Pour une économie humaine

« La seule finalité légitime de l’économie est en effet le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis.  Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais aussi l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, l’éducation, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc.

Corollaires de cette finalité, les méthodes de l’économie humaine ne peuvent que s’écarter de l’économisme et du scientisme de l’économie mathématique qui a joué un rôle central au XXe siècle.  L’économie humaine est l’économie d’un homme complet (dont l’individu maximisateur de valeurs marchandes sous contrainte n’est qu’une caricature), d’un homme qui inscrit son action dans le temps (et donc l’histoire), sur un territoire, dans un environnement familial, social, culturel et politique ; l’économie d’un homme animé par des valeurs et qui ne résout pas tout par le calcul ou l’échange, mais aussi par l’habitude, le don, la coopération, les règles morales, les conventions sociales, le droit, les institutions politiques, etc.

L’économie humaine est donc une économie historique, politique, sociale et écologique.  Elle ne dédaigne pas l’usage des mathématiques comme un langage utile à la rigueur d’un raisonnement, mais refuse de cantonner son discours aux seuls cas où ce langage est possible.  Au lieu d’évacuer la complexité des sociétés humaines (qui ne se met pas toujours en équation), l’économie humaine s’efforce de tenir un discours rigoureux intégrant la complexité, elle préfère la pertinence à la formalisation, elle revendique le statut de science humaine, parmi les autres sciences humaines, et tourne le dos à la prétention stérile d’énoncer des lois de la nature à l’instar des sciences physiques.  »

 

Jacques Généreux (économiste) dans Introduction à l’économie (Éditions du Seuil)

À lire: Le capitalisme est contre-nature

2 réflexions sur “Pour une économie humaine

  1. Darwin

    J’ai pour la première fois entendu parler de Jacques Généreux il y a 5 ou 6 ans, grâce à son «Manifeste pour une économie humaine» (http://pedagogie.cegep-fxg.qc.ca/profs/mdioury/manifest.pdf) . Au Québec, Le manifeste «Pour une autre vision de l’économie» (http://www.economieautrement.org/IMG/pdf/Pour_une_autre_vision_de_l_economie-2.pdf ) est de la même eau.

    J’ai tout de suite adhéré à ces deux textes. De Jacques Généreux, j’ai aussi lu les deux tomes de «Les Vraies Lois de l’économie», dont je recommande surtout le premier. Le titre est pour moi affreux, même s’il se veut ironique et fait un lien à une émission de télévision qu’il animait à l’époque. Il déconstruit au contraire les supposées lois de l’économie. Très intéressant et accessible.

    Où as-tu entendu parler de lui ?

  2. Par hasard. Je suis tombé sur l’un de ses livres dans une librairie et j’ai acheté deux de ses œuvres par la suite (Introduction à l’économie et Les Vraies Lois de l’économie I). Je relis encore une fois la première que j’ai trouvée très bien rédigé.

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