Les banques prêtent de l’argent qu’elles ne possèdent pas

C’est une vérité peu connue.

Les banques prêtent de l’argent qu’elles ne possèdent pas.

L’histoire du système bancaire contemporain remonte au XVIIe siècle et le résultat actuel se résume en la fondation de la monnaie scripturale menant au gonflement de la masse monétaire par l’opération des banques lors des octrois de prêts à leurs clients.

En fait, le tout se joue par une double écriture au bilan de l’entreprise bancaire.

Ainsi, lorsqu’une banque prête de l’argent à un particulier ou à une entreprise privée ou publique, elle inscrit le montant de ce prêt autant dans son actif que dans son passif, même si elle ne détient pas dans ses livres la globalité de cette somme.

La seule obligation de sa part est de maintenir en liquidité une fraction du prêt déterminée par la banque centrale du pays dans lequel elle opère.  C’est ce qu’on appelle la réserve obligatoire.

Ce taux de réserve obligatoire peut varier d’un pays à l’autre car les diverses banques centrales établissent les ratios de réserves obligatoires des banques commerciales selon des objectifs de politique économique propres à chaque nation.  De la sorte, en haussant le pourcentage de cette réserve, un État met un frein au crédit ou, dans le cas contraire, le favorise.

Mais le problème de tout ce beau stratagème de l’ordre bancaire se situe à un niveau éthique.

Même si les banques comptabilisent les crédits octroyés dans leurs passifs et actifs, ce qui revient à une balance nulle, il faut noter qu’elles chargent tout de même des intérêts sur des capitaux prêtés qu’elles ne disposent pas en totalité.

C’est en cela que les banques volent tous leurs clients et bien que certains défenseurs avancent les bienfaits des effets multiplicateurs du crédit sur la viabilité économique, il n’en reste pas moins que les prérogatives concédées à la structure bancaire et financière méritent d’être questionnées, surtout en rapport aux milliards de dollars qu’elle engrange à chaque année.

Ajout:  » La banque peut aussi créer simultanément la monnaie et la créance qui en constitue la contrepartie. En effet, elle peut, par exemple, accorder une avance de trésorerie ou une autorisation de découvert à un agent en contrepartie d’un simple engagement de rembourser pris par cet agent. Elle détient alors une créance sur l’argent, en échange de laquelle elle crédite son compte en banque. Lorsque le client rembourse sa dette à la banque, la monnaie créée par l’opération initiale est détruite” – Jacques Généreux, Introduction à l’économie, Page 85.

À lire: La fin de la logique comptable

Brève autopsie de la crise financière

Comment expliquer la crise financière qui secoue le monde? Soyons bref. 

À la base même du système économique capitaliste réside le crédit.  Le crédit est l’échafaudage qui maintient debout tout l’ensemble.  Pourquoi?  Parce que la totalité de la valeur des biens et services manufacturés (automobiles, maisons, électronique, etc.) par les entreprises excède les revenus totaux concédés aux salariés/consommateurs par leurs employeurs.  Sans le crédit, il ne serait pas possible d’augmenter constamment les courbes de bénéfices des compagnies et d’écouler tout ce qui est fabriqué.

Malheureusement, il vient un temps, à toutes les 3 ou 4 générations, où l’endettement atteint des proportions tellement démesurées que la machine économique s’embourbe et débouche sur un état de crise économique profonde. La consommation décroit car la demande est atrophiée par le poids de l’endettement généralisé et les entreprises commencent dès lors à réduire leur main-d’œuvre en parallèle avec leurs activités de production.

C’est alors que les banques commerciales qui trônent au-dessus de tout le système économique commencent à enregistrer des pertes.  Ayant depuis des années soutenues la croissance par le crédit, elles sont assaillies subitement par les faillites successives et doivent rayer de leurs livres comptables de nombreuses mauvaises créances.  Et comme si cela n’était pas suffisant, les épargnants retirent leurs dépôts des banques par manque de confiance, ce qui diminue les réserves obligatoires et accule donc ces institutions financières pratiquement à la faillite.

En conséquence, sans financement bancaire, les entreprises siégeant dans l’économie réelle sont alors confrontées à un rétrécissement de leurs possibilités d’emprunt, ce qui détériore encore plus leurs situations financières et leurs projets de développement.

Comme nous l’avons vu dernièrement, les banques centrales et les autorités gouvernementales se doivent de soutenir elles-mêmes l’accès au crédit par des généreux prêts ou subventions afin d’empêcher l’écroulement de tout le système même si cela ajoute un fardeau fiscal supplémentaire sur le dos des contribuables.

La crise du subprime a été le déclencheur de la débâcle actuelle et elle rentre aussi dans la même logique.  Les acheteurs n’avaient pas les moyens de se payer ces maisons offertes sur le marché en partie en raison du fossé entre production et consommation évoqué ci-haut mais surtout en rapport à la spéculation qui a gonflé artificiellement les prix de vente des résidences. 

En tout, au pays de l’Oncle Sam, 10 540 milliards de dollars en prêts hypothécaires ont été souscrits par les familles américaines.  Par ailleurs, il faut aussi inclure les dettes par cartes de crédit qui s’élèvent à  1 000 milliards, en augmentation de 25% depuis 2003.

Il s’agit d’une analyse plutôt schématisée, j’en conviens, mais elle permet de cerner un peu plus cette crise financière.

Voir: La pire crise depuis 1929