Le moment de vérité pour Barack Obama

Le moment de vérité est arrivé pour Barack Obama.

Cette semaine, le nouveau président américain a entrepris des démarches pour lutter contre l’évasion fiscale.  Des mesures qui rapatrieraient aux États-Unis 210 milliards $US sur 10 ans.

Ses cibles?  Les compagnies américaines qui se soustraient du paiement de leur juste dû en impôt en établissant des filiales à l’étranger.  Il pointe du doigt les Îles Caïmans où 18 857 sociétés seraient enregistrées à la même adresse !!!  De plus, un rapport de janvier 2009 évoque que 83 des 100 plus grandes sociétés américaines auraient des filiales dans des paradis fiscaux.  Notons qu’il désire aussi s’attaquer aux riches particuliers qui exilent leurs capitaux afin de payer moins d’impôts.

Les yeux du monde seront braqués sur ce dossier chaud qui fait crier le monde des affaires aux États-Unis.

Des difficultés sont aussi à prévoir au congrès américain qui mettra sûrement des bâtons dans les roues dans l’acceptation du budget 2009 contenant ces nouvelles réformes fiscales.

Étrangement, même si la majorité est démocrate à la chambre des représentants et au sénat, rien ne garantit la passation de ce budget si contesté.

En effet, la chambre des représentants et le sénat, constituant les deux têtes de ce pouvoir législatif bicaméral, sont dénués de ligne de parti comme nous le connaissons dans le système parlementaire britannique dont le Canada s’inspire.  Rien n’oblige un représentant ou un sénateur démocrate de voter favorablement à un projet de loi initié par un président démocrate.  En fait, d’autres considérations rentrent en ligne de compte et la principale de ces considérations est le lobbying.

Dans le système politique américain, les lois ou réglementations sur le financement des élus sont très laxistes.  Au plus fort la poche.  Ainsi, n’importe quelle compagnie ou groupe de pression peut exercer une pression insidieuse sur les élus afin d’influer sur le processus législatif dans le but de servir ses propres intérêts privés sans considération du bien public.

Autant dire que, dans ce contexte, les réformes fiscales d’Obama auront la vie dure.

C’est dans les prochains jours que nous verrons si le nouveau président est digne de l’espoir qu’il a suscité.   Lui, le représentant de la classe moyenne,  s’oppose désormais aux puissantes compagnies américaines et il pourrait bien mordre la poussière.

Ses comparses démocrates au congrès pourraient lui faire défaut et privilégier les intérêts de leurs contributeurs électoraux issus en grande partie du business.

Malgré toutes ses bonnes volontés, il devra probablement réaliser les limites de son pouvoir présidentiel devant l’influence de l’argent et de ceux qui le détiennent.

La transformation totale d’une société aussi mercantile et corrompue que celle des États-Unis d’Amérique ne peut s’opérer seulement par l’élection d’un président réformateur.  Elle doit passer par une remise en question profonde du mode de fonctionnement politique ainsi que des rapports de forces socio-économiques qui traversent de long en large le corps social.

Lire la suite:  Ça passe ou ça casse pour Barack Obama

8 réflexions sur “Le moment de vérité pour Barack Obama

  1. Il n’empêche que, sans tomber dans la vision trop « angélique » d’Obama, c’est déjà assez spécial et unique qu’un président américain ose dire qu’il va s’attaquer aux paradis fiscaux, un sujet presque tabou dans une économie capitaliste comme celle des États-Unis.

    Évidemment, je suis moi non plus pas certain que ça va passer. Trop d’enjeux électoraux, trop d’amitiés de beaucoup de « congressman » et de sénateurs avec des gens importants dans ses grosses corporations qui se mettent de l’argent à l’abri de l’État.

    Cependant, je considère quand même (naïvement peut-être) que la volonté du président Obama est louable à défaut qu’elle sera mise en oeuvre. Dommage que le système politique américain soit aussi basé sur l’individu et non l’ensemble…

  2. internationaliste

    Je suis bien prêt à reconnaître qu’il y a des différences entre Bush et Obama et que ce dernier peut mettre en oeuvre certaines politiques intéressantes pour la classe ouvrière et les autres couches exploitées de la société, mais il faut éviter de se faire beaucoup d’illusions envers lui. Après tout Obama est un politicien bourgeois engagé à perpétuer le système d’exploitation et d’oppression qu’est le capitalisme et ses réformes ne pourront sauver ce système ni bien sûr l’améliorer durablement.

  3. Heu, internationaliste, Obama n’origine pas de la classe bourgeoise. Il est issu d’un milieu de classe moyenne.

    Bien sûr, maintenant, il est millionaire grâce à la vente de ses bouquins. Mais cela ne le classe pas dans la bourgeoisie qui se limite en fait aux détenteurs des moyens de production et d’échange.

  4. internationaliste

    Barack Obama a été sénateur d’un parti bourgeois, le Parti Démocrate et il fait donc partie de la classe dirigeante américaine. Ses origines populaires comme tu dis n’y changent absolument rien.

  5. Bon d’accord. Disons qu’Obama est affilié avec la bourgeoisie. Mais techniquement, il n’en fait pas partie.

    « On entend par bourgeoisie la classe des capitalistes modernes, propriétaires des moyens de production sociale et qui emploient le travail salarié. »
    Karl Marx et Friedrich Engels – Le manifeste du parti communiste

  6. internationaliste

    Les politiciens ne sont pas au-dessus des classes. Ils défendent soit les intérêts de la classe ouvrière ou ceux de la bourgeoisie et comme nous vivons dans un système capitaliste ceux qui nous gouvernent sont dans le camp de la bourgeoisie.

  7. sylvainguillemette

    @ Alex

    «Cependant, je considère quand même (naïvement peut-être) que la volonté du président Obama est louable à défaut qu’elle sera mise en oeuvre. Dommage que le système politique américain soit aussi basé sur l’individu et non l’ensemble…»

    Je considère moi, ses propos comme populistes et prompts en réaction à la crise actuelle et au refinancement des bourgeois, donc à la grogne populaire. Obama n’est qu’un autre de ces populistes, il est tout de même capitaliste, comme les autres…

    @ Jimmy

    «Bien sûr, maintenant, il est millionaire grâce à la vente de ses bouquins. Mais cela ne le classe pas dans la bourgeoisie qui se limite en fait aux détenteurs des moyens de production et d’échange.»

    D’obédience bourgeoise, sa fidélité, il la donne aux bourgeoisies avant tout. Les soupapes données au prolétariat ne sont que ça, des soupapes. Celles-ci leur évitent de faire répression contre une grogne populaire qui ne finit plus de grandir avec l’accroissement des empires économiques. La cartellisation des richesses est palpable, de la petite économie à la grande.

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