Un investissement perdant

La décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec d’investir davantage (à hauteur de 16,7 milliards en 2016) dans les énergies fossiles, le secteur gazier, le pétrole des sables bitumineux et les pipelines fut plutôt à courte vue et insensée.

Cette stratégie financière de la Caisse contrevient à l’esprit de la politique environnementale de la province voulant s’attaquer aux gaz à effet de serre et hisser le Québec au niveau de champion de la lutte aux changements climatiques sur le continent.

Il s’agit aussi d’un placement à court terme qui se met en porte à faux avec le but ultime de l’investisseur institutionnel qui cherche à maximiser les rentes de retraite des Québécois. À quoi sert-il d’amasser des milliards de dollars pour la future retraite des citoyens si les placements que nous effectuons fragilisent le climat, polluent notre environnement et détériorent notre qualité de vie et celle des futures générations de retraités?

À cette époque de gains rapides et de maximisation des profits sans considération de l’avenir, la Caisse de dépôt et placement, au contraire, devrait être un moteur de changement vers une transition énergétique viable, car elle est de propriété publique et se doit d’être responsable envers ses actionnaires, les citoyens québécois.

À quoi bon épargner afin de jouir plus tard d’une retraite dorée si le futur n’est plus assuré ?

L’argent n’a pas de patrie

La vente du fleuron québécois RONA au géant américain LOWE’S confirme bien que l’élite économique du Québec ne s’entrave pas de considérations nationalistes lorsque vient le temps d’empocher le magot, tout comme la Caisse de dépôt et placement du Québec – actionnaire à 17% – qui n’a pas levé le petit doigt pour bloquer la transaction en se réfugiant derrière une neutralité politique douteuse qui concorde étrangement avec la position de l’actuel gouvernement libéral.

Lointaine est désormais l’époque du «  Maître chez nous  » d’un autre gouvernement libéral qui portait jadis le flambeau d’un nationalisme économique nécessaire à l’émancipation d’un peuple minoritaire à l’avenir incertain.

Avec un dollar canadien particulièrement bas, la table est mise pour les achats à rabais de plusieurs entreprises québécoises que les actionnaires ne peuvent refuser en raison des énormes montants engagés. Le «  Québec Inc.  » oublie de cette façon les acquis de la Révolution tranquille et les aspirations de tout un peuple, celui dont il est pourtant issu, et se vend au plus offrant ainsi que son peuple dans la foulée.

Mais ce manque de sensibilité nationaliste ne se limite pas aux entreprises qui se sabordent en se faisant avaler par la concurrence étrangère. Il touche aussi celles ayant encore leurs sièges sociaux chez nous et qui profitent de soutien financier important du gouvernement provincial tout en délocalisant dans l’indifférence certaines de leurs activités vers des contrées au faible coût de main-d’œuvre… comme Bombardier.

Oui, sans aucun doute, les événements des derniers mois nous ont démontré que l’argent n’a pas de patrie…

Les ti-amis de Thierry Vandal et Hydro-Québec

Aujourd’hui, on se serait cru dans les années 50.

Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, a voulu octroyer avec des fonds publics un don de 250 000$ au collège Notre-Dame, une école secondaire privée qu’il a lui-même fréquenté et qui est pourtant subventionnée à 60% par l’État québécois (l’un des taux les plus généreux parmi toutes les provinces canadiennes). De plus, il est le président du conseil d’administration de cette école!

Il s’agit ici d’un flagrant conflit d’intérêt.

Thierry Vandal, qui travailla jadis dans l’industrie pétrolière, est habitué de diriger une entreprise sans considération envers la justice sociale.  Les mauvais plis sont difficile à aplanir lorsqu’on a depuis toujours la mentalité d’un haut cadre du secteur privé accoutumé à arroser ses petits copains et ceux qui lui ont permis de gravir les échelons.

Malgré que l’institution d’enseignement privée ait refusé cette donation, il en demeure que le dossier soulève de nombreuses questions d’éthique dans le domaine de la gestion des entreprises publiques.

Est-ce que Hydro-Québec et toutes les autres sociétés d’État sont dirigés comme de vulgaires compagnies privées sans profession de foi envers les contribuables et le bien-être de la société québécoise?

On aurait tendance à le croire.

Pensons à la Caisse de dépôt et placement du Québec avec son ancien président Henri-Paul Rousseau, ex-décideur pour la Banque Nationale et la Banque Laurentienne, qui a quitté le navire de cette société publique lorsque que celle-ci naviguait en eaux troubles tout en empochant une prime de 380 000$ avant d’aller vendre ses services à Power Corporation.

Pourquoi toujours demander à des ressortissants du privé de venir gérer des institutions publiques lorsqu’on constate qu’ils n’ont pas la fibre morale ou sociale nécessaire à l’occupation de ce genre de fonctions ?

N’existe-t-il pas au Québec des gestionnaires formés et expérimentés dans la sphère du management public qui seraient plus aptes à gérer nos avoirs collectifs sans la fâcheuse tendance à copier les agissements du monde des affaires ?

Oui, probablement, mais ces gens pourtant compétents ne sont pas dans la clique d’affaires du Parti Libéral du Québec et ne pourront espérer occuper des postes de haute direction tant que ce gouvernement sera au pouvoir.

À lire: Hydro-Libéral

Caisse de dépôt : le prix de l’incompétence

Il y a sûrement matière à tenir une commission d’enquête concernant la perte de 39 milliard$ de la Caisse de dépôt et placement.

Après tout, une telle déconfiture des avoirs du bas de laine des québécois nécessite une mise au point et le dévoilement de tous les tenants et les aboutissants. 

 

Mais, non pas pour conflit d’intérêt, comme le suggèrent certains de mes copains blogueurs (car cela reste difficile à prouver), mais pour incompétence crasse de la part du gouvernement libéral.

 

Qui a fait quoi?  Qui a prit les décisions menant les actifs de la Caisse à fondre comme neige au soleil?

 

Bien sûr, il y a en toile de fond toute cette crise financière mondiale qui ne touche pas seulement le Québec.  Cependant, les signes d’un ralentissement économique majeur étaient présents depuis fort longtemps et rien ne dispense le gouvernement libéral de l’insouciance dont il a fait preuve en étant négligeant dans les définitions des paramètres d’investissement de la CDP.

 

En période de turbulence économique, il aurait dû mieux encadrer la gestion de la Caisse et privilégier les placements sûrs au lieu de dériver vers l’éléphant blanc du papier commercial.

 

Ici, le gouvernement libéral a pêché par la motivation de l’appât du gain et n’a pas agit en « bon père de famille ».