Un axe politique inchangé

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 7  septembre 2011

Panoplie de commentateurs politiques évoque la fin du paradigme définissant le monde politique québécois polarisé entre souverainistes et fédéralistes avec la chute du Bloc Québécois et la récente débâcle dans les sondages du Parti Québécois.

Ainsi, dans ce contexte,  selon eux, l’ancien axe politique marqué par la lutte pour l’indépendance du Québec céderait la place à un nouvel axe dominé par la dichotomie gauche-droite, ventilé de toutes velléités nationalistes.

Cependant, pour l’œil aguerri de l’expert en science politique, telle mouvance des plaques tectoniques des allégeances politiques dans la Belle Province ne s’opère point.

Que l’axe du débat politique se mute d’une dualité souverainisme-fédéralisme à une autre gauche-droite ne transforme en rien l’ADN de la politique québécoise, car la souveraineté a toujours été l’apanage des partis de gauche au Québec et le fédéralisme, ou encore « l’affirmation nationale », la position des partis de droite.

Intrinsèquement, la gauche défend philosophiquement l’émancipation des peuples – ne pas confondre avec nationalisme chauvin se campant à droite-  qui se veut le moyen de libération des nations opprimées contre leurs oppresseurs extranationaux.

Et la droite opte toujours pour le statu quo ou, pire, le retour en arrière.

Alors, que cet axe change de dénomination importe peu.

Il faut se remémorer l’histoire québécoise ainsi que les attributs des idéologies politiques pour réaliser que, même si les joueurs peuvent changer, le jeu demeure toujours le même.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  207 (initié)

Lucien Bouchard n’a jamais été réellement souverainiste

Les derniers commentaires de Lucien Bouchard à propos de sa perte de foi en l’indépendance du Québec et au soi-disant virage radical identitaire du Parti Québécois confirment une fois pour toute que notre Lulu national n’a jamais été souverainiste.

Malgré son adhésion à l’option du « OUI » en 1980 et 1995, la somme de son implication politique concrète laisse transpirer en fait un fort penchant pro-fédéraliste.

En véritable girouette politique, il n’a cessé de passer d’un extrême à l’autre de l’axe souverainiste-fédéraliste.

Notons trois mouvements de ce genre :

– Il fut tout d’abord un partisan actif du Parti Libéral du Québec lors de la campagne de 1970 et rejoint le camp souverainiste en 1980 après les événements de la crise d’octobre.

– En 1988, il rallie le Parti progressiste-conservateur dans l’espoir de ramener le Québec dans le concert de la confédération canadienne mais crée le Bloc Québécois après l’échec du Lac Meech.

– En 1995, année du deuxième référendum, il s’implique dans la campagne et permet de rehausser la popularité de l’alternative souverainiste. Succédant à Jacques Parizeau à la tête du Parti Québécois en 1996, il porte le flambeau du nationalisme québécois jusqu’à sa démission en 2001 où il baisse les bras en déclarant qu’il n’a pu ranimer la flamme de la cause de la souveraineté du Québec.

Et, cette semaine, voici cette déclaration vitriolique dans laquelle il qualifie la recherche de la souveraineté comme un objectif chimérique. Il affirme même qu’il ne verra pas l’accession du Québec à son indépendance de son vivant et donc qu’elle est désormais futile.

Après moi le déluge…

On reconnaît bien là l’arrogance et la prétention de supériorité morale de cette ancienne icône du nationalisme québécois.

Lucien Bouchard fut un souverainiste par circonstance, non par conviction.

En 2001, il a déserté la chefferie du PQ devant l’insistance d’une franche de ce parti qui demandait une attitude plus agressive dans la promotion de l’idée de la souveraineté car sa propre conviction n’était pas aussi vivante que celle des vrais souverainistes. À la première occasion, il a courbé l’échine et n’a pu continuer le combat.

Par ailleurs, on est en droit de se demander si ce personnage est vraiment un nationaliste convaincu après sa participation à l’élaboration du Manifeste pour un Québec Lucide. Dans ce document teinté d’une pensée néolibérale, il acquiesce à un délestage des services publics québécois et des instruments de contrôle du peuple Québécois sur sa destinée économique. Mais comment permettre l’émancipation du Québec en vendant au capital international toutes les institutions publiques dont les Québécois se sont dotés depuis la Révolution tranquille? N’était-ce justement pas pour réaliser cette émancipation que nous les avions érigées?

Et que dire de sa sortie peu élégante de 2006 demandant aux Québécois de travailler plus comme si notre peuple était une bande de fainéants. Pourtant, nous avons réussi en moins d’une génération à passer d’une communauté à caractère agricole à une société industrielle moderne. De plus, y-a-t-il un mal à vouloir jouir de la vie en profitant d’un temps en famille ou dans les loisirs après une semaine complète de travail? Devrions-nous, comme le suggère Saint-Lucien, sacrifier nos vies pour satisfaire les impératifs du capital?

En fait, monsieur Bouchard est un conservateur économique avant d’être un souverainiste.

Pour lui, l’économie prime sur les velléités indépendantistes des Québécois, comme son ancien mentor Robert Bourassa qui croyait que la souveraineté politique passait derrière la satisfaction des besoins matériels et économiques. Apparemment, il revient présentement à ses premiers amours.

Comme si ce n’était pas suffisant, Lulu agit en revanchard en entremêlant ses intérêts familiaux avec ceux de la population du Québec tout en minant la crédibilité des forces souverainistes. Il faut remarquer que cette attaque peu subtile a suivi les déclarations de Pauline Marois, l’actuelle cheffe du Parti Québécois, qui comparaient son frère (Gérard Bouchard) au personnage fétiche d’Elvis Gratton en relation à son attachement au multiculturalisme. Une allusion maladroite de Marois, certes, mais qui ne valait pas cette louche affabulation de radicalisme nationaliste, voire même racial, envers le Parti québécois au sujet de son questionnement identitaire. Ce parti est depuis toujours tolérant envers les immigrants et n’a jamais fait preuve d’une xénophobie comparable à l’Action Démocratique du Québec comme l’affirme monsieur Bouchard.

Finalement, Lucien Bouchard est un bien pensant qui nous dicte quoi penser, nous pauvres Québécois incultes et ignorants. Maintes fois il retourna sa veste et il ose aujourd’hui nous faire encore la morale.

Mais je lui pose une question : si la solution est d’éclipser la souveraineté et de s’attarder entièrement aux problèmes du Québec tels que les finances publiques, l’éducation et la santé, pourquoi le Parti libéral du Québec, qui n’est pas astreint par des contraintes nationalistes,  n’a-t-il pu réussir à résoudre aisément ces maux en 7 ans de pouvoir?

Les beaux discours de Michael Ignatieff

En fin stratège, le nouveau chef du Parti Libéral du Canada semble diriger sa formation vers la gauche en épousant la cause des travailleurs sans-emplois dans l’espoir de prendre le pouvoir.  La droite étant largement occupée par le Parti Conservateur de Stephen Harper, Michael Ignatieff se doit de conquérir un terrain plus facile à investir où la division perdure.  Ainsi, il louche vers le centre-gauche en espérant recueillir un bon nombre d’électeurs du Nouveau Parti Démocratique ainsi que du Bloc Québécois.

Cependant, ses déclarations concernant l’assouplissement des conditions d’admissibilité à l’assurance-emploi et l’établissement d’une taxe sur le carbone traduisent un électoralisme flagrant.

À propos de la diminution du nombre d’heures de travail nécessaires pour obtenir des prestations d’assurance-emploi, une demande copiée sur les revendications des deux autres partis d’opposition, il faut se remémorer que Jean Chrétien, ancien premier ministre libéral, avait procédé à l’implantation de restrictions majeures en 1996-97 dans ce programme d’aide aux chômeurs.  Alors, devrions-nous croire le nouveau chef du PLC dans sa volonté de défaire ce que l’un de ses prédécesseurs a mis en place ?  Cela ne signifierait-il pas un désaveu de l’héritage du Parti Libéral du Canada ?

Au sujet d’une taxe sur le carbone, l’intention est bonne.  Mais, encore une fois, il faut regarder vers le passé pour constater que même après la signature du protocole de Kyoto, les libéraux au pouvoir n’ont pas levé le petit doigt afin de promouvoir une réduction significative des gaz à effet de serre selon les objectifs de cette entente internationale.   Comme le Parti Conservateur, et contrairement au Nouveau Parti Démocratique, le PLC accepte des dons de grandes entreprises qui voient depuis toujours d’un mauvais œil toute législation environnementale trop restrictive. En fait, il parle et parle d’environnement, mais lorsque le moment est venu d’agir, il retourne sa veste afin de satisfaire ses contributeurs électoraux.

En somme,  Michael Ignatieff, lors de son congrès d’investiture, nous a servi un beau discours que nous sommes habitués d’entendre de la part d’un chef libéral.  Un discours répétitif qui ne mène, finalement, jamais à rien.  Nous avons pourtant eu dix ans d’expérience sous le mandat de Jean Chrétien pour évaluer la mauvaise foi et l’hypocrisie des libéraux fédéraux.  Il faut plus que jamais en tenir compte devant la hausse des intentions de vote du PLC dans les derniers sondages.

Le gouvernement-enfant

Bien voilà. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a déposé son budget tant attendu avec l’appui subséquent des libéraux de Michael Ignatieff.   

 

Après avoir reçu une sérieuse tape sur les doigts en novembre dernier de la part de l’opposition majoritaire, le premier ministre et son cabinet ont acquiescé à des mesures de stimulation économique plus que jamais nécessaire devant la tempête qui s’annonce. 

 

Mais, comme un enfant que l’on réprimande à la moindre incartade, les conservateurs ont besoin d’être constamment surveillés, car dès que la population ou les partis d’opposition ont le dos tourné,  ils recommencent à fomenter leurs mauvais coups. 

 

Nous l’avons vu encore et encore dans le passé depuis l’accession au pouvoir du Parti réformi… euh pardon, conservateur : il s’agit d’un gouvernement immature et dogmatique cherchant toujours à imposer son agenda de droite en dépit des traditions sociale-démocrates de l’ensemble du pays. 

 

Heureusement, les puissants partis d’opposition agissent sur lui comme des parents envers leur enfant trop turbulent jusqu’à l’atteinte de sa « majorité ». 

 

Espérons qu’il en retiendra les leçons, ce qui serait surprenant pour ce gamin indiscipliné, si un jour il détenait totalement les rênes du pouvoir.   

 

À lire: Stephen Harper est-il schizophrène?

André Arthur versus l’éthique politique

Le député André Arthur a été engagé par TQS pour animer une émission d’opinion sur l’heure du midi.  Il s’agit sûrement d’une première au Québec.  Jamais dans le passé récent un politicien n’a usé d’une tribune « privée » sous rémunération en tant que « sideline » à son travail de député. 

 

Un événement qui soulève bien des interrogations.

 

Comme le soulignait Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois, il y a risque de conflit d’intérêts et la qualité de son rôle de député pourrait en subir les contrecoups aux dépens de son électorat.

 

Il semble évident qu’un élu à l’emploi d’un réseau télévisuel aura tendance à suivre la pensée politique générale de son employeur qui en profitera du même coup pour diffuser ses croyances.  Ainsi, cet élu serait tiraillé entre les intérêts de ses électeurs et ceux du média qui signe son chèque de paie.  Ce genre d’association est en pure contradiction avec la démocratie car c’est comme si on achetait un député en lui prodiguant des faveurs.

 

De plus, pourquoi un député en particulier aurait droit à cette publicité gratuite plus qu’un autre? On se souviendra que chaque député a droit à la même période de télédiffusion politique que tous les autres via la télévision publique.  Ne serait-ce pas plus juste de permettre à tous les députés de participer à une telle émission par souci d’équité? 

 

Par ailleurs, monsieur Arthur aura un avantage indu sur les futurs candidats-députés dans son comté lors des prochaines élections.   Cela, en fait, ne s’opposerait-il pas à la loi électorale?

 

On voit ainsi l’allégeance politique des nouveaux acquéreurs de TQS.  Remstar ramasse des propagandistes de droite en son sein comme monsieur Arthur et Jeff Fillion qui occupera la plage horaire du matin afin de répandre encore plus les idéaux conservateurs et réactionnaires dans la société québécoise. 

Ajout:  TQS a confirmé la fermeture de sa salle des nouvelles.  Adieu l’objectivité! On aime mieux les tribunes de droite afin d’informer (ou de désinformer) la clientèle déjà peu conscientisée du Mouton Noir de la télé.