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Le monde fut stupéfait par la tuerie de l’école élémentaire de Sandy Hook dans la petite ville de Newtown aux États-Unis.  De ce tragique événement en particulier et de bien d’autres du même genre depuis le début du siècle, découle maintenant un débat houleux sur la possession des armes à feu ainsi que sur leurs limitations.

Au-delà de ces considérations, il est approprié d’explorer les éléments sous-jacents de cette adoration plus qu’irrationnelle qu’ont certains américains envers leurs armes.

Pour cela, il faut remonter à la guerre d’indépendance américaine et à la déclaration de l’Union.

À cette époque, les Pères de la constitution voulaient évidemment empêcher une reconquête britannique et aussi dissuader tout gouvernement tyrannique, faciliter un droit naturel à la légitime défense ainsi que permettre à tout un chacun d’appliquer les lois.

C’est dans ce sens que fut édicté le deuxième amendement de la constitution américaine : »Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Mais, ce qui semblait adéquat dans ce contexte historique précis est devenu obsolète à l’époque contemporaine, comme je l’évoquais dans mon dernier billet sur le sujet : « Avec l’amélioration technologique des armes à feu pouvant propulser des dizaines de projectiles à la seconde, la concentration de la population dans de grandes agglomérations urbaines, la précarité  économique poussant plusieurs personnes dans le désespoir le plus profond, le risque de tels massacres perpétrés par des individus à la santé mentale fragile avec un fusil à la main ne peut que s’accentuer. »

Par ailleurs, de nos jours, des franges plus radicales pourfendant l’État considèrent ce droit octroyé par la constitution comme le seul moyen de défense contre un gouvernement trop envahissant. Des milices paramilitaires ainsi que des groupes d’extrême droite à l’idéologie plus que questionnable appellent même à prendre les armes contre les autorités au nom de la liberté.

Cependant, cette douteuse association de la liberté avec le droit du port des armes soulève un problème philosophique.

Rapportons-nous à Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle, théoricien de l’État de nature et du contrat social. Il fut aussi l’un des fondateurs du libéralisme politique pour lequel les individus sont libres et égaux.

Dans Le Léviathan, son oeuvre principale, il émet la conception que pour être en sécurité et donc vraiment libres, les individus doivent léguer une partie de leur liberté à une organisation législative, l’État, qui maintiendrait ainsi l’ordre et réglerait les conflits entre eux pour la survie de toute la société qui sombrerait sans cela dans le chaos. En somme, l’État détiendrait le monopole de la violence pour le bien-être de tous.

Ce paradigme est l’un des fondements de la science politique actuelle.

Les États-Unis étant le seul pays occidental à permettre à ses citoyens de se défendre par les armes en tout temps ainsi qu’en toute situation, c’est donc ici qu’apparaît la contradiction flagrante entre la croyance du maintien de la liberté par le port d’armes généralisé et le rôle de « régulateur social » de l’État d’Hobbes.

Au pays de la liberté, la pérennité du libre arbitre ne repose que sur le droit de chacun de fourbir les armes pour se protéger.  La guerre de tous contre tous, comme disait Hobbes. Et le gouvernement, jugé comme l’ultime menace contre la liberté, représente la « bête immonde » cherchant à asservir la multitude.

Ce qui me fait dire que trop de liberté tue la liberté comme sous l’état de nature, c’est-à-dire un contexte dans lequel il n’existe aucune loi et qui ne peut que générer l’anarchie et finalement la perte de la liberté pour les plus faibles soumis au joug des plus forts…