Schizophrénique Amérique?

Les élections de mi-mandat aux États-Unis confirment un fait avéré: les électeurs américains sont autant imprévisibles qu’inconséquents.

Il y a deux ans, ils ont élu le premier président noir issu de la classe moyenne, contrairement à tous ses prédécesseurs, doté d’un vaste programme de redémarrage de l’économie et de réformes sociales et médicales.

La catharsis populaire fut à son comble et un véritable vent de changement soufflait sur cette Amérique embourbée dans une crise économique comparable à celle des années 30 du siècle dernier.

Mais, face aux puissants médias et lobbies des forces de droite, du conglomérat pharmaceutique et des compagnies d’assurances privées en santé, la popularité du nouveau chef de l’état fédéral ne cessa de décroître au fur et à mesure que leur propagande de salissage envers Obama s’intensifiait.  On le traitait de communiste, d’islamiste, voire de nazi, en dépit du sens commun et de la vérité.  Ses opposants semblent avoir bien assimilé ce qu’enseignait Goebbels: “Plus le mensonge est gros, plus il passe.”

La désinformation a tellement bien fonctionné que Barack Obama se verra contraint à plier aux demandes des républicains suite à la prise de contrôle de la chambre des représentants  par ceux-ci ou abandonner tout son programme de réformes jusqu’au prochain scrutin général en 2012, en espérant un revirement de situation.

Le Tea Party, cette nouvelle dénomination du Parti républicain visant à draper d’un linceul de nouveauté la même équipe ayant mené à l’endettement chronique du pays ainsi qu’à la crise financière et économique actuelle, gagne du terrain tandis qu’on blâme Obama pour l’empêtrement des États-Unis dans le marasme économique.

Comme si on pouvait faire changer de cap un navire aussi gigantesque que l’économie américaine en à peine 24 mois.  Pourtant, dans la dernière dépression, les effets du New Deal de Franklin Roosevelt ne se sont fait sentir que plusieurs années plus tard, et encore, il fallut un conflit mondial pour remettre l’économie des États-Unis sur les rails.

L’Amérique est schizophrène.  Un jour, elle élève au rang de sauveur un président ayant étalé ouvertement ses projets et, un autre jour, elle le punit pour avoir essayé de mettre en pratique ses politiques.

Il ne faut pas s’en surprendre dans une société foncièrement raciste et réactionnaire ancrée dans le matérialisme croyant encore majoritairement que le monde a été créé en 6 jours…

9 réflexions sur “Schizophrénique Amérique?

  1. Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis sur la désinformation et la propagande.

    «Comme si on pouvait faire changer de cap un navire aussi gigantesque que l’économie américaine en à peine 24 mois. Pourtant, dans la dernière dépression, les effets du New Deal de Franklin Roosevelt ne se sont fait sentir que plusieurs années plus tard, et encore, il fallut un conflit mondial pour remettre l’économie des États-Unis sur les rails.»

    Par contre, j’appuie moins ce paragraphe. La leçon de la grande dépression aurait dû montrer à Obama et à son équipe économique que le plan de relance qu’ils ont proposé en 2009 était insuffisant. Je ne prétends pas qu’un plan plus ambitieux aurait pu être adopté par les deux chambres, mais il ne l’a même pas proposé et a au contraire prétendu que son plan était suffisant ! Il se condamnait à des attaques sur l’inutilité de son programme et de l’approche keynésienne, comme Paul Krugman (et bien d’autres) l’avait prévu dès le dépôt de ce plan de relance.

    Comme tu le dis, cela a pris leur participation à une guerre mondiale pour que les États-Unis sortent enfin de la dépression, le New Deal n’ayant pas été suffisant. Il était donc prévisible dès le début que cela prenait une intervention d’une grande ampleur pour atteindre ce même résultat, et en améliorant les infrastructures et les conditions de vie de la population plutôt qu’en les détruisant en Europe et au Japon comme ils l’ont fait avec la guerre…

    Comme trop souvent, il est plus difficile de convaincre un pays à dépenser pour améliorer le sort de sa population que pour détruire des vies ailleurs…

  2. Mais plus d’argent aurait-il pu venir à bout de la crise? Les problèmes de l’économie américaine sont structurels et la demande interne, principal moteur de l’économie, est difficile à stimuler même avec l’apport de milliers de milliards.

    Je me demande même si le capitalisme est réformable sans guerre salvatrice…

  3. «Mais plus d’argent aurait-il pu venir à bout de la crise?»

    Si cela est venu à bout de la Grande dépression, oui, on aurait pu drôlement atténuer les effets de la crise avec un plan de relance plus vigoureux.

    «Les problèmes de l’économie américaine sont structurels »

    Ah oui ? Ils le deviennent en effet en raison du chômage de longue durée, mais c’est justement ce qui aurait pu être énormément atténué.

    «Je me demande même si le capitalisme est réformable sans guerre salvatrice…»

    C’est ton opinion, pas la mienne. Comme si détruire était plus «salvateur» que construire et offrir des services…

  4. « Si cela est venu à bout de la Grande dépression »

    Justement, cela n’a pas venu à bout de la grande dépression.

    « Ils le deviennent en effet en raison du chômage de longue durée »

    Oui, mais les plans de relance sont ponctuels, pas persistants. Il fallait restructurer le modèle économique pour résorber le chômage à long terme. C’est un exercise difficile qui demande plus que l’injection d’argent. Il faut une participation de tous les agents économiques qui tendent naturellement à maintenir leurs privilèges.

    « C’est ton opinion, pas la mienne. Comme si détruire était plus «salvateur» que construire et offrir des services… »

    Ce n’est pas un jugement de valeur de ma part. Juste une constatation.

  5. «Justement, cela n’a pas venu à bout de la grande dépression.»

    Cela = plus d’argent = guerre, dans ce cas là.

    Alors, oui, «cela» est venu à bout de la Grande Dépression. Ce n’est pas parce que la guerre détruit qu’elle crée un reprise, c’est parce qu’elle entraîne un hausse des dépenses. Si tu penses que cela n’est pas venu à bout de la Grande Dépression, tu ne fais pas que me contredire, tu contredis aussi le texte de ton billet («il fallut un conflit mondial pour remettre l’économie des États-Unis sur les rails.»). Mais, bon, tu as le droit de changer d’idée.

  6. « Si tu penses que cela n’est pas venu à bout de la Grande Dépression, tu ne fais pas que me contredire, tu contredis aussi le texte de ton billet »

    Désolé, je ne vois pas où je me contredis.

    Le plan Marshall a permis à l’économie américaine de produire encore plus afin de reconstruire l’Europe dévasté par le conflit. L’après-guerre a créé une nouvelle demande pendant près de 30 ans.

    De nos jours, une telle nouvelle demande n’existe pas, alors, la véritable relance est incertaine,

    Pas de jugement de valeurs, ici. Une constatation.

  7. Bon billet… On peut sentir un léger écoeurement de ta part… 😉

    Les américains ont quand même été déçus. Il est apparu comme le messie. il n’a pas livré. C’est ce qui arrive parfois avec le sacro-saint culte du chef. Obama a donné l’impression de se servir des fonds publics pour sauver Wall Street (même si c’est Bush qui a parti le bal). On sait comment les américains ont la fibre sensible lorsque vient le temps de parler d’interventionnisme…

    En passant, bon succès avec le nouveau format du blogue !

  8. Merci Lutopium.

    Oui, un écoeurement. J’ai l’impression de me répéter. Un peu de nouveauté me fera du bien.

    Au sujet d’Obama, il faut dire que l’opposition a tout fait pour le ternir. Les puissances d’argent le détestent alors elles ont mis toute leur influence dans la démolition de son image.

  9. the Ubbergeek

    On oublie que les Bushmen aussi sont restés dans le décors – mais pas détruits… l’Empire Contre-Attaque, pour citer George Lucas. ET il y a les groupes de pouvoirs et d’intérêts autour…

    Il est sincère – mais naif et trop voulant rassembler peut-être, alors que peut-être, comme un commentaire sur un blog qui parlait du ‘rassemblement pour restaurer la sanité’ le disait, il est temps de prendre un camp et de se battre. De ne plus relativiser – il y a un camp qui a raison.

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