La dérive identitaire

Cet article a été publié dans Le Soleil de Québec, le 10 juin 2022

Le recrutement de Bernard Drainville par la CAQ a eu l’effet d’un tremblement de terre selon certains. On évoque dès lors la confirmation de la disparition prochaine du Parti québécois du paysage politique et la consécration du virage identitaire de la CAQ recrutant en grande pompe le fondateur du défunt projet de loi sur la  « Charte des valeurs québécoises » du dernier gouvernement péquiste, une loi qui aurait été encore plus restrictive que l’actuelle loi 21 (sur la laïcité de l’État) si elle avait été adoptée à l’époque.

On peut se demander comment le nationalisme du temps de René Lévesque a-t-il pu évoluer ainsi? Voici que d’un nationalisme plutôt inclusif et émancipateur, le peuple québécois glisse lentement vers son opposé, un nationalisme fermé et réactionnaire.

La CAQ semble devenir progressivement le refuge de tous les nationalistes déçus cherchant un exutoire. À défaut de réussir la souveraineté politique, on se réfugie maintenant dans la lutte pour les « valeurs culturelles », pour la protection du français et pour un contrôle accru en immigration comme planche de salut d’un peuple qui hésita, deux fois plutôt qu’une, à faire le grand saut vers l’indépendance.

Bien que cela soit compréhensible dans le contexte d’un recul du français au Québec, cette nouvelle approche nationaliste n’est toutefois pas sans péril.  Si l’histoire nous apprend quelque chose, c’est que les possibilités de dérive vers un nationalisme revanchard, xénophobe et chauvin aux graves conséquences sont bien réelles et ne relèvent pas de l’utopie — surtout dans un proche avenir dans lequel l’immigration sera de plus en plus présente afin de contrecarrer le vieillissement de la population et de combler le manque de personnel autant dans les services publics que l’entreprise privée.  

Espérons que les Québécois seront assez sages pour choisir ultimement une autre façon que ce type de nationalisme afin d’exprimer leur sentiment national ainsi que leur inquiétude face à leur survie.

Un Québec à tribord

Cet article a été publié dans Le Devoir, le 25 mars 2022 et dans Le Soleil, le 26 mars 2022

Photo de Evan Velez Saxer provenant de Pexels

Nous apprenions cette semaine, à la suite de la divulgation d’un sondage Mainstreet, que le Parti conservateur du Québec arriverait en deuxième position dans les intentions de vote, devant le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois. À la lumière de ces résultats, l’hypothèse que le PCQ forme l’opposition officielle, quoiqu’improbable, s’avère possible. Dans l’avènement de ce scénario, que cela nous apprendrait-il de l’évolution politique du Québec contemporain ?

Tout d’abord, pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale serait dominée par un parti au pouvoir et un parti d’opposition ancrés tous les deux résolument au centre droit et à la droite de l’échiquier politique : la CAQ de François Legault, avec son programme autonomiste et nationaliste à la Duplessis teinté d’une profession de foi envers le libéralisme économique, face à un Parti conservateur d’Éric Duhaime qui baigne dans les eaux du libertarianisme, de l’antisyndicalisme et de la privatisation à tout-va.

Ensuite, certains pourraient dire, advenant cette éventualité, qu’il s’agirait d’une rupture avec la période de la Révolution tranquille, qui a permis l’émergence d’une classe d’hommes et de femmes d’affaires ayant maintenant saisi les rênes du pouvoir de la scène politique québécoise tout en remettant en question les acquis de la Révolution tranquille dont ils et elles ont paradoxalement bénéficié.

Je me demande bien ce que penseraient les dignes représentants des générations des grandes luttes syndicales et des aspirations souverainistes que sont Michel Chartrand et Pierre Falardeau, aujourd’hui malheureusement décédés, en constatant que tous les idéaux pour lesquels ils se sont battus risquent de tomber aux oubliettes chez une population québécoise qui semble avoir perdu ses repères. Mais il s’agit encore ici de pure spéculation… jusqu’aux élections.

À l’école comme dans la société​ ​

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 28 novembre 2019

Nous apprenions récemment que La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) intente une poursuite contre le gouvernement du Québec à propos de la Loi 21 sur la laïcité de l’État sur les bases d’une atteinte aux droits fondamentaux de ses membres. Mais des idéaux plus grands sont aussi défendus dans cette démarche.​

Essentiellement, l’école joue un rôle de microsociété visant à préparer les enfants à la vie en communauté et a aussi comme devoir d’inculquer des valeurs de diversité et de respect aux futures générations. De plus, la connaissance que diffusent les institutions d’enseignement entre en conflit avec l’esprit de cette loi qui vise à camoufler les différences et à faire rentrer les enseignant.es dans le moule de la majorité en niant ces différences présentes dans la société, des différences auxquelles devront un jour ou l’autre faire face les élèves une fois adultes.​

D’autre part, même si le gouvernement Legault a utilisé la clause dérogatoire, il s’agit toujours d’une législation instituant la discrimination à l’embauche selon la religion si l’on considère que les enseignant.es oeuvrant dans les écoles privées du Québec ne subissent pas le même préjudice.​

Le vivre-ensemble s’apprend tout d’abord à l’école, qui demeure la première expérience sociale à grande échelle des enfants. Ne pas balayer la diversité sous le tapis à l’école favorise une meilleure cohésion sociale dans une société au profil culturel voué à se modifier avec la venue de nouveaux arrivants dont le Québec a grandement besoin pour assurer son avenir.

 

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Débats sans fin

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 20 février 2019

Je commence à être las de ces débats sans fin sur les valeurs culturelles, la nation, les ethnies, de ce que certains conçoivent comme étant correct au plan culturel.

Il y a des choses tellement plus importantes qui nous rejoignent tous, comme un monde sans pollution, sans discrimination et la problématique du réchauffement climatique.

On cherche en soufflant ainsi sur les braises de la haine et de l’incompréhension à nous détourner des problèmes fondamentaux de notre époque qui impliquent pourtant la survie même du genre humain en nous dressant les uns contre les autres.

La faute à la CAQ

Cet article a été publié dans Métro Montréal le 14 décembre 2016

On mentionne souvent ces temps-ci la possibilité d’une coalition du Parti Québécois et de Québec solidaire pour enfin extirper les libéraux qui sont au pouvoir presque sans interruption depuis 2003. On accuse aussi QS d’être l’empêcheur de tourner en rond en divisant le vote souverainiste et progressiste et d’ainsi nuire à l’accession au pouvoir du PQ comme si ces deux formations politiques étaient des vases communicants.

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Or, selon les données des dernières élections, en appliquant l’hypothèse chimérique que la totalité du vote de Québec solidaire se transfère au Parti Québécois dans chaque circonscription, cet ajout ne mènerait pas à une défaite du Parti libéral. Dans ce cas, bien que le PQ bonifie sa présence à l’Assemblée nationale, le PLQ demeure encore majoritaire avec 63 au lieu de 70 sièges et la CAQ aurait perdu la moitié de son équipe de députés.

Le scénario de 2018 ne s’annonce malheureusement pas très différent. Une coalition PQ-QS n’empêcherait pas la reprise des rênes du pouvoir par les libéraux tant que la CAQ conservera son château fort dans la grande région de Québec et ses pions en Mauricie ainsi qu’au Centre-du-Québec – des secteurs difficilement prenables par cette éventuelle coalition, car la popularité du Parti Québécois et de Québec solidaire n’y est pas très élevée.

Une véritable alternative se voit ainsi mise en échec, et sans cette dizaine de députés manquants à une possible coalition, les libéraux seront majoritaires en chambre pour encore une durée indéterminée et on ne peut, finalement, que blâmer les électeurs de la CAQ pour la monopolisation incessante du pouvoir par le PLQ…

 

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Retour vers l’avenir

Le virage nationaliste de la CAQ et la venue récente parmi ses rangs d’un transfuge du Parti québécois, le conseiller politique Stéphane Gobeil, suscitent l’espoir d’un regain de popularité de ce parti vivotant dans le paysage politique québécois.

Mais cette image revampée – ultime tentative de relancer la formation politique – ne constitue en rien une nouveauté. On tente simplement d’appliquer une nouvelle couche de vernis sur un tableau déjà bien craquelé. En fait, cette nouvelle allégeance «  nationaliste  » n’est point différente de la position de l’ADQ, son ancêtre, et aussi de la défunte Union nationale.  L’une comme l’autre prônaient une politique autonomiste – c’est-à-dire un nationalisme mou prétendant défendre les intérêts du Québec dans la Confédération canadienne.

De plus, ce nationalisme de droite, disons-le, s’aligne dans la même pensée de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis de tendance très conservatrice: donner un appui exclusif à l’entreprise privée locale ou étrangère, rapetisser un État jugé trop tentaculaire et s’opposer aux revendications syndicales.

Ce changement cosmétique de la Coalition Avenir Québec ne cache pas sa véritable intention, soit «  retourner vers le passé  » – tout comme l’Action démocratique du Québec affichait fièrement l’adjectif «  démocratique  » dans son appellation pendant qu’elle proposait ni plus ni moins une politique économique de droite qui aurait favorisé indubitablement un écart croissant entre riches et pauvres.

Demi-dieux libéraux

Le vide oppositionnel et la division du vote francophone procèdent à l’établissement d’un parti unique au Québec. Le Parti libéral, fort d’un appui des communautés culturelles en pleine progression, se voit ainsi assuré d’une longue gouvernance que seule une opposition unifiée pourrait interrompre.

Le Parti Québécois étant hors-jeu, le champ est maintenant libre pour concrétiser le grand plan de Réingénierie de l’État échafaudé par Jean Charest une décennie plus tôt. Et, cette fois-ci, rien ne pourra l’arrêter, tout en obtenant en boni le soutien tacite de la CAQ de François Legault.

Confiants de leur nouvelle hégémonie politique, les libéraux instaurent dès lors la grande réforme – si espérée par le milieu des affaires et les ténors de la droite économique – sans s’embêter de consultation populaire, même si le premier ministre Philippe Couillard promettait, quelques jours après les élections l’ayant amené au pouvoir, un « dialogue social » sur les futures compressions dans l’appareil de l’État.

Pourtant, même si la Commission sur la révision permanente des programmes n’a pas terminé ses travaux, on sabre déjà allégrement dans tous les ministères en évoquant l’urgence de la situation lorsqu’en campagne électorale aucune mention de telles coupes sombres n’a été évoquée.

Et, de plus, le ministre Gaétan Barrette obtient tout pouvoir en santé. En centralisant selon son bon vouloir et en nommant à sa discrétion les membres des conseils d’administration des établissements, il éloigne les agents locaux d’une participation bénéfique au sain roulement du système de santé.

Ce qui confirme que jamais un gouvernement n’a été aussi distant des préoccupations de ses commettants malgré toutes ses belles promesses creuses.

Et cela n’a rien de surprenant avec une telle équipe au cabinet restreint représentant les couches sociales les plus aisées de la société québécoise. Trois médecins y siègent ainsi que deux banquiers: Philippe Couillard (premier ministre); Gaétan Barrette (ministre de la Santé); Yves Bolduc (ministre de l’Éducation); Carlos J. Leitão (ministre des Finances); et finalement Martin Coiteux (président du Conseil du trésor), pourfendeur avéré du « modèle québécois » qu’il honnit.

Animés par un sentiment paternaliste, ces bien-pensants cherchent, dans leur grande magnanimité, à éduquer et à remettre sur la bonne voie les citoyens égarés que nous sommes… sans demander notre avis.

Cependant, ils ne sont pas en position de nous faire des remontrances en sermonnant que le Québec vit au-dessus de ses moyens. C’est bien sous les mandats de Jean Charest que la dette publique de la province a explosé, alimentée par la collusion et la corruption.

Mais, bien assis sur leur piédestal, ils ne pourront appréhender tous les problèmes, à moins d’avoir le don d’ubiquité. Il faut, au contraire, faire participer tous les intervenants à la résolution du problème des déséquilibres budgétaires, pas agir en demi-dieux ayant toutes les solutions…

Vent de folie libéral

Plusieurs furent abasourdis par le récent coup de sonde de l’électorat projetant une victoire majoritaire du Parti libéral de Philippe Couillard aux prochaines élections générales.

Pourtant, avant la candidature de Pierre Karl Péladeau pour le Parti québécois et sa profession de foi souverainiste, l’actuel parti au pouvoir se dirigeait vers une reconduction de son mandat gouvernemental en voguant sur la vague de la Charte des « valeurs québécoises » largement appuyée par les électeurs francophones. Certains diront que la rentrée de PKP dans l’arène électorale fut une grave erreur de la part des tacticiens du PQ qui croyaient ainsi susciter un nouvel élan à la cause souverainiste, un peu comme le fit la venue de Lucien Bouchard comme chef spirituel du « OUI » avant le référendum de 1995.

Et maintenant, le vent a tourné.

On peut comprendre alors qu’une partie des souverainistes « mous » éparpillés entre la CAQ et le PQ ont été échaudés par la manœuvre et dirigent désormais leur préférence électorale vers les libéraux. De la sorte, ils s’ajoutent aux clientèles traditionnelles du PLQ telles que les minorités ethniques, les anglophones et le segment le plus âgé des Québécois dits de « souche » – ce qui crée ainsi la masse critique nécessaire pour obtenir une majorité en chambre.

Comme il arrive souvent en politique, des électeurs désabusés votent pour ce qu’ils considèrent être le moindre mal… mais dans ce cas précis, il est difficile de saisir la logique derrière ce genre de vote considérant le passé trouble du Parti libéral du Québec en matière d’éthique.

Les nombreux scandales de ce parti par rapport au domaine de la construction pendant la période de Jean Charest et la présence de nombreux membres de l’ancien règne libéral dans les rangs de l’équipe de Philippe Couillard laissent pourtant présager d’autres scandales advenant une réélection libérale. Et ceci est sans compter les futures enquêtes de l’UPAC et la continuation de la Commission Charbonneau après les élections qui pourraient déterrer des cadavres que le PLQ ne voudrait pas voir resurgir… ce qui promettrait une gouvernance libérale houleuse empreinte de perte de légitimité rappelant les pires années de l’ère Charest.

Albert Einstein disait jadis « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » et cette affirmation se colle très bien au déroulement de ces élections générales : de nombreux Québécois veulent en finir avec la corruption et les conflits d’intérêts dans le monde politique, mais voilà qu’ils s’apprêtent à reporter au pouvoir la formation politique la plus entachée par ces maux.

Au final, si cela n’est pas de la folie, ça s’y rapproche…

Un gouvernement de coalition?

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 4 octobre 2012

Chantal Hébert évoque depuis un certain temps dans Les coulisses du pouvoir ainsi que dans sa chronique dans L’actualité la probabilité d’une coalition du Parti libéral du Québec (PLQ) avec la Coalition avenir Québec (CAQ).

Bien que cela soit possible sur le plan constitutionnel, si le lieutenant-gouverneur du Québec le permet, je ne suis pas d’accord avec une telle assertion.

Politiquement, ça se joue mal face à l’électorat.

À court terme, on voit mal une alliance entre ces deux formations politiques sans qu’un chef du Part libéral n’ait été désigné. Dans cette éventualité, Legault deviendrait premier ministre parce qu’il est le seul chef à avoir été élu en tant que tel.  Peu probable.

De plus, advenant une coalition avec un nouveau chef libéral, qui n’a pas été plébiscité en tant que premier ministre lors d’une élection générale, je vois mal la légitimité de ce possible gouvernement.

Par ailleurs, si un vote de confiance défait le gouvernement sur le budget et provoque des élections générales hâtives, l’odieux risque de revenir aux partis d’opposition qui pourraient y perdre des plumes.

Au fédéral, on avait évoqué une telle possibilité d’alliance pour éjecter les conservateurs du pouvoir sur une question budgétaire, sans jamais le faire.

Bref, il faut vraiment une crise majeure pour valider ce genre de « putsch » et ce ne semble pas être le cas ici.

L’effet CAQuiste sur la division du vote

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 7 août 2012

Jean Charest peut bien se rassurer sur l’effet avantageux de division du vote qu’engendrera la popularité de la CAQ lors de l’élection générale du 4 septembre. Comme il l’affirmait quelques mois auparavant, la Coalition Avenir Québec cannibaliserait les électeurs traditionnels du Parti Québécois, permettant aux libéraux, à son avis, de devancer les candidats du PQ dans plusieurs circonscriptions.

Néanmoins, les faits parlent autrement.

Tout d’abord les sondages montrent un phénomène inversement proportionnel : lorsque la CAQ perd des appuis dans la population, autant le PQ que le Parti libéral du Québec en profitent dans les intentions de votes.

Par ailleurs, le Parti libéral du Québec et la formation de François Legault sont au diapason sur plusieurs thématiques : tous deux sont à l’écoute du monde des affaires avec un penchant antisyndicaliste – la plupart de leurs candidats sont des notables ou des gens d’affaires – ; ils prônent le statu quo en matière constitutionnelle – malgré la prétention de Jean Charest de décrire la CAQ comme un parti souverainiste – ; et finalement, autant la CAQ que le PLQ sont d’accord sur la hausse marquée des droits de scolarité ainsi que sur l’application de la loi 78.

Sans compter que la CAQ attaque directement, avec les candidatures de Jacques Duchesneau et de Gaétan Barrette, les axes politiques constituant le talon d’Achille du parti au pouvoir, c’est-à-dire la lutte à la corruption et la santé, deux domaines où les libéraux ont échoué.

En santé plus particulièrement, les électeurs plus âgés, traditionnellement favorables au PLQ dans le passé, seront fortement tentés, cette fois-ci, de choisir la CAQ afin de s’assurer de services médicaux rapides dans l’avenir…

En somme, plusieurs électeurs libéraux déçus de l’administration de Jean Charest pourraient porter leur voix sur le parti de François Legault, plus spécialement dans la région de Québec où la lutte à deux se fera sans le PQ.

Avant de suggérer une division du vote favorable au PLQ, monsieur Charest, il faut considérer ces éléments…