Une liberté contre nature

Ce texte a été publié dans Le Devoir en version abrégée, le 27 juillet 2022

La cohérence est primordiale lorsqu’on manifeste pour une cause. La fin de semaine dernière, en Ontario, un convoi provenant de l’Ouest, associé de toute évidence à la manifestation de camionneurs d’il y a plusieurs mois à Ottawa, est venu soutenir les agriculteurs néerlandais dans leur lutte contre des lois environnementales plus strictes de leur gouvernement, au nom, encore, de la liberté. Les manifestants craignent qu’on instaure de semblables lois au Canada.

Alors, où est l’incohérence ? Ces protestataires défendent prétendument l’industrie agricole, qui est pourtant tributaire d’un environnement sain et d’une nature en bon état. L’agriculture est un secteur économique vital, bien sûr, mais comme toutes les industries, elle n’est pas à l’abri d’un changement de réglementation dans le temps qui servirait à l’adapter aux nouvelles réalités.

La biosphère est en péril. La vie animale est en déclin. Des périodes de canicules et de sécheresses seront de plus en plus fréquentes et auront un impact significatif sur la production agricole. Il faudrait alors aller vers moins de protection de l’environnement lorsqu’au contraire, la planète demande qu’on la protège et la respecte plus?

S’agit-il d’un prélude à des manifestations du genre contre toute loi visant à combattre le réchauffement climatique, qui devient partout un problème criant, sauf pour ces gens ?

Liberté, je scande ton nom, en m’opposant à la nature qui m’octroie pourtant cette liberté…

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« Nos enfants nous accuseront »

C’est le titre d’un récent reportage appelant à une modification de notre style de vie, de notre mode de production industrielle, de notre agriculture et de notre alimentation.

Comme le dit l’un des conférenciers dans ce film, la nouvelle génération d’enfants sera la première de l’histoire moderne à ne pas être aussi en santé que la précédente.

Cela porte à réfléchir…

http://nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/

L’opportunisme politique contre la faim dans le monde

Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada, qui se targe d’être un défenseur de l’environnement maintient son appui au projet de loi (C-33), présenté par les conservateurs, favorisant l’industrie de l’éthanol-grain.

On aurait pu s’attendre au contraire. Réserver une partie de la production agricole pour permettre aux voitures de rouler est tout autant anti-éthique et nocif à l’environnement que l’est l’exploitation des sables bitumineux en Alberta. En fait, la production des biocarburants demande beaucoup d’énergie car les coûts en ressources naturelles y sont très élevés.

Devant la hausse du prix du carburant fossile, il est indubitable qu’on recourra de plus en plus à cette source alternative d’énergie afin de la substituer au pétrole. Les conservateurs affirment que cela ne toucherait que 5% des récoltes agricoles, mais une fois le pied dans la porte, on pourrait envisager que cette proportion ira en augmentant face à la crise énergétique et aux tarifs indécents du pétrole.

En plus de favoriser encore plus la déforestation et l’augmentation des prix des denrées alimentaires, l’adoption de ce projet de loi ne fera que contribuer à l’aggravation de la famine dans le monde.

« Monsieur environnement » fait preuve d’un opportunisme politique crasse. Sa popularité dans les sondages ne levant pas (à l’exception du dernier sondage qui semble encourageant), le mécontentement de son propre parti envers son leadership et les coffres vides du PLC sont les véritables motifs de sa faveur envers cette législation conservatrice.

S’il possédait réellement les valeurs qu’il prétend défendre, il voterait contre pour respecter ses convictions par pure cohérence au risque de perdre les élections.