La fin des CEGEP?

Cet article a été publié dans Métro Montréal le 29 janvier 2013

Pierre Moreau, candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec, persiste et signe pour l’abolition du système collégial – les CEGEP – prétextant qu’il mine notre taux de diplômés universitaires par rapport aux autres provinces canadiennes (selon une étude de la très néolibérale École des Hautes études commerciales (HEC)).

Or, il faut se rappeler que les CEGEP furent instaurés en 1967 pour pallier le manque généralisé de savoir technique dans la population québécoise. Outre son caractère technique, on introduisit un secteur général en vue de préparation d’études universitaires. À cette époque, il s’agissait d’une très bonne idée, car en trois années, le nombre d’étudiants collégiaux passa de 18 000 à 70 000. Aujourd’hui, ils sont plus de 170 000. Et, en conséquence, l’accès à l’université fut facilité car il était autrefois limité aux diplômés d’écoles privées ou religieuses.

De nos jours, la vocation du réseau collégial demeure encore la formation d’une main-d’œuvre technique de qualité – certains programmes techniques étant très cotés – mais réside aussi dans l’accès aux études supérieures dans les régions éloignées des centres universitaires ainsi que dans l’enseignement d’une vaste culture générale.

Contrairement à ce que pense Pierre Moreau, il existe des collèges du même genre que les CEGEP à l’extérieur du Québec – le caractère obligatoire pour les finissants du secondaire pour accéder aux études universitaires avant l’âge de 21 ans ainsi que sa relative gratuité demeurant les seules différences notables des CEGEP par rapport aux autres institutions de même acabit ailleurs.

Dans le reste du Canada, ainsi qu’aux États-Unis, il existe des collèges techniques, souvent payants et parfois à prix modiques, avec aussi des offres de cours préparatoires à certains programmes universitaires plus spécialisés.

Et pourtant, le Québec est la province canadienne avec la plus grande scolarisation en études supérieures, malgré l’existence d’établissements similaires aux CEGEP hors du territoire québécois.

Devant ce constat, monsieur Moreau devrait considérer cela comme une réussite, plutôt que comme un échec et surtout se rappeler que le premier initiateur de la fondation du réseau collégial fut le père de la Révolution tranquille, Jean Lesage, premier ministre et ancien chef mythique de sa propre formation politique dans les années 60…

3 réflexions sur “La fin des CEGEP?

  1. C’est une vieille scie qui revient souvent dans la bouche de ceux qui veulent nous faire croire qu’ils ont du leadership. Qu’ils auraient le courage nécessaire pour bousculer l’ordre établi.On abolirait ceci ou cela, couperait ici et là… Ce sont généralement de gros farceurs qui n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir. Restons calme.

  2. Mais ce n’est pas la première fois qu’on évoque la disparition des CEGEP, surtout à droite, car le CEGEP demeure un outil de socialisation et de mobilisation citoyenne… on l’a vu avec la crise étudiante.

  3. @ Jean-Claude Laurin

    «Ce sont généralement de gros farceurs qui n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir»

    Ce que je vois, c’est que ces idées sont de fait lancées en l’air par des démagogues, que ce soit de l’ADQ (surtout avec la proposition de fermer les commissions scolaires), la CAQ (avec des liens avec le pot…) ou maintenant du PLQ. Malheureusement, ces idées finissent par séduire une partie de la population. Il est donc important d’y réagir.

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