Une étude incomplète de l’Institut Fraser

L’Institut Fraser affirme, dans une récente étude, que le niveau d’imposition accapare 41,7% des revenus des ménages canadiens en 2009, ce qui constitue une hausse significative par rapport à 1961 (33,5%) et 1981 (40,8%).

Une constatation d’une évidence plus que pléthorique qui est inutile de nous rappeler.

Seulement en 2003, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers.

Mais cette étude brille par l’absence de la détermination des causes de cet accroissement du boulet fiscal enchainé aux pieds des contribuables ordinaires.

La première raison de ce phénomène est l’allégement marqué des impôts payés par les entreprises canadiennes depuis plus de vingt ans (source).

La deuxième cause fut l’évasion fiscale qui s’est multipliée par huit de 1990 à 2003 pour atteindre présentement la coquette somme de 88 milliards par année en fuite de capitaux.

La troisième explication sont les subventions avantageuses fournies par les divers palliers de gouvernement dont profitent les compagnies ne retournant que des miettes une fois leurs profits encaissés.

Cependant, ce think tank de droite, comme tous ses semblables, dont l’Institut Économique de Montréal (IEDM), se dispense bien de révéler certains faits dans ses études afin de ne pas affaiblir ses positions douteuses.

L’objectif de ces groupes de réflexion de droite financés par le monde des affaires est clair : appeler à la dislocation des services publics et tenter de convaincre le citoyen qu’il vit au-dessus de ses moyens.  Ce qui est éminemment faux.  Chacun à droit à la santé, à une bonne éducation et à des services publics dignes d’une société moderne, surtout en cette période de vieillissement de la population et de perturbation économique.

Mais qu’entendent-ils par vivre au-dessus de ses moyens?  Que la santé universelle,  l’éducation publique ou le soutient aux chômeurs coûtent trop chers?  C’est bien là tout le leitmotiv de leurs discours.

Si les canadiens vivent plus haut que leurs moyens, c’est plutôt en rapport aux biens mercantiles offerts par ces mêmes compagnies qui financent l’Institut Fraser.

Consommez, consommez nous rabâchent-elles par leurs publicités omniprésentes tandis que les consommateurs s’endettent afin d’acquérir de plus en plus de produits matériels souvent inutiles.  Si les gens vivent au-dessus de leurs moyens, c’est bien plus en ce domaine que dans le financement des services collectifs plus qu’essentiels.  Par contre, cela, l’Institut Fraser ne l’évoquera pas.

L’éclectisme de ces think tanks n’a d’égal que leur manque de rigueur.  Ils ne montrent qu’un coté du miroir afin d’avantager leurs contributeurs financiers ne rêvant qu’à s’approprier les actifs de l’État providence.

Finalement, au sujet de la dite étude citée en début de billet, pourquoi les salaires des canadiens n’ont-t-il pas suivi la courbe de progression des profits des entreprises depuis deux décennies (source)?

En ce sens,  les contribuables auraient peut-être pu subvenir équitablement aux frais sociaux si les compagnies avaient été moins avares dans leur course aux profits.

6 réflexions sur “Une étude incomplète de l’Institut Fraser

  1. Darwin

    Tu as raison de souligner les trous et les omissions de l’Institut Fraser. Mais le pire pour moi est qu’il ne dit mot de l’augmentation des services publics que nous recevons depuis 1961, particulièrement au Québec.

    Il semble qu’on devrait leur rappeler que le système d’assurance-maladie et le ministère de l’Éducation n’existaient pas en 1961 (nous étions de loin le peuple le moins scolarisé du Canada…). Pas non plus de services de garde à tarif réduit, d’assurance médicament, de congés parentaux, et j’en passe. Au bout du compte, le panier de dépense des consommateurs pour ces services de base a drôlement diminué.

    Bref, c’est démagogique de ne comparer que l’augmentation des revenus de l’État sans analyser l’évolution des services qu’on reçoit en échange. Du Fraser tout craché…

  2. Oui, évidemment, la société contemporaine demande plus de services publics. C’est ce que je souligne par « Chacun à droit à la santé, à une bonne éducation et à des services publics dignes d’une société moderne ».

    Tout corps social cohérent tend vers un élargissement des services à sa population en dépit de la richesse de chacun.

    Mais pour ces néolibéraux ou libertariens en devenir, l’individu prime sur tout le reste et la valeur d’un individu se borne à sa capacité à payer. Ce qui est foncièrement archaïque et inéquitable.

  3. Etienne

    Excellent article Jimmy. C’est clair que le discours de la droite affairiste est pleine de trou comme un fromage suisse, mais le problème c’est que leur discours commence à faire son chemin dans les médias généraliste. De canal V à Canoe.ca, en passant par le journal de montreal, les bloggeurs libertariens et les sorties de Maxime Bernier, ces interventions publiques en faveur d’un dégraissement de l’état et d’une dette explosive se multiplient. Je trouve personnellement que cette désinformation répétée devient de plus en plus présente et insistante, mais surtout dangereuse.

    D’autre part, le mouvement qui s’oppose à cette désinformation est désorganisé, et peine à faire son chemin dans les généraliste (outre p-e Leo-Paul Lozon dans le journal Metro, qui alterne sa chronique une semaine sur deux avec David Descoteaux de l’IDEM).

  4. Merci Étienne.

    Il existe bien des voix discordantes. Plusieurs économistes s’éloignent de l’économisme propagé dans les médias capitalistes.

    Il y a la Chaire socio-économique de l’UQAM, bien sûr, et l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

    Mais le plus grand espoir selon moi sont les politiques de Barack Obama. Malgré une grande opposition de la droite républicaine, ce président tente de faire payer les plus riches, les compagnies et de doter les États-Unis d’un système de santé décent dans ce pays connaissant le plus fort taux de mort infantile parmi l’OCDE.

  5. Anonyme

    Superbe réflexion et tellement vraie quand on va a la source , d’ou est partie la société de consommation on comprend bien le processus. Bravo !

    D.

  6. Bon billet Jimmy. Ces deux instituts utilisent ce que Naomi Klein décrit comme « la stratégie du choc ». Depuis quelques années, les disciples de l’IEDM et du Fraser essaient de nous convaincre que le Québec et le Canada se « dirigent vers un mur » (choc mortel) et ne pourront s’en sortir « vivants » si la dette n’est pas complètement effacée et la plupart des services publics privatisés.

    Il y a une cinquantaine d’années, la communauté d’affaires n’était pas en mesure d’offrir ces services de façon adéquate. Les services de santé et d’éducation étaient déficients et ne permettaient pas à tous les citoyens d’y avoir accès. Autre exemple, les entreprises privées dans le domaine du transport en commun n’étaient pas en mesure de moderniser leurs équipements et quelques-uns ont carrément fait faillite. Etc…

    Le Québec a donc décidé d’investir dans les services et les infrastructures. Maintenant que tout est en place, le privé – épaulé par ces lobbies économiques, les chambres de commerce et le Conseil du Patronat, tente de nous faire croire que la privatisation des services est inévitable et souhaitable.

    À mon avis, tout ce qu’on cherche à faire c’est de permettre aux entreprises de diversifier leurs activités et d’encourager leur croissance. Comme s’il était impossible d’avoir une économie mixte dans laquelle le secteur privé peut s’épanouir dans certains secteurs tout en laissant le secteur public s’occuper de certains services.

    Je dis non à la privatisation de notre patrimoine collectif.

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