La prière de la discorde

Cet article a paru dans Le Quotidien de Chicoutimi le 7 juin 2013

Le jugement de la Cour d’appel sur la prière aux conseils municipaux de Ville Saguenay consacrant la victoire du maire Jean Tremblay – s’il n’est pas contesté en Cour suprême – vient de planter la graine de discordes futures.

Même si l’histoire du Québec a été marquée par la religion – comme l’énonçaient les juges –  et que les croyants catholiques sont majoritaires dans la société québécoise, cela ne leur donne nullement la primauté au niveau de la gouvernance, car l’État ne représente pas seulement un segment de la société, aussi majoritaire soit-il, mais bien l’ensemble de ses parties.

Bien que tout d’abord ce jugement contrevient au principe laïque de la séparation de la religion et de l’État assurant la neutralité de ce dernier, il crée une discrimination institutionnalisée en faveur de la confession chrétienne catholique au détriment des autres.  Ce concept de séparation n’est pas seulement une règle arbitraire, mais un cautionnement de paix sociale et de respect entre les diverses cultures d’un même corps social.

Par ailleurs, il s’agit d’un jugement à courte vue en considération du changement de visage de la société québécoise.  La rentrée massive d’immigrants, souvent de religions différentes, transformera à long terme la composition ethnoculturelle du Québec, rendant ainsi problématique la récitation de la prière dans les assemblées politiques.

Et viendra un temps où les croyants non catholiques demanderont d’avoir eux aussi une prière à leur image… une boîte de pandore qu’il serait préférable de refermer immédiatement avant les possibles tensions que cette pratique pourrait engendrer dans l’avenir.

Pierre Moreau et l’éducation

Le candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec, Pierre Moreau, ne cesse de nous surprendre avec ses positions plus que contestables, surtout en ce qui a trait au domaine de l’éducation.

On le sait, il veut abolir les cégeps, qui constituent pour lui un vecteur sans équivoque dans la faible diplomation universitaire du Québec… mais oblitère l’apport positif de la présence des collèges dans la première place au Canada qu’occupe La Belle Province dans la proportion de diplômés en enseignement supérieur.

Et, de plus, Moreau est le seul des trois candidats qui persiste et signe sur la pertinence de la hausse marquée des droits universitaires suggérée par son mentor, Jean Charest, mais serait aussi favorable à une modulation de ceux-ci selon le programme, comme ses deux adversaires par ailleurs, Raymond Bachand et Philippe Couillard.

Ainsi, les formations en médecine, par exemple, étant plus coûteuses que celles en sciences sociales ou en éducation, les frais y seraient plus élevés. Or, on sait qu’une grille de tarifs selon les programmes se veut inégalitaire, car elle écarte les étudiants issus de familles moins nanties – ce que démontre la récente expérience ontarienne à cet égard.

On ne peut que douter de la volonté de Pierre Moreau de bonifier le bilan de l’éducation au Québec.  De l’un, il détruira le réseau collégial qui fournit un nombre élevé de diplômés en enseignement supérieur et de l’autre, il doublera pratiquement les droits universitaires tout en modulant ces derniers pour certains programmes plus pointus et donc plus rémunérateurs, allant ainsi à contre-sens d’un accès favorisé à l’université et d’une plus grande mobilité entre les classes sociales.

La fin des CEGEP?

Cet article a été publié dans Métro Montréal le 29 janvier 2013

Pierre Moreau, candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec, persiste et signe pour l’abolition du système collégial – les CEGEP – prétextant qu’il mine notre taux de diplômés universitaires par rapport aux autres provinces canadiennes (selon une étude de la très néolibérale École des Hautes études commerciales (HEC)).

Or, il faut se rappeler que les CEGEP furent instaurés en 1967 pour pallier le manque généralisé de savoir technique dans la population québécoise. Outre son caractère technique, on introduisit un secteur général en vue de préparation d’études universitaires. À cette époque, il s’agissait d’une très bonne idée, car en trois années, le nombre d’étudiants collégiaux passa de 18 000 à 70 000. Aujourd’hui, ils sont plus de 170 000. Et, en conséquence, l’accès à l’université fut facilité car il était autrefois limité aux diplômés d’écoles privées ou religieuses.

De nos jours, la vocation du réseau collégial demeure encore la formation d’une main-d’œuvre technique de qualité – certains programmes techniques étant très cotés – mais réside aussi dans l’accès aux études supérieures dans les régions éloignées des centres universitaires ainsi que dans l’enseignement d’une vaste culture générale.

Contrairement à ce que pense Pierre Moreau, il existe des collèges du même genre que les CEGEP à l’extérieur du Québec – le caractère obligatoire pour les finissants du secondaire pour accéder aux études universitaires avant l’âge de 21 ans ainsi que sa relative gratuité demeurant les seules différences notables des CEGEP par rapport aux autres institutions de même acabit ailleurs.

Dans le reste du Canada, ainsi qu’aux États-Unis, il existe des collèges techniques, souvent payants et parfois à prix modiques, avec aussi des offres de cours préparatoires à certains programmes universitaires plus spécialisés.

Et pourtant, le Québec est la province canadienne avec la plus grande scolarisation en études supérieures, malgré l’existence d’établissements similaires aux CEGEP hors du territoire québécois.

Devant ce constat, monsieur Moreau devrait considérer cela comme une réussite, plutôt que comme un échec et surtout se rappeler que le premier initiateur de la fondation du réseau collégial fut le père de la Révolution tranquille, Jean Lesage, premier ministre et ancien chef mythique de sa propre formation politique dans les années 60…

Armes, liberté et gouvernement aux États-Unis

Le monde fut stupéfait par la tuerie de l’école élémentaire de Sandy Hook dans la petite ville de Newtown aux États-Unis.  De ce tragique événement en particulier et de bien d’autres du même genre depuis le début du siècle, découle maintenant un débat houleux sur la possession des armes à feu ainsi que sur leurs limitations.

Au-delà de ces considérations, il est approprié d’explorer les éléments sous-jacents de cette adoration plus qu’irrationnelle qu’ont certains américains envers leurs armes.

Pour cela, il faut remonter à la guerre d’indépendance américaine et à la déclaration de l’Union.

À cette époque, les Pères de la constitution voulaient évidemment empêcher une reconquête britannique et aussi dissuader tout gouvernement tyrannique, faciliter un droit naturel à la légitime défense ainsi que permettre à tout un chacun d’appliquer les lois.

C’est dans ce sens que fut édicté le deuxième amendement de la constitution américaine : »Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Mais, ce qui semblait adéquat dans ce contexte historique précis est devenu obsolète à l’époque contemporaine, comme je l’évoquais dans mon dernier billet sur le sujet : « Avec l’amélioration technologique des armes à feu pouvant propulser des dizaines de projectiles à la seconde, la concentration de la population dans de grandes agglomérations urbaines, la précarité  économique poussant plusieurs personnes dans le désespoir le plus profond, le risque de tels massacres perpétrés par des individus à la santé mentale fragile avec un fusil à la main ne peut que s’accentuer. »

Par ailleurs, de nos jours, des franges plus radicales pourfendant l’État considèrent ce droit octroyé par la constitution comme le seul moyen de défense contre un gouvernement trop envahissant. Des milices paramilitaires ainsi que des groupes d’extrême droite à l’idéologie plus que questionnable appellent même à prendre les armes contre les autorités au nom de la liberté.

Cependant, cette douteuse association de la liberté avec le droit du port des armes soulève un problème philosophique.

Rapportons-nous à Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle, théoricien de l’État de nature et du contrat social. Il fut aussi l’un des fondateurs du libéralisme politique pour lequel les individus sont libres et égaux.

Dans Le Léviathan, son oeuvre principale, il émet la conception que pour être en sécurité et donc vraiment libres, les individus doivent léguer une partie de leur liberté à une organisation législative, l’État, qui maintiendrait ainsi l’ordre et réglerait les conflits entre eux pour la survie de toute la société qui sombrerait sans cela dans le chaos. En somme, l’État détiendrait le monopole de la violence pour le bien-être de tous.

Ce paradigme est l’un des fondements de la science politique actuelle.

Les États-Unis étant le seul pays occidental à permettre à ses citoyens de se défendre par les armes en tout temps ainsi qu’en toute situation, c’est donc ici qu’apparaît la contradiction flagrante entre la croyance du maintien de la liberté par le port d’armes généralisé et le rôle de « régulateur social » de l’État d’Hobbes.

Au pays de la liberté, la pérennité du libre arbitre ne repose que sur le droit de chacun de fourbir les armes pour se protéger.  La guerre de tous contre tous, comme disait Hobbes. Et le gouvernement, jugé comme l’ultime menace contre la liberté, représente la « bête immonde » cherchant à asservir la multitude.

Ce qui me fait dire que trop de liberté tue la liberté comme sous l’état de nature, c’est-à-dire un contexte dans lequel il n’existe aucune loi et qui ne peut que générer l’anarchie et finalement la perte de la liberté pour les plus faibles soumis au joug des plus forts…

Lorsque les enfants meurent au bout du fusil

Cet article a été publié dans Métro Montréal le 17 décembre 2012

La société américaine a toujours été empreinte d’immobilisme social et politique.

La toute dernière des tueries dans la longue liste jonchant l’histoire récente des États-Unis, celle de l’école élémentaire Sandy Hook dans la tranquille ville de Newtown au Connecticut, est sans aucun doute la plus tragique, car elle a touché de petits êtres innocents, et marquera l’histoire de ce pays très longtemps.

Plus que jamais, le temps est venu pour les Américains de rouvrir la question de la possession des armes à feu qui, depuis le début de la république, est un droit quasi inaliénable sanctifié par le deuxième amendement de la constitution américaine –  un article qui a été édicté dans la foulée de la lutte pour l’indépendance contre l’Empire britannique au 18e siècle et qui se veut, à notre époque contemporaine, totalement suranné.

Avec l’amélioration technologique des armes à feu pouvant propulser des dizaines de projectiles à la seconde, la concentration de la population dans de grandes agglomérations urbaines, la précarité  économique poussant plusieurs personnes dans le désespoir le plus profond, le risque de tels massacres perpétrés par des individus à la santé mentale fragile avec un fusil à la main ne peut que s’accentuer.  En fait, il s’agit de la 31e tuerie depuis 1999.

En vérité, le peuple américain se doit de rentrer dans une nouvelle ère de sagesse populaire car les vies perdues de vingt enfants ne peuvent justifier aucun droit constitutionnel…

La misère des riches

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 5 octobre 2012

À en croire le tollé de la droite économique qui a suivi les annonces de centre-gauche du nouveau gouvernement du Parti québécois, le Québec est devenu une république socialiste, et Pauline Marois,  la « Hugo Chavez » du nord des Amériques.

Le principal point d’achoppement constitue l’implantation de nouveaux paliers d’impôt pour les contribuables gagnant 130 000$ et plus par année – la critique provenant évidemment du fameux 1% (plus ou moins) tant décrié par le mouvement Occupons/Occupy.

On ne peut les blâmer de chercher à protéger leurs intérêts.  Mais, en dressant l’épouvantail socialiste et en augurant la pire catastrophe économique avec l’application de cette mesure, les tenants du libéralisme économique classique au Québec démontrent un aveuglement tout autant réactionnaire que sectaire.

Ils oblitèrent deux des causes principales de la crise financière et économique de 2008 dont nous sommes toujours sous l’emprise : l’écart grandissant des richesses depuis les années 80 et le fardeau fiscal indu sur la classe moyenne l’étouffant et la poussant à s’endetter.

Ils nous ressortent la sempiternelle rhétorique : ils doivent toujours être plus riches et encore plus riches pour le bien de tout un chacun.  Cependant, cet axiome est faux, comme l’ont démontré maintes études dont l’une de Statistique Canada.  Cette dernière a étudié les trente dernières années dans l’objectif d’étayer la thèse d’une corrélation entre la baisse d’impôt des compagnies ainsi que des nantis et une accentuation de l’investissement privé dans l’économie avec comme résultante espérée une hausse de l’emploi.  Or, aucun corollaire n’a été trouvé entre ces deux éléments.

La classe opulente peut bien évoquer, avec des menaces vides, une expatriation du sol québécois des professionnels et des investisseurs.  Mais, avant de le faire, elle devrait considérer le faible coût d’existence et la bonne qualité de vie au Québec pour un maigre 1 800$ en impôt supplémentaire pour ceux ayant un revenu imposable de 200 000$…

Finalement, les nantis devraient se réjouir de contribuer leur juste part pour permettre l’établissement d’une société plus juste et donc plus sécuritaire.  Ce n’est qu’un simple retour de balancier après trois décennies d’iniquité.  Car tout est relié, et en absence d’une solidarité minimum entre les individus, tout le monde en paie le prix social, tout comme les plus riches.

La lutte des âges

La grève étudiante, à propos des droits de scolarité, opposant la jeunesse au gouvernement libéral de Jean Charest, nous laisse présager une « lutte des âges ».

Le cycle initié par le baby boom arrive bientôt à sa fin.  Avec son achèvement, les contrecoups d’une démographie vieillissante se révéleront tels qu’un fossé entre les générations et un risque d’une détérioration du climat social.

En effet, en 2056, plus du quart de la population sera formé de personnes de 65 ans et plus et, en 2031, il n’y aura que deux travailleurs pour un retraité.

En ce sens, il existera une dichotomie entre le poids démographique et politique d’un segment plus âgé de la population et le fardeau fiscal incombé aux contribuables plus jeunes pour subvenir à la demande croissante en soins de santé et en hébergement de longue durée.

Ainsi, un véritable antagonisme entre les intérêts propres des plus de 50 ans et ceux des moins de 50 ans se révélera pour encore des décennies à venir.

La lutte des âges est cependant des plus particulières et se différencie de la traditionnelle lutte des classes des marxistes basée sur le sempiternel conflit entre la riche bourgeoisie et le pauvre prolétariat – se traduisant par le concept de l’axe gauche-droite.

Cette nouvelle lutte comporte sa propre dynamique, car, elle ne se maintient pas dans un carcan idéologique fermé tant dans les moyens que les paradigmes – comme la lutte des classes.  En fait, elle évolue, au gré des besoins ponctuels et des intérêts des générations sans dogmatisme et n’hésite pas à prendre des moyens contraires à ceux du passé afin d’atteindre ses objectifs.

Par exemple, les parents et grands-parents, les plus de 45 ans, se disent fortement favorables, selon les sondages, à la hausse de droits de scolarité, bien que, il y a 30 ou 40 ans, ils eurent réclamés, eux aussi, un accès facile aux études universitaires.  De peur de voir leur impôt augmenter et de sacrifier un peu de leur bien-être matériel, ces derniers adoptent ici une position de droite contrairement à leur profession de foi de gauche d’antan – tandis que leurs enfants et petits-enfants sont résolument à gauche en 2012.

Le passé étant généralement garant de l’avenir, nous pouvons prophétiser que le même épiphénomène s’opérera dans deux ou trois décades.

La surcharge fiscale qui écrasera les travailleurs de demain, les étudiants d’aujourd’hui,  pour faire face au défi social du vieillissement de la population, incitera ces derniers à se libérer de leurs chaînes.  Alors, l’idée d’une privatisation de la santé deviendra de plus en plus alléchante pour les moins âgés tandis que les retraités s’y opposeront, bien évidemment, avec véhémence.

Le principe d’utilisateur-payeur en éducation, décrié par la jeunesse étudiante et appuyé par leurs ainés, redeviendra d’actualité dans l’avenir, cette fois-ci dans le domaine de la santé, sanctifiant encore la divergence entre les groupes d’âges et confirmant les aléas sinueux des générations, parfois antinomiques avec le passé.

Cette lutte des âges est loin d’être terminée…

Texte relié:  Une révolution… grise?

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 205 (initié)

Fin de régime Charest

Voici le résultat de 9 ans d’un gouvernement libéral déconnecté de la population sous la tutelle de Jean Charest.

Après la réingénierie manquée de l’État, les modifications à l’article 45 du Code du travail, les dérives environnementales (Suroît, gaz de schiste, port méthanier, etc.), les nominations douteuses des juges, les mesures fiscales inéquitables et régressives (comme la taxe santé), la collusion dans le milieu de la construction et dans les travaux d’infrastructures provinciales sans compter la corruption généralisée incarnée par la proximité du monde des affaires des plus hautes instances du pouvoir, voici que la goutte faisant déborder le vase origine d’une hausse des droits de scolarité ébranlant le consensus social progressiste de la société québécoise.

Sous le couvert de calmer le jeu et d’imposer le futur retour en classe des étudiants le désirant, Jean Charest prépare le terrain, avec la loi spéciale 78, pour des élections difficiles en faisant taire à l’avance toute contestation potentielle et en jouant le champion de la loi et l’ordre dans l’espoir de gagner quelques points de pourcentage dans les suffrages sur le dos des étudiants.

Les parallèles souvent évoqués entre la gouverne actuelle et l’ancien régime de Maurice Duplessis paraissent de plus en plus évidents – Jean Charest étant lui aussi un ancien chef conservateur -, tels que le mépris envers toute forme d’opposition organisée et le dédain du droit à la liberté d’association.

Jean-Jacques Rousseau disait dans Du contrat social : « Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes ».

La légitimé de ce gouvernement est de plus en plus mal en point, comme semble le confirmer son taux de satisfaction famélique. Et, en étendant ainsi la répression à l’encontre des libertés, Jean Charest démontre la faiblesse de sa position et de sa gouvernance en assoyant sa primauté sur la force.

Des effluves de fin de régime se font sentir.

Une chose de positif devrait toutefois ressortir de toute cette malheureuse situation : la politisation d’une jeunesse que l’on croyait indolente prépare le chemin à des lendemains meilleurs….

Casser les étudiants

Toute cette saga entourant la hausse des droits de scolarité ne nous ramène qu’à une chose : le gouvernement libéral de Jean Charest, représentant les segments les plus âgés de la population ainsi que le monde des affaires, cherche à casser l’émancipation politique des jeunes étudiants.

En effet, ignorer les revendications des travailleurs de demain – en refusant toute véritable négociation – revient à nier leurs droits de citoyen pleins et entiers.

C’est simplement les considérer avec condescendance.  C’est les inférioriser en les traitant comme des citoyens de seconde classe.

Mais, surtout, c’est les préparer à un avenir politique dans lequel leurs voix ne compteront guère.

En fait, il s’agit de les formater, de les conditionner, de les modeler à devenir des êtres apolitiques, déconnectés des autres, recroquevillés sur eux-mêmes et incapables de tout mouvement collectif –  tout ça pour maintenir la prédominance future des élites… mais à quel prix?

Une démocratie qui ne considère pas sa relève est vouée à disparaître…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 161 (universitaire)

Défendre le futur

Peu de Québécois comprennent l’importance du combat contre la hausse des droits de scolarité.  Au-delà des calculs et des coûts, le nœud du débat se situe ailleurs, c’est-à-dire dans l’avenir d’une société juste et équitable que nous voudrions léguer à nos enfants et petits-enfants.

L’éducation est le premier et le dernier jalon de l’établissement de la démocratie politique, mais aussi le fondement de la justice sociale dont dépend la pérennité de la culture démocratique.

Sans la diffusion tous azimuts de l’éducation supérieure dans la population, le phénomène de polarisation des richesses, d’accaparation de privilèges au seul bénéfice des élites et l’abrutissement de la masse devenue servile deviennent la norme.

Nous, Québécois, devrions pourtant bien le savoir. Sous la Grande Noirceur, l’analphabétisme et l’ignorance populaire maintenaient la nation québécoise sous le joug du clergé et des notables tandis que des compagnies américaines pillaient nos ressources avec comme seule base de redevance le principe duplessiste « d’une cenne la tonne ».

La démocratisation de l’éducation supérieure implantée dans les années 60 a fait sortir les Québécois de leur rôle de porteur d’eau et a permis leur appropriation des leviers du développement économique.  Ce retour du pendule dans l’autre sens avec cette hausse des droits de scolarité minerait tout ce que nous avons accompli : le Ministère de l’Éducation lui-même estime que celle-ci empêchera 7 000 personnes d’accéder à des études universitaires. Qui plus est, selon les Nations Unies, plus les droits de scolarité sont élevés, plus l’indice du développement humain (IDH) est faible.  Comme quoi l’éducation est et demeure la richesse la plus importante de chaque nation.

Mais n’essayez pas de faire entendre raison au gouvernement libéral de Jean Charest.  Plusieurs avenues étaient possibles pour renflouer les coffres des universités –  comme faire le ménage dans la bureaucratie et les avantages princiers des recteurs -, surtout lorsqu’on considère que la nouvelle contribution estudiantine demandée ne correspond qu’à un minime 5% du budget total des universités.

Le choix est donc purement idéologique, malgré les sorties lénifiantes de la ministre Line Beauchamp.

L’opposition à ce renchérissement des tarifs universitaires n’est donc pas anodine.  C’est le premier front de l’équité sociale ainsi que de la préservation des idéaux solidaires sur un continent nord-américain où tout ce qui a de la valeur doit nécessairement avoir un prix exorbitant.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 180 (universitaire)