Réforme de l’Assurance-emploi: deux poids, deux mesures

La réforme de l’assurance-emploi suscite de nombreuses controverses de la part des associations et des groupes de défense des travailleurs quelques jours seulement après son application.

L’instauration de mesures coercitives jugeant tout chômeur comme un fraudeur potentiel et le forçant à rechercher un emploi à moindre salaire et à une heure de son lieu de résidence ainsi que les récentes révélations sur les quotas imposés aux fonctionnaires de Service Canada font planer encore plus de doutes sur cette ré-ingénierie de l’assurance-emploi entérinée sans aucune consultation et dictée davantage par des préoccupations idéologiques que par des analyses judicieuses de la problématique du chômage.

Dans une vision intrinsèquement néolibérale, trouvant ses racines dans la culture bien-pensante des puissants et des nantis, les conservateurs cherchent à décourager au maximum le recours à l’assistance de l’État pour les sans emplois en compliquant leur admissibilité le plus possible. Citons l’hebdomadaire libéral The Economist qui écrivait, en 2010, cet énoncé : « Il y a deux manières de favoriser le retour au travail des chômeurs: l’une est de rendre inconfortable ou précaire la vie de ceux qui reçoivent une allocation chômage; l’autre consiste à faire que la perspective d’un emploi devienne viable et attirante.»

Et cette attitude paternaliste envers les chômeurs – sous prétexte de leur rendre service – ne date pas d’hier.  Benjamin Franklin, l’un des pères de la constitution américaine, affirmait, en 1766 : «  Plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire .»

Pourtant, les conservateurs ne semblent pas transposer cette même logique aux entreprises, logique qui dicterait que moins on les appuie, plus elles deviendraient prospères!

Avec la crise financière, les banques ont obtenu 114 milliards $ d’aide financière du gouvernement conservateur. Ironique, car ce sont ces mêmes institutions financières qui ont creusé leur propre tombe par leur laxisme et provoqué la débâcle financière. Selon le raisonnement que l’on applique aux chômeurs, l’État fédéral n’aurait jamais dû consentir un centime aux banques, pour leur propre bien!

Autre exemple : le Canada subventionne à raison de 2,8 milliards $ par année l’industrie pétrolière… même si ces sociétés de l’or noir engrangent des milliards de profits! Pure contradiction avec la médecine servie aux chômeurs…

Et, finalement, le cas le plus patent: de 2000 à 2010, le fédéral diminua de 28% à 15% le taux d’imposition général des entreprises. De cette façon, selon le credo néolibéral, les entreprises devaient créer plus d’emplois en raison de l’allègement de leur fardeau fiscal.  Or, de nombreuses études en sont venues à la conclusion contraire : la baisse des impôts des entreprises devant supposément stimuler l’investissement n’a jamais concordé avec une baisse du chômage.

En fait, au lieu d’investir dans la main-d’œuvre, les entreprises ont préféré verser ces montants à leurs actionnaires ou spéculer sur les marchés financiers.  Ainsi, on récompense les entreprises de ne pas avoir engendré de nouveaux emplois et on fait payer les travailleurs pour l’incompétence des PDG de ces entreprises!

En conclusion, le mépris des conservateurs et des milieux d’affaires envers le salariat frise l’indécence.  Ils se proclament « Champions de l’économie », mais font tout pour miner la situation économique à longue échéance.  Cependant, le gouvernement conservateur devrait être sur ses gardes. Les rangs de chômeurs risquent de croître lorsque la crise mondiale atteindra réellement les frontières du Canada….ce qui pourrait leur nuire sur le plan électoral lors des prochaines élections.

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3 réflexions sur “Réforme de l’Assurance-emploi: deux poids, deux mesures

  1. Bon texte, M. St-Gelais,
    La position du gouvernement n’est que stéréotypes. Oui il y a quelques moutons noirs mais cela ne dépeint pas la majorité de ceux qui utilisent l’assurance chômage surtout dans les régions éloignés.
    Un exemple est la position dans laquelle je travaille. C’est un emploi mandaté par la Loi. Donc ma position n’est pas facultative elle est nécessaire. Dans le passé, les gens qui faisaient cet emploi étaient employés par le gouvernement fédéral avec tous les bénéfices associes à un tel emploi. Le gouvernement fédéral a ensuite privatisé cet emploi en utilisant des « contractors » privés malgré le fait que le gouvernement gardait la gérance du programme. Cela permettait au gouvernement de se soustraire à ses propres lois soit de payer du overtime. Dans mon emploi quand on travaille, on travaille 18 à 20 heures par jours. Autrement dit si je me faisais payé le overtime et je travaille 5 jours je pourrais littéralement prendre 5 jours payés. Mais ne payant pas le overtime, le gouvernement a poussé les gens comme moi à prendre l’assurance-emploi pour adresser ce manque à gagner.
    Le plus drôle de ceci, est puisque le gouvernement a maintenant privatiser la gérance du programme, la loi sur le overtime maintenant s’applique mais il n’y a pas l’argent pour le payer. Donc les travailleurs comme moi doivent s’unioniser pour signer un « collective agreeement » avec ces employeurs privés pour renoncer à notre droit d’overtime. Qui a dit que les unions ne contribuent pas au capitalisme.
    Et le pire est que le gouvernement comme il contrôle les employeurs privés ajoutent des obligations en nous demandant qu’on travaille gratuitement pour le gouvernement. Par exemple, je dois faire certaines choses pour Transport Canada et je ne suis pas payé une cent pour ce travail.
    Qui exploite qui ?

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