Le faux centre d’Emmanuel Macron

Cet article a été publié dans Le Devoir et le journal Métro Montréal le 18 septembre 2017 

Pendant les élections, le nouveau président de la République française fut présenté comme le candidat du centre cherchant la grande concorde entre la gauche et la droite, supputant ainsi la fin des grands partis politiques et des grandes idéologies.

Le parti d’Emmanuel Macron, La République en marche!, se définit comme un parti de centre à inspiration social-libérale. Or, il n’en est rien, à voir la manière dont a été libellé le nouveau projet de loi sur la réforme du travail en France qui brisera l’équilibre toujours fragile entre patronat et syndicats en donnant l’avantage aux entreprises en ce qui a trait, notamment, aux indemnités de licenciement abusif (beaucoup moindres) et à la négociation dans les petites entreprises (plus difficile pour les syndicats).

Comme presque tous les partis de centre de notre époque, le parti de Macron n’est qu’une formation politique de droite qui s’ignore, car le centre ne constitue pas une idéologie légitime et ancrée au milieu dans le ciment du spectre politique.

En fait, le centre d’aujourd’hui n’est plus le centre d’hier. C’est le résultat de quatre décennies de propagande médiatique mur à mur encensant les préceptes de la loi du marché qui désormais sont devenus la norme acceptable en politiques publiques. En conséquence, en Occident, l’axe central du spectre politique, fluctuant de nature selon les aléas des conflits sociaux et du développement de la culture politique, s’est déplacé progressivement vers la droite, entraînant la position de centre avec lui.

On peut bien le constater en France, notamment lorsque le Parti socialiste, anciennement bien positionné à gauche, a hésité à appuyer les manifestations syndicales des derniers jours contre cette réforme du travail touchant les salariés. Sans compter qu’Emmanuel Macron est un ancien socialiste…

 

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La lutte des âges

La grève étudiante, à propos des droits de scolarité, opposant la jeunesse au gouvernement libéral de Jean Charest, nous laisse présager une « lutte des âges ».

Le cycle initié par le baby boom arrive bientôt à sa fin.  Avec son achèvement, les contrecoups d’une démographie vieillissante se révéleront tels qu’un fossé entre les générations et un risque d’une détérioration du climat social.

En effet, en 2056, plus du quart de la population sera formé de personnes de 65 ans et plus et, en 2031, il n’y aura que deux travailleurs pour un retraité.

En ce sens, il existera une dichotomie entre le poids démographique et politique d’un segment plus âgé de la population et le fardeau fiscal incombé aux contribuables plus jeunes pour subvenir à la demande croissante en soins de santé et en hébergement de longue durée.

Ainsi, un véritable antagonisme entre les intérêts propres des plus de 50 ans et ceux des moins de 50 ans se révélera pour encore des décennies à venir.

La lutte des âges est cependant des plus particulières et se différencie de la traditionnelle lutte des classes des marxistes basée sur le sempiternel conflit entre la riche bourgeoisie et le pauvre prolétariat – se traduisant par le concept de l’axe gauche-droite.

Cette nouvelle lutte comporte sa propre dynamique, car, elle ne se maintient pas dans un carcan idéologique fermé tant dans les moyens que les paradigmes – comme la lutte des classes.  En fait, elle évolue, au gré des besoins ponctuels et des intérêts des générations sans dogmatisme et n’hésite pas à prendre des moyens contraires à ceux du passé afin d’atteindre ses objectifs.

Par exemple, les parents et grands-parents, les plus de 45 ans, se disent fortement favorables, selon les sondages, à la hausse de droits de scolarité, bien que, il y a 30 ou 40 ans, ils eurent réclamés, eux aussi, un accès facile aux études universitaires.  De peur de voir leur impôt augmenter et de sacrifier un peu de leur bien-être matériel, ces derniers adoptent ici une position de droite contrairement à leur profession de foi de gauche d’antan – tandis que leurs enfants et petits-enfants sont résolument à gauche en 2012.

Le passé étant généralement garant de l’avenir, nous pouvons prophétiser que le même épiphénomène s’opérera dans deux ou trois décades.

La surcharge fiscale qui écrasera les travailleurs de demain, les étudiants d’aujourd’hui,  pour faire face au défi social du vieillissement de la population, incitera ces derniers à se libérer de leurs chaînes.  Alors, l’idée d’une privatisation de la santé deviendra de plus en plus alléchante pour les moins âgés tandis que les retraités s’y opposeront, bien évidemment, avec véhémence.

Le principe d’utilisateur-payeur en éducation, décrié par la jeunesse étudiante et appuyé par leurs ainés, redeviendra d’actualité dans l’avenir, cette fois-ci dans le domaine de la santé, sanctifiant encore la divergence entre les groupes d’âges et confirmant les aléas sinueux des générations, parfois antinomiques avec le passé.

Cette lutte des âges est loin d’être terminée…

Texte relié:  Une révolution… grise?

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 205 (initié)

Un axe politique inchangé

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 7  septembre 2011

Panoplie de commentateurs politiques évoque la fin du paradigme définissant le monde politique québécois polarisé entre souverainistes et fédéralistes avec la chute du Bloc Québécois et la récente débâcle dans les sondages du Parti Québécois.

Ainsi, dans ce contexte,  selon eux, l’ancien axe politique marqué par la lutte pour l’indépendance du Québec céderait la place à un nouvel axe dominé par la dichotomie gauche-droite, ventilé de toutes velléités nationalistes.

Cependant, pour l’œil aguerri de l’expert en science politique, telle mouvance des plaques tectoniques des allégeances politiques dans la Belle Province ne s’opère point.

Que l’axe du débat politique se mute d’une dualité souverainisme-fédéralisme à une autre gauche-droite ne transforme en rien l’ADN de la politique québécoise, car la souveraineté a toujours été l’apanage des partis de gauche au Québec et le fédéralisme, ou encore « l’affirmation nationale », la position des partis de droite.

Intrinsèquement, la gauche défend philosophiquement l’émancipation des peuples – ne pas confondre avec nationalisme chauvin se campant à droite-  qui se veut le moyen de libération des nations opprimées contre leurs oppresseurs extranationaux.

Et la droite opte toujours pour le statu quo ou, pire, le retour en arrière.

Alors, que cet axe change de dénomination importe peu.

Il faut se remémorer l’histoire québécoise ainsi que les attributs des idéologies politiques pour réaliser que, même si les joueurs peuvent changer, le jeu demeure toujours le même.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  207 (initié)