Véganisme, écologie et société  

Cet article a été publié en version abrégée dans Le Soleil de Québec, le 29 juin 2022

La récente flambée des prix en alimentation due aux récentes périodes caniculaires anormales donne du poids au dernier rapport  du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui suggérait, en avril de cette année, une réduction drastique de la consommation alimentaire carnée afin de privilégier une alimentation essentiellement d’origine végétale dans le but de lutter contre les changements climatiques qui s’apprêtent à franchir le point de non-retour. 

Le GIEC nous rappelait alors les coûts environnementaux énormes de la production de viande à grande échelle, comme les émissions des gaz à effet de serre (GES) tels le CO2 et surtout le méthane (un très grand gaz à effet de serre). Selon les rapports du GIEC, l’agriculture et l’élevage à des fins commerciales représentent la deuxième source d’émission de GES de causalité humaine dans le monde, derrière le secteur énergétique et devant le secteur industriel.  Il est à noter que les grands pays producteurs de viande, mécontents des conclusions du rapport, firent pression sur le groupe pour qu’on n’élimine pas entièrement de l’équation la consommation de viande. 

À cela s’ajoute la déforestation croissante afin d’accroître les pâturages destinés au bétail (comme en Amazonie), la surutilisation d’eau potable (surtout dans le secteur bovin), la pollution des cours d’eau et l’appauvrissement des sols qui, regroupés tous ensembles, affaiblissent encore davantage la capacité agricole de la planète à moyen et long terme.

Le véganisme (c’est-à-dire un régime alimentaire composé exclusivement de sources végétales à la différence du végétarisme qui permet l’élevage du bétail de façon complémentaire), dont la popularité se fait croissante et que même le GIEC semble promouvoir dans son troisième et dernier rapport, constitue une piste de solution intéressante à la réduction des GES et comporte des avantages indéniables autant pour l’environnement que pour la santé des individus.

Tout d’abord, une production alimentaire à base végétale nécessite moins d’utilisation de ressources (dont l’eau), moins d’équipements spécialisés et met moins de pression sur l’écosystème et sur le climat.  Elle est aussi moins affectée par les perturbations du climat que sa contrepartie animale et elle facilite une capture accrue de GES dans l’atmosphère.  

Par ailleurs, l’individu bénéficierait tout autant d’une telle transformation des habitudes alimentaires avec une nourriture plus saine.  Notons que la production industrielle de viande ne garantit pas la qualité de la nourriture avec l’ajout d’hormones ou d’agents de conservation dont on ne connaît pas toujours les effets sur la santé humaine.

Mais au-delà de ces considérations environnementales, quelles seraient les implications sociales, économiques ou philosophiques d’une alimentation uniquement à base végétale?

L’accès à la nourriture et son abondance sont des facteurs de stabilité sociale.  Rappelons-nous que des troubles sociaux et même des révolutions ont déjà débuté avec des disettes ( c’est-à-dire un manque général de vivres).  La crise alimentaire suscitée par le changement climatique mettra encore plus de pression sur le pouvoir politique pour répondre aux besoins alimentaires de base des citoyens afin de calmer l’insatisfaction populaire.

Et dans ce contexte de rareté alimentaire dans un monde déjà confronté à des écarts grandissants de richesses et de revenus, la première des inégalités sociales se révèlera être l’inégalité devant l’alimentation.  Le pauvre a peu de moyens de se nourrir adéquatement, ce qui impacte négativement sa santé ainsi que sa qualité de vie.   Dès lors, la question alimentaire deviendra de plus en plus une source d’inégalité majeure avec les changements climatiques et ses différentes conséquences négatives sur la production alimentaire de viande (qui se retrouve encore au centre de notre alimentation), car celle-ci est plus sensible aux sécheresses que la production alimentaire végétale qui demeure plus stable et résiliente, même dans un milieu naturel moins favorable.  En somme, une diète de type végan permettrait de démocratiser la saine alimentation à un coût abordable et d’empêcher les augmentations marquées des prix suscitées par le déclin de l’offre alimentaire mondiale ébranlée à la suite des répercussions du réchauffement climatique.

Il est d’ailleurs fort probable qu’à terme, la production de viande s’avérera tellement onéreuse et risquée en raison des soubresauts du climat que les investisseurs privés et les agriculteurs se tourneront naturellement vers la production alimentaire végétale.

Ce changement dans l’alimentation amènera aussi à une redéfinition au plan philosophique de la relation entre l’être humain et la nature.  Depuis le début de l’ère industrielle, l’humanité n’a cessé de s’approprier les ressources naturelles et la vie animale sans aucun respect du vivant ou du fragile équilibre de la biosphère.  En se retrouvant prochainement acculé au pied du mur en raison d’une exploitation abusive des richesses naturelles et de la pollution, le genre humain devra redécouvrir son lien intime avec toutes choses sur cette planète et réaliser qu’il fait partie d’un tout dont les animaux font aussi partie intégrante en tant qu’êtres vivants.    Le respect qu’il prodiguera aux autres espèces que la sienne, autant animale que végétale, lui assurera une survie qui lui échappe aujourd’hui en raison de son mode de vie destructeur de l’environnement.  

Un style de vie végan ne sauvera pas la planète à lui seul, mais il peut constituer néanmoins une partie de la solution à ce vaste problème qu’est le réchauffement climatique.  

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