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Cet article a paru dans Métro Montréal le 20 juin 2013

Donnons notre appui à la grève des travailleurs de la construction.

D’aucuns n’acquiesceraient à voir couper son taux salarial d’heure supplémentaire, à rentrer aux aurores au travail ou à se pointer le samedi au détriment de sa vie familiale.

Depuis plusieurs années, l’industrie de la construction a profité de contrats juteux de réfection en travaux publics puisés à même les deniers gouvernementaux concrétisant un âge d’or pour les compagnies de construction. Une période tellement faste, en fait, que l’on se permettait de gonfler les tarifs par le jeu de la collusion et la corruption d’élus municipaux. Des centaines de millions de trop empochées depuis des décennies et peut-être beaucoup plus avec les révélations à venir à la Commission Charbonneau.

Le résultat : l’industrie a récemment été contrainte de revoir à la baisse les prix de ses soumissions et s’attend à beaucoup plus de vérification par l’Autorité des marchés financiers (AMF) de la virginité des soumissionnaires. Bref, une situation telle que les belles années sont terminées et qu’il faut désormais renflouer la marge de profit s’étant atrophiée avec tous ces scandales… en faisant payer la note aux ouvriers de la construction, bien sûr!

En somme, les grandes compagnies de construction ont floué les villes et l’État québécois pendant des décennies et les ouvriers doivent maintenant payer pour la soudaine baisse de rentabilité des contrats de ces entreprises.

Par ailleurs, les salariés de la construction ne sont pas les enfants gâtés que certains prétendent du côté patronal. Ils sont des travailleurs itinérants, souvent saisonniers, s’exposant à des accidents de travail parfois handicapants et œuvrant dans des conditions difficiles.

Aussi, les bons emplois créés dans la construction en soutiennent d’autres dans divers domaines. L’effet multiplicateur des grands travaux publics est un moteur de relance économique sans équivoque. L’histoire économique des 90 dernières années tend à le démontrer…

Finalement, si l’on abaisse les conditions de travail d’un groupe de travailleurs sous le prétexte qu’il a trop d’avantages, les autres groupes suivront jusqu’à ce que l’ensemble des employés québécois perde le peu d’avantages qu’ils ont, des avantages durement gagnés par nos grands-parents au prix de conflits de travail violents…