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On ne s’attendait à rien de moins de la part d’un think tank de droite tel que le Fraser Institute.

Fidèle à son habitude et conformément aux préceptes de la droite économique, ce groupe de réflexion à but « non-lucratif »  tape allégrement sur le modèle social-démocrate québécois.

Sa nouvelle étude stipule que l’économie québécoise est la moins libre de tout le continent.  Pourtant, le Québec offre l’un des plus bas taux d’imposition aux entreprises, sans compter les généreuses subventions octroyées et les faibles redevances sur l’exploitation des ressources naturelles.

Selon Filip Palda, senior fellow de l’Institut Fraser, «Au Québec, des facteurs tels que l’interventionnisme étatique, les impôts élevés, la puissance des syndicats ainsi que l’existence de programmes et de droits sociaux étendus ont considérablement réduit la liberté économique (…) Les provinces dont le niveau de liberté économique est élevé connaissent en effet une croissance économique supérieure. »

Néanmoins, cette étude néglige le fait que l’interventionnisme de l’État via les investissements publics, notamment dans la réfection des infrastructures, a permis au Québec de passer avec brio la tourmente de la crise économique tandis que plusieurs provinces canadiennes subissent mal la situation et que les États-Unis sont au bord de la dépression avec son cortège de destruction d’emplois et de risque de déflation.

Aussi, la constatation que les impôts sont plus élevés dans la Belle Province n’est pas révélatrice d’un faible taux de productivité.  En effet, d’autres nations, tels que les pays scandinaves, ont des taux d’imposition élevés assortis de programmes sociaux généreux tout en maintenant de bonnes statistiques de production.  Ainsi, haute taxation de revenus, couverture sociale abondante et productivité ne sont pas nécessairement incompatibles.

Par ailleurs, le taux de syndicalisation élevé, le plus haut en Amérique du Nord, a contribué à réduire les écarts de revenus entre les individus au contraire des voisins du Québec dont le décalage entre riches et pauvres est beaucoup plus prononcé. Remarquons que c’est cette faible distance entre classes sociales qui a soutenu l’économie québécoise durant la crise car elle favorisait une consommation stable.  Cela, le Fraser Institute ne l’évoquera pas.

De plus, les responsables de l’étude affirment que le PIB par habitant est moins élevé au Québec que dans les territoires les plus « libres sur le plan économique ».  Ce qui est évidemment un mal.

Encore une fois, le Fraser Institute use d’un raccourci intellectuel fallacieux.  Le PIB ne traduit pas nécessairement une juste répartition des richesses ainsi qu’une bonne qualité de vie.  Le Québec a pu trainer de la patte sur la croissance du PIB, mais il est un exemple de justice sociale et de climat social serein avec son bas taux de criminalité.

Ce n’est pas la première fois que l’on entend de part et d’autre du salissage de cet acabi.  Cette dernière attaque succède à celles des lucides, de l’Institut Économique de Montréal et de l’Action Démocratique du Québec qui brandissent la pauvreté du Québec face aux autres provinces et états de l’Amérique du Nord.

Cette dernière soi-disante étude va dans le même sens.

On appelle « économisme » ce style de discours orienté vers « l’économie pure ».  On oblitère tout autre paramètre social et politique pour faire primer les dogmes économiques au profit des intérêts du monde des affaires.  Ce genre d’études se limite aux données conformes aux paradigmes d’une droite économique peu concernée par les réussites des politiques sociales ou économiques qu’elle juge comme nuisibles à ses activités commerciales.

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