Camps de travail comme solution au chômage

En cette période de crise économique mondiale, il est à propos de remonter le temps et de redécouvrir de quelle façon on estimait les indigents – les chômeurs d’hier – et comment on les traitait.

En 1932, afin de faire face au sous-emploi endémique de la Grande Dépression des années 30, le gouvernement canadien érigea de véritables camps de travail –  appelés « de secours » – à travers le pays.  Les autorités conseillèrent vivement aux hommes célibataires et sans travail de s’y rendre afin d’effectuer des grands travaux d’infrastructure. Plus de 170 000 hommes y séjournèrent au fil des années.

Cependant,  les conditions difficiles et l’exploitation du labeur consacrée par la faible rémunération poussèrent ces ouvriers à se révolter, amenant, finalement, la fermeture de ces camps en 1936 sous un constat d’échec.

Mais projetons-nous encore plus loin, soit dans l’Angleterre du 17e siècle.

À cette époque, les autorités considéraient les indigents comme responsables de leur condition en parfaite concordance avec la bonne morale chrétienne.  En effet, l’oisiveté étant la mère de tous les vices, il était dans l’intérêt des démunis d’être embrigadés de force dans des « workhouses » afin de leur inculquer les vertus laborieuses dont ils étaient dépourvus. Inutile de spécifier que certaines de ces « maisons de travail » étaient mises  au service de certains industriels, dans le textile notamment, et qu’elles procuraient aussi une main-d’œuvre à bon marché.

Même l’un des pères fondateurs du libéralisme, John Locke, proche conseiller du pouvoir royal, appuya cette démarche en complète antinomie avec les principes de liberté de cette idéologie.

Qu’est-ce que cela révèle?

En fait, en période économique difficile, on considère les chômeurs selon une perspective paternaliste – on les voit comme des enfants et même comme des criminels qu’il faut extirper de la société des bien-pensants les jugeant en tant que menace à l’ordre social.

Il est alors « normal » de les exploiter et de les mettre au service des détenteurs des moyens de production.

Advenant une détérioration encore plus prononcée de la crise économique actuelle – qui semble bien se profiler -, il ne serait pas étonnant qu’on ramène sur le plancher ce genre de politique.  Comptez sur la droite conservatrice pour le suggérer…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 166 (universitaire)

6 réflexions sur “Camps de travail comme solution au chômage

  1. Ton hypothèse peut sembler exagérée, mais, toute proportion gardée, certains semblent déjà vouloir aller dans ce sens. J’ai lu aujourd’hui un article sur les intentions de Sarkozy en matière d’indemnisation-chômage (l’assurance-emploi, ici) qui vont dans ce sens :

    « Je propose de créer un nouveau système dans lequel l’indemnisation ne sera pas une allocation que l’on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l’emploi versera à chaque demandeur d’emploi en contrepartie de la formation qu’il devra suivre. Passé un délai de quelques mois, toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d’emploi devra choisir une formation qualifiante. A l’issue de cette formation, qui sera obligatoire, le chômeur sera tenu d’accepter la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel il aura été nouvellement formé».»

    http://www.lefigaro.fr/politique/2012/02/09/01002-20120209ARTFIG00566-nicolas-sarkozy-veut-consulter-les-francais-par-referendum.php

    L’obligation de formation et d’accepter la première offre «correspondant au métier pour lequel il aura été nouvellement formé», ce n’est pas loin de la conscription au travail…

    La crise ayant été causée par les spéculateurs, il semble normal pour certains de taper sur les victimes…

  2. Tu sais que je voulais provoquer… exagéré, un peu… Mais je te le dis: si le passé est garant de l’avenir, ce genre de camps va resurgir des limbes de l’Histoire…

  3. Anonyme

    ahah! IEDM a déjà fait un pas en ce sens il y a une dizaine d’années. Un mec de ce think tank néolibéral avait proposé le retour du « servage volontaire » pour lutter contre l’itinérance. Bref, un itinérant ayant un statut d’esclave dans les familles bourges est mieux pour ses propres conditions de vie (puisque loger et nourrit) et pour la société (moins d’itinérants dans les villes). En plus, il offre une main d’oeuvre bon marché pour les riches (parce que non-rénumérer en dollar, mais seulement en lui offrant toît et nourriture). Par ailleurs, ce phénomène, bien que tabou et non-affirmé, est très tendance ici en France. Un politique s’est fait coincé avec des femmes de la martinique qui ne parlaient pas français et qui vivaient dans des conditions de merde. Bref, je ne sais pas si tu étais au courant de tout ça `l’écriture de ton billet, mais c’est non seulement probable, mais déjà là. Le seul pas qui reste à faire, c’est de le justifier avec la crise ou « pour le bien » des indigents, sous prétexte qu’ils seront mieux en servage que libre.

    http://www.lecouac.org/​spip.php?article104

    http://www.laprovence.com/​article/a-la-une/​marseille-petites-bonnes-vr​aies-esclaves

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