant sa présence au cabinet exécutif du premier-ministre.

Mais l’évaluation du vérificateur général ne s’arrête pas là : il a noté plus d’anomalies dans le processus d’obtention des contrats du ministère des transports.  En fait, un tiers de ces contrats, d’une valeur de 1 milliard$, n’aurait pas été alloué selon une procédure irréprochable car les motifs de situation d’urgence évoqués ne s’appliquaient pas.  En somme, dans les 2/3 des cas, les travaux ont pris 6 mois avant de débuter.

Comme si ce n’était pas assez, monsieur Lachance soulève de sérieuses interrogations sur une apparente collusion des entrepreneurs en déneigement qui aurait sciemment fait gonfler les prix des soumissions.  Pourtant, dès 2004, de nombreux indices pointaient en cette direction et le Ministère des Transports n’a pas daigné en informer la Sureté du Québec.

Il y a aussi la question des dépassements de coûts en travaux routiers.  Dans près de la moitié des 29 contrats étudiés, « l’envergure des dépassements était telle qu’il y a lieu de s’interroger», résume monsieur Lachance.  Cela n’est pas sans rappeler les données fournies par un reportage d’Enquête à Radio-Canada traitant de collusion qui relatait que les coûts de construction routière au Québec étaient de 42% plus élevés que la moyenne des provinces canadiennes.

Un autre dossier épineux : celui des partenariats publics-privés dans la construction des centres hospitaliers universitaires comme le CHUM. Le vérificateur général conclut que le gouvernement libéral a opté pour les PPP avec un fort préjugé idéologique favorable en réfutant des études qui démontraient les nombreux désavantages financiers et logistiques de cette formule.  Le gouvernement libéral avait peut-être quelques amis à gratifier en mettant sur pied la construction des CHU avec des partenaires privés… même si cela s’était avéré plus dispendieux pour les contribuables québécois.

L’équipe libérale est depuis trop longtemps au pouvoir.  Les graines de la corruption commencent à germer et la puanteur de la décomposition éthique remonte jusqu’aux nez des citoyens.

Le trafic d’influence a maintenant atteint un niveau digne de l’époque duplessiste : une collusion entre entrepreneurs pour faire hausser les prix côtoie une infiltration des gens d’affaires dans le cabinet du premier-ministre et cela sans que le gouvernement y voit un problème ou déclenche des enquêtes publiques pour laver la réputation de l’État.

Tout ce parfum de scandale nous remémore les beaux jours du règne des conservateurs de Brian Mulroney au fédéral dont monsieur Charest faisait partie en tant que ministre. Périodiquement, les médias déterraient des affaires louches dont les plus célèbres furent le scandale Oerlikon et les conflits d’intérêts de Stevens Sinclair.

Une vérité demeure en politique : la droite au pouvoir (conservateurs ou libéraux) est toujours plus encline à générer des scandales de corruption car son financement politique et ses membres sont issus presque uniquement des classes d’affaires ou des milieux élitistes.

Avec un tel mélange explosif entremêlant intérêts politiques et commerciaux, il n’est pas surprenant que les gouvernements de droite se fassent autant « pogner les culotes à terre »… comme notre présent gouvernement libéral (source).

À lire:

Collusion dans la construction et mœurs politiques

La machine à magouille des libéraux

Corrompu un jour, corrompu toujours

La pointe de l’iceberg

Collusion dans la construction et mœurs politiques

Rien ne va plus.

Les récentes révélations d’une collusion des entrepreneurs en construction lors de l’octroi de contrats municipaux ou gouvernementaux, la corruption politique afférente et le ras-le-bol général appellent à une remise en question des mœurs politiques.

Tout a commencé avec la saga des compteurs d’eau pour être suivi par les allusions de relations douteuses de Benoit Labonté, ancien chef de l’opposition à l’Hôtel de ville de Montréal,  avec l’entrepreneur Tony Accurso.  En entrevue à RDI, Monsieur Labonté a répondu à ces accusations en impliquant anonymement plusieurs élus et fonctionnaires dans le « système mafieux » qui régnerait à la Ville de Montréal.

Et le gouvernement libéral de Jean Charest réagit avec tiédeur en écartant une enquête publique, comme s’il avait des choses à cacher, et remet la paternité du dossier à la Sureté du Québec (SQ) avec l’opération Marteau afin de se délester des conséquences politiques éventuelles et de diluer ses rapports incestueux avec certaines entreprises privées de génie-conseil et de construction.

Pourtant, les coûts de construction en infrastructure au Québec sont de 42% supérieurs à la moyenne des provinces canadiennes (selon le reportage d’Enquête à Radio-Canada) et l’on se demande pourquoi notre réseau routier est en si pitoyable état.  Il y a évidemment anguille sous roche.

Le monde politique québécois est malade, même si notre démocratie est l’une des plus saines de la planète par ses pratiques électorales intègres.  Mais le symptôme de la maladie se situe en amont, pas en aval.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Le nœud du problème se situe dans le financement des élus et des partis politiques.  Bien qu’une loi sur le financement des partis politiques ait été votée en 1977 par le Parti Québécois, il semble évident que cette législation manque de dents et devrait être revue de fond en comble.

Comme je l’affirmais dans un précédent article publié dans Le Devoir, il faudrait limiter le financement des partis politiques qu’aux contributions de l’État déterminées en rapport aux nombres de voix obtenues.  Ainsi, un parti politique ne recevrait qu’un budget égal à la quantité de votes reçus lors du dernier scrutin et ne pourrait travestir les élections et la gestion des affaires publiques par des dons électoraux privés et particuliers contraires aux intérêts collectifs.

Seulement ainsi pourrions-nous assainir les mœurs politiques et se payer une véritable démocratie.

Ajout: un nouveau parti pourrait recevoir du financement en rapport à son nombre de membres et ensuite, après une élection, se voir attribuer des contributions selon les voix obtenues, comme tous les autres.

À lire:  Corruption libérale

Une loi vide de sens

Une démocratie plus équitable

Pour en finir avec la corruption politique