Le profit avant la liberté d’expression

Pour le patronat québécois, la liberté de faire de l’argent pèse plus lourd dans la balance que la liberté d’expression.

En effet, un projet de loi anti-slapp (loi 9) est en procédure d’adoption à l’Assemblée nationale du Québec en réponse aux poursuites des minières Barrick Gold et Banro contre les Éditions Écosociété qui ont publié récemment l’essai controversé «Noir Canada ».

Dans cette cause toujours pendante, ces compagnies tentent de bâillonner la liberté d’expression en poursuivant pour un total de 11 millions de dollars la maison d’édition et les trois auteurs du livre.  Autrement dit, elles cherchent à faire fermer les portes de cet éditeur.

En guise d’information, le Slapp (Strategic Lawsuits Against Public Participation) est une tactique légale utilisée par les entreprises pour lutter contre toute organisation environnementale, communautaire, sociale ou gouvernementale qui oserait s’opposer aux projets de développement d’une compagnie.  Ce que vous ignorez surement, c’est qu’on a enchâssé une clause aux conséquences analogues (chapitre 11) dans l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) datant de 1994.

Ceci dit, il n’en fallait pas plus avec ce projet de loi pour faire monter aux barricades les gens d’affaires de toute la province regroupés sous la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et le Conseil du patronat (CPQ).  Ils brandissent l’épouvantail d’un ralentissement économique amplifié par cette nouvelle législation comme ils le font toujours lorsqu’on sème de quelques embuches leurs activités.

Ces hommes (et femmes) d’affaires s’inquiètent de voir entraver leur course folle vers leur enrichissement personnel.  De la sorte, ils s’opposent et piétinent le droit à la dénonciation par le public des possibles dérives que pourrait engendrer leur soif aveugle de bénéfice.

Mais de quoi ces gens ont-ils peur?  Craignent-ils la critique ou d’être soumis à l’examen?  Pourtant, après les nombreux scandales qui ont ébranlé le capitalisme depuis quelques années, une surveillance publique accrue de leurs agissements est plus que jamais de mise.

Et si on leur imposait les mêmes entraves à la liberté d’expression en leur interdisant de montrer leur désaccord envers les gestes d’un gouvernement, d’un groupe écologiste, social ou communautaire?  Leur vision du dossier changerait probablement du tout au tout.

En fait, la liberté d’expression s’applique à tous et c’est sur la base de la confrontation des opinions que se fonde le libéralisme politique.  La démocratie ne peut être viable si on dépouille plusieurs de leurs droits pour avantager les droits de quelques-uns.

En somme, ce projet de loi vise à rétablir un équilibre entre le pouvoir de l’argent et le pouvoir sociétal.  En vérité, un rééquilibrage entre ces deux pôles est tout à fait normal dans cette « Nouvelle Nouvelle Économie » qui se dessine après la faillite du libéralisme économique dogmatique (néolibéralisme).

Le business québécois n’a pas raison de s’offusquer d’une telle loi, sauf s’il a des choses à camoufler.  Après tout, si un groupe non-mercantile quelconque diffuse des propos diffamatoires infondés, il sera facile à la compagnie attaquée de le faire taire sous juste prétention devant les tribunaux.  Sinon, toute autre poursuite-bâillon est non-avenante et injustifiée.

Tirer d’abord et poser des questions ensuite

Des banlieux troublées de Paris, des quartiers malfamés de Los Angeles ou des rues embrassées de Montréal-Nord, la bêtise policière est toujours la même et transcende toutes les frontières.

En fin de semaine, le Québec a prouvé que sa culture policière ne valait guère mieux que celle des Etats-Unis ou d’autres pays occidentaux avec la magistrale bavure d’un policier qui a abattu de quatre balles Fredy Villanueva sans motif apparent. Le jeune voulait simplement s’interposer contre une intervention abusive envers son frère aîné et a récolté une pluie de projectiles en réponse. Il était pourtant non armé.

Le plus déroutant est qu’on ne connaît pas la raison de l’appréhension du plus âgé des frères et qu’apparemment l’emploi de cette force excessive était purement injustifié.

On connaissait les méthodes douteuses de certaines unités des forces de l’ordre au Québec, comme par exemple le scandale des pratiques de la SQ autour du Sommet de Montebello.

Mais, cette fois-ci, la communauté policière du Québec a dépassé ses propres limites. On a joué aux cow-boys en tirant d’abord et posant des questions ensuite. De plus, il est fort probable que l’agent concerné n’aurait pas été aussi prompt à dégainer son arme si la bande de jeunes fut composée de « bons » québécois de souche à la peau blanche.

On devrait limoger les deux policiers à l’origine de cette triste affaire, voire même les congédier pour manque flagrant de jugement, et imposer dès maintenant des tests psychologiques à tous les policiers afin de s’assurer de ne pas placer dans une position d’autorité des individus à la gâchette facile et au jugement déficient.

Le Québec sera désormais marqué par les conséquences de ce meurtre crapuleux d’un membre d’une minorité ethnique.

Notre image de peuple accueillant et respectueux des autres cultures vient de manger un autre dur coup et la pente sera longue à remonter avant de regagner l’estime de certaines communautés ethniques.

Les politiciens ne sont jamais responsables

Cet article a paru le 28 juin 2008 dans le journal “Le Devoir”.

Jean Chrétien doit bien rire dans sa barbe. Le juge de la Cour fédérale, Max Teitelbaum, vient de blanchir à toute fin pratique l’ancien premier ministre libéral et son ancien chef de cabinet, Jean Pelletier, des accusations émises dans le rapport Gomery de novembre 2005 concernant le scandale des commandites.

John Gomery aurait fait preuve de partialité dans l’élaboration des conclusions du rapport de la commission.  En puisant dans diverses déclarations du juge à la retraite pendant la tenue des audiences, le jugement conclut que Monsieur Chrétien et Pelletier auraient subi un traitement injuste car l’idée du président de la commission aurait été toute faite dès le départ.

Et alors?  Cela démontre-t-il qu’il ait eu tort?  Existe-t-il des preuves déniant que le programme des commandites ait été commandé par le bureau du premier ministre et que sa gestion ait été faite à la petite semaine sans contrôle externe?  Même la très intègre vérificatrice générale, Sheila Fraser, a tiré à l’époque de semblables conclusions.  Ces deux personnes seraient-elles « dans le champ » à ce point?

Information intéressante : Max. M. Teitelbaum a été nommé à la Cour Fédérale en janvier 2003 par le parlement canadien sous un mandat majoritaire du Parti Libéral du Canada avec en tête Jean Chrétien. S’agit-il d’un possible retour d’ascenseur?  Ce juge devrait se regarder dans le miroir avant d’accuser John Gomery de manque d’impartialité.

Le fait est que le système politique cherche toujours à protéger la légitimité de ses institutions.  Si l’on affirmait, sans l’ombre d’un doute, qu’un premier ministre avait commis une faute grave ou une erreur de jugement flagrante, c’est tout l’édifice du pouvoir gouvernemental qui en serait ébranlé.  Alors, on étouffe le plus possible les faits au risque de perdre de vue la vérité.

Malgré la loi sur l’imputabilité entérinée par les conservateurs de Stephen Harper, le même réflexe d’auto-protection de l’élite politique demeure.  Les agissements concrets de ce nouveau gouvernement vont à l’encontre de cette loi votée en grande pompe pour épater la galerie à la suite du scandale des commandites. Toute l’information fédérale est contrôlée par le premier ministre conservateur en pure contradiction avec la pensée de transparence de la loi sur l’imputabilité (voir Stephen Harper, le tout-puissant).

Finalement, rien ne change, indépendamment du parti au pouvoir, car les politiciens ne sont jamais responsables de leurs erreurs ou de leur incompétence.

Vers un État policier?

Le syndicat des policiers de la Sûreté du Québec, l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), va déposer un mémoire devant la commission parlementaire chargée de modifier la Loi sur les policiers et la carte policière de la province (projet de loi C-60). La proposition suggérerait de transférer dans les rangs de la SQ tous les policiers municipaux des villes de moins de 100 000 habitants.  

Le ministère de la Sécurité publique du Québec, selon certaines sources, serait favorable à une telle réforme.  On prétend que l’uniformisation et la professionnalisation du métier en seraient bonifiées.   

Mais quel réel avantage en découlerait?  Plusieurs municipalités de moins de 50 000 habitants se plaignent déjà des services de la SQ sur leurs territoires.  Cela diminue les coûts associés au maintient de l’ordre public, mais la présence policière est moins visible et, par le fait même, moins efficace. 

Il semble évident qu’advenant cette éventualité, la SQ négligera les rues de quartier afin de se concentrer sur les principaux axes routiers. Aussi, il y a le problème des délais d’intervention car les QG locaux de la Sûreté du Québec vont desservir des territoires plus vastes.  

Au niveau éthique, la possibilité d’un tel regroupement soulève des questions.  On se souvient de l’affaire Montebello, dans laquelle la SQ a été prise les « culottes à terre » avec son infiltration maladroite de la troupe de manifestants pacifiques.  Suite à cet incident qui a confirmé les tactiques douteuses de la SQ, on ne devrait même pas songer à étendre le mandat de ce service de police.

Autre risque à envisager : une perte du contrôle interne des policiers.  La présence d’autres corps de police sur le territoire provincial permet un contrepoids assurant la population d’une transparence policière.  Si la SQ domine l’ensemble du Québec, il est possible qu’on cherche à camoufler des abus, des bavures ou des tentatives de corruption afin de ne pas entacher le service.

En somme, ce projet d’unification des forces d’ordre public à l’avantage de la SQ dans une majorité des municipalités du Québec est une mauvaise idée.  Les monopoles ne sont pas à encourager, particulièrement en ce domaine. S’il est adopté, on se rapprocherait de plus en plus d’un véritable État policier.

Le privé dans la police : un dangereux précédent

On apprenait mardi dernier que des discussions étaient encours entre l’Association des banquiers du Canada et le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) afin de créer une escouade d’enquête spéciale sur les fraudes bancaires qui serait entièrement financée par les institutions financières. 

En toile de fond, il y a l’augmentation des fréquences de clonage de cartes de débit dont les opérations frauduleuses auraient presque triplées depuis 2003.  En fait, en 2007, cela aurait coûté 107 millions de dollars aux banques.

Si une telle entente est conclue, ce serait la première fois au Québec que des entreprises privées subventionneraient des forces d’ordre public.  Pour l’instant, ce financement s’arrêterait au domaine financier, mais cela n’ouvrirait-il pas la porte à d’autres contributions financières du privé dans l’exercice du maintient de la loi des services de police ?

On pourrait imaginer, dans l’avenir, que n’importe quelle compagnie de n’importe quel secteur d’activité finance la police locale afin de protéger ses intérêts.

L’indépendance et l’intégrité de la police ne seraient-elles pas mises en péril avec de telles manœuvres ?  Un service de police n’aurait-il pas tendance à ignorer un crime commis par une compagnie ou par l’un de ses employés si une inculpation se traduisait par une coupure subséquente de l’aide financière privé provenant de cette entreprise?  Par exemple, une compagnie dont un salarié est arrêté pour fraude dans le sein de l’organisation nuirait à son image et elle essaierait probablement de cacher l’incident à tout prix.

Allons plus loin.  Ne serait-ce que la première étape de l’instauration de milices privées dont chaque grande entreprise se munirait afin de lutter contre la criminalité qui l’assaille avec tous les problèmes éthiques que cela comporte?    

Devant les crises budgétaires qui touchent la plupart des gouvernements occidentaux, cette alternative peut s’avérer alléchante pour les États face à la criminalité croissante.

La police est un service public et se doit de demeurer ainsi.  Le privé est subordonné à l’État de droit et il ne peut s’ingérer, financièrement ou autrement, dans l’action policière au risque de la corrompre et de la vendre aux intérêts particuliers.

Les compagnies désirent plus de protection policière afin de préserver leurs bénéfices ?  Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents qui seront destinés à cette fin sans ingérence ou pression monétaire de leur part comme on pourrait le connaître si cet accord est adopté.

Les droits humains ne sont toujours pas respectés

Human Rights Watch a publié dernièrement son rapport sur la démocratie et les droits humains.

On s’attendait que ce document évoque les violations des droits de l’Homme dans les pays ne connaissant pas une véritable démocratie, mais, il blâme aussi au passage les démocraties libérales qui acquiescent et soutiennent souvent les régimes commettant les pires atrocités au profit des puissance occidentales.

Les États-Unis et l’Union européenne érigeraient en démocrates des hommes politiques autocratiques n’hésitant pas à bafouer les droits humains dans leurs pays respectifs afin de conserver les intérêts de leurs amis des nations développées.

On cite en exemple le Kenya, le Pakistan, le Bahreïn, la Jordanie, le Nigeria, la Russie et la Thaïlande qui ne respecteraient pas les droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association. Les élections démocratiques dans ces pays ne seraient qu’une façade, car en fait, elles seraient empreintes d’irrégularités. On dénigrerait la liberté de la presse, le droit de se réunir pacifiquement et on réprimerait les opposants aux régimes.

On cite aussi les barbaries commissent au Tchad, en Colombie, en République démocratique du Congo, en Éthiopie, en Irak, en Somalie, au Sri Lanka, au Soudan ainsi que dans les sociétés fermées dans lesquelles de sévères répressions auraient cours comme en Birmanie, en Chine, à Cuba, en Érythrée, en Libye, en Iran, en Corée du Nord, en Birmanie, au Sri Lanka, en Israël, en Arabie Saoudite et au Vietnam.

Par ailleurs, au sein même des démocraties occidentales, les droits civiques ont été violés au nom de la sécurité nationale, comme aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France.

Aussi, les États-Unis continuent d’enregistrer le taux d’incarcération le plus élevé au monde avec un pourcentage chez les hommes noirs de six fois supérieur à celui des hommes blancs.

En somme, malgré les beaux discours des politiciens occidentaux, les droits humains passent toujours après les préoccupations économiques ou géopolitiques.  On ignore des massacres, comme au Rwanda, car les implications stratégiques ou commerciales n’y sont pas présentes.  Au contrario, les Américains occupent l’Irak au risque de déstabiliser le Moyen-Orient, pourtant un pays dont la société était relativement stable avant les invasions malgré une dictature du Parti Baas de Saddam Hussein, et ce au nom de la démocratie lorsqu’on sait très bien que les raisons sont uniquement pétrolières.

Bref, on use d’une moralité variable et sélective selon nos valeurs ou nos objectifs économiques.

De plus, on n’hésite pas à fouler du pied les droits constitutionnels des citoyens présumés terroristes dans les états occidentaux au nom de la lutte au terrorisme.   Un grave préjudice et un précédent qui ouvre la porte à tous les abus et à la possibilité de dictature à l’intérieur de l’Occident à tradition libérale.

Une justice à deux vitesses


La justice américaine est désormais reconnue pour ses verdicts expéditifs et son manque de compassion caractéristique. Ces dernières années des peines aussi excessives que ridicules ont défrayées la manchette pour des « crimes » que l’ont peut aisément qualifier de mineurs.

En Virginie, plus de deux années de prison affligées à des parents pour avoir donné de la bière et du vin lors d’une fête d’anniversaire de leur fils de 16 ans. Dans cet État, on peut voter, conduire, acheter une arme à cet age, mais on ne peut boire de l’alcool avant 21 ans. Une sentence qui fait plus de mal que de bien car elle prive leur enfant de la présence de ses parents.

Un autre cas, en Georgie, d’un adolescent âgé de 17 ans qui a écopé d’une peine de 10 ans de prison pour avoir eu des relations sexuelles avec sa petite amie de 15 ans.

En 2004, dans l’État de la Floride, un handicapé cloué sur un fauteuil roulant a falsifié sa prescription d’anti-douleurs afin de recevoir plus de ce médicament. Il ne voulait que réduire sa souffrance, mais on l’a condamné à 25 ans de prison pour ce crime « odieux ». Ironie du sort, en prison, il reçoit chaque jour plus de cette médication qu’auparavant. Un prix lourd a payé pour atténuer sa douleur.

Enfin, le comble de la bêtise humaine, un père californien de plusieurs enfants, doit purger depuis 1995 une sentence de 50 ans pour avoir volé des cassettes vidéo de film pour enfants. Le juge, dans sa grande sagesse, n’a pas considéré le malheur qu’il affligeait ainsi à sa famille.

Mais les peines pour les criminels du monde des affaires semblent douces en comparaison. L’ancien dirigeant de World Com, Bernie Ebbers, a reçu 25 ans de réclusion pour avoir fraudé 11 milliards de dollars. Les membres de la famille Rigas, pour des malversations dans le dossier Adelphia, se sont vus infliger des condamnations de 15 à 20 ans de prison. Ils sont présentement libres en attente de leur appel.

Au pays de la liberté, il est préférable d’être riche et connu lorsqu’on fait face à des accusations criminelles. On peut se remémorer le procès de O.J. Simpson. Ces méthodes expriment les inégalités flagrantes que la justice de l’Oncle Sam applique à ses citoyens. Après une polarisation des richesses inéquitable, une médecine pour les riches et l’une pour les pauvres, les États-unis pratiquent maintenant une justice à deux vitesses.