L’illusion du biocarburant

Cet article a paru le 31 mars 2008 dans le journal “Le Devoir”.

Le pétrole fossile va manquer d’ici 45 ans, selon Jean-Marie Chevalier, professeur à l’université Paris-Dauphine où il dirige le Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP).  Alors, on se tourne vers la recherche de sources équivalentes de carburants au lieu d’investir dans le développement d’énergies propres et renouvelables.

En Amérique latine, on favorise l’exploitation de terres agricoles pour la production de biocombustibles à base de maïs, de soja, de blé ou de cannes à sucre.  On détourne alors les denrées de la satisfaction alimentaire de millions de pauvres gens des pays en voie de développement ou sous-développés pour faire rouler les voitures énergivores des riches locaux et des citoyens occidentaux.  Le président américain G.W. Bush s’est déjà montré favorable à cette industrie.

Pis encore.  Une compagnie de recherche forestière du Québec, FPInnovations, travaille sur un procédé qui transformerait la matière ligneuse en carburant raffinable, comme si la forêt québécoise n’était pas déjà assez délabrée. Pourtant, on annonce clairement au Québec que les coupes de qualité se font de plus en plus rares, particulièrement pour les feuillus, et le forestier en chef a imposé une réduction de l’exploitation pouvant atteindre 33% dans certaines régions pour les cinq prochaines années.  Tant qu’à tout raser le Québec, allons-y jusqu’au bout.

Si le biocarburant prend de l’ampleur, la déforestation planétaire s’accentuera (particulièrement en Amazonie), l’érosion s’aggravera emportant avec elle un nombre croissant de terres arables et l’eau douce, déjà considérée comme une ressource en danger sur l’ensemble du globe, se fera de plus en plus rarissime au détriment des démunis du globe car il faut 4.000 litres d’eau pour créer un litre de bioéthanol. Par ailleurs, les prix des produits agricoles exploseront, tout comme celui de l’eau, rendant ainsi de plus en plus inaccessibles ces ressources  pour une grande partie de l’humanité souffrant de la famine.

Les biocarburants sont peut-être moins polluants, mais les impacts écologiques résultants de leur production n’en font pas une solution viable à long terme car trop coûteuse en ressources naturelles. 

Les compagnies pétrolières et les constructeurs automobiles appuient tacitement la nouvelle mode de cette énergie « verte », car elle permet de faire perdurer les voitures à explosion au lieu de migrer vers des nouveaux moteurs à énergies renouvelables qui leurs profiteraient moins financièrement. 

16 réflexions sur “L’illusion du biocarburant

  1. L’industrie automobile ne veut pas mourrir, c’est évident.
    Moi, je souhaiterais que ce dévelloppe du vrai transport en commun en région comme dans les villes.

    Peut-on faire son épicerie et revenir chez soi en autobus ? Non ! Peut-on se rendre à la gare d’autobus avec bagages pour se rendre en Gaspésie ou ailleurs autrement qu’en taxi ?

  2. « Alors, on se tourne vers la recherche de sources équivalentes de carburants au lieu d’investir dans le développement d’énergies propres et renouvelables. »

    L’énergie des biocarburants est renouvelable… et je ne connais aucune source d’énergie qui ne soit vraiment qualifiable de « propre », à part les voitures à air compressé sur lesquelles j’ignore encore trop de choses pour me prononcer.

    « En Amérique latine, on favorise l’exploitation de terres agricoles pour la production de biocombustibles à base de maïs, de soja, de blé ou de cannes à sucre. On détourne alors les denrées de la satisfaction alimentaire de millions de pauvres gens des pays en voie de développement ou sous-développés pour faire rouler les voitures énergivores des riches locaux et des citoyens occidentaux. Le président américain G.W. Bush s’est déjà montré favorable à cette industrie. »

    Ouep, mais pour la majorité, c’est de la canne à sucre, qui produit l’éthanol avec les meilleurs rendements (particulièrement au Brésil). On pourrait produire de la nourriture sur ces terres à la place, mais la production et la vente d’éthanol permet de faire des économies d’argent qui permettent gobalement d’acheter de la nourriture. Le Brésil a atteint la balance 0 énergie grâce à l’éthanol (autant d’énergie vendue à l’étranger que d’énergie importée)! L’important est que l’on produise suffisament de nourriture malgré tout, bien entendu, ce qui est un autre enjeu discutable. C’est une guerre de chiffres entre ceux qui croient que l’on devrait produire plus de bouffe et moins d’éthanol et ceux qui pensent le contraire, plutôt qu’une guerre de principes.

    D’ailleurs, au Brésil, ce ne sont pas les riches locaux qui profitent du marché de l’éthanol, mais toute la population en général. Les chauffeurs de taxi, les agriculteurs (qui opèrent de la machinerie au diesel), etc., qui paient leur essence moins chère. Volkswagen a même créé des voitures au moteur fait pour fonctionner 100% à l’éthanol, et les autres concessionnaires automobiles ont emboîté le pas, tellement le carburant est populaire. Un carburant « renouvelable » et moins cher que le pétrole! Les Brésiliens sont aux anges.

    « Pis encore. Une compagnie de recherche forestière du Québec, FPInnovations, travaille sur un procédé qui transformerait la matière ligneuse en carburant raffinable, comme si la forêt québécoise n’était pas déjà assez délabrée. Pourtant, on annonce clairement au Québec que les coupes de qualité se font de plus en plus rares, particulièrement pour les feuillus, et le forestier en chef a imposé une réduction de l’exploitation pouvant atteindre 33% dans certaines régions pour les cinq prochaines années. Tant qu’à tout raser le Québec, allons-y jusqu’au bout. »

    L’éthanol cellulosique est aussi recherché à l’université Sherbrooke, avec Kruger et Domtar, par un groupe d’ingénieurs chimiques (la recherche se fait aussi aux États-Unis). On pourrait créer un procédé où la cellulose (40-50% des fibres du bois) pourrait être transformée en éthanol. Comme la cellulose compose beaucoup de matières organiques, on pourrait aussi utiliser ce procédé pour transformer les déchets de dépotoirs en éthanol, ou encore les rebuts agricoles. C’est de la valorisation de déchets et du recyclage d’industrie; comme les gens n’ont plus besoin de feuilles de papier, on essaie de produire autre chose avec du bois.

    D’ailleurs, avec le problème majeur que pose la crise du bois, je crois que l’éthanol cellulosique pourrait grandement aider cette industrie. N’oublions pas qu’elle a commis de nombreuses erreurs dans le passé, mais que des emplois dépendent de l’industrie à travers tout le Québec et que le bois est une ressource naturelle renouvelable qui nous est utile d’exploiter, tant que cela demeure à un niveau durable (en suivant le rythme auquel la nature se renouvelle). Les militants pour la forêt boréale ont tappé sur les doigts de Greenpeace à ce sujet, lorsque GP a suggéré d’imposer un moratoire sur la coupe forestière. On veut une coupe raisonable et bien gérée (comme en Norvège), pour utiliser à bon escient nos ressources naturelles sans leur nuire.

    « Si le biocarburant prend de l’ampleur, la déforestation planétaire s’accentuera, l’érosion s’aggravera emportant avec elle un nombre croissant de terres arables et l’eau douce, déjà considérée comme une ressource en danger sur l’ensemble du globe, se fera de plus en plus rarissime au détriment des démunis du globe car il faut 4.000 litres d’eau pour créer un litre de bioéthanol. Par ailleurs, les prix des produits agricoles exploseront, tout comme celui de l’eau, rendant ainsi de plus en plus inaccessibles ces ressources pour une grande partie de l’humanité souffrant de la famine. »

    À mon avis, la meilleure façon de réduire cette empreinte serait de réduire la distance de voyage. La distance entre la maison et le travail, la distance entre la maison et les services disponibles, l’utilisation du transport en commun, la valorisation de l’achat local, le lancement de projet ferroviaires électriques pour remplacer une partie du transport par camion, etc.

    « Les biocarburants sont peut-être moins polluants, mais les impacts écologiques résultants de leur production n’en font pas une solution viable à long terme car trop coûteuse en ressources naturelles.  »

    Il n’y a pas que l’éthanol comme biocarburant non plus ^^. L’Allemagne et l’Europe sont bien ancrés dans la digestion anaérobique (je fais d’ailleurs une recherche là-dessus, pour la présenter au CDAQ), où l’on génère des biogaz afin de produire de l’énergie pour le chauffage ou la génération d’électricité. Les produits utilisés peuvent être le maïs, mais aussi les déchets agro-alimentaires, le fumier, les eaux usées ou certains sites d’enfouissement, comme le fait Gazmont au site d’enfouissement de la carrière Miron dans Saint-Michel (notons que Gazmont doit enrichir ses biogaz de gaz naturel et de mazout lourd, mais bon…). J’ai d’ailleurs trouvé un papier venu d’Irlande sur une recherche où les biogaz étaient rendus à l’état liquide, raffinés (nécessité de raffinage supérieure au pétrole) et utilisés comme carburants à automobile.

    L’utilité du biocarburant dépend des régions. Au Québec, par exemple, cette utilisation serait bienfaitrice. On produit trop de nourriture (Ethanol Greenfield, par exemple, produit de l’éthanol à partir de maïs qui n’était pas vendu auparavant) et notre forêt se regénère plus vite que la demande en papier Québécois dans le monde. Trois-Rivières est d’ailleurs en train de recevoir une baffe majeure, avec ses industries qui quittent la région. Si les biocarburants étaient produits à partir de nos surplus, on pourrait d’abord réduire notre dépendance au pétrole bitumineux et importé par bateaux. Dans ce genre de cas, les biocarburants ont donc une utilité et une légitimité.

    « Les compagnies pétrolières et les constructeurs automobiles appuient tacitement la nouvelle mode de cette énergie « verte », car elle permet de faire perdurer les voitures à explosion au lieu de migrer vers des nouveaux moteurs à énergies renouvelables qui leurs profiteraient moins financièrement.  »

    Je ne crois pas que ça profiterait « moins financièrement ». Ils vendraient quand même des voitures et garderaient la même marge de profits. Et le moteur à combustion est probablement la meilleure manière de générer de l’énergie. La seconde chose que l’on oublie est que dans le monde, l’énergie électrique n’est pas produite de sources renouvelables et la recherche à ce niveau fait défaut. Avec une voiture au moteur à hydrogène, on carburerait indirectement au charbon ou au nucléaire dans la majorité des régions; ce ne sont ni des énergies renouvelables, ni des énergies propres.

    En conclusion, je crois que la consommation de pétrole dans les automobiles nous a mis face à une philosophie dont il faut se détacher: la croyance qu’il ne faut trouver qu’une source de remplacement. Le biocarburant, l’éthanol, l’éthanol cellulosique, le moteur électrique et le moteur à hydrogènes sont capables de cohabiter. On a déjà à Montréal des autobus fonctionnant au biocarburant, un métro électrique, on installera des tramways électriques sous peu (mal placés… mais je ne commenterai pas là-dessus). Et l’on a des automobiles qui fonctionnent au diesel et à l’essence ordinaire, en plus de carburants à 5% éthanol qui sont maintenant vendus.

    Les énergies utilisées pour les moyens de locomotion se diversifient. C’est si on ne se limite qu’à une seule solution que l’impact environnemental sera le plus majeur, car cela impliquera soit de recourir à beaucoup trop de terres arables, soit à brûler beaucoup trop de charbon ou de s’exposer à une explosion nucléaire, soit de diminuer notre consommation de façon majeure et de carburer à l’huile de friture ou aux biogaz liquéfiés. Il faut apprendre à user de toutes ces technologies et à les voir comme se complétant, si l’on veut avoir les meilleures conséquences pour notre qualité de vie, pour l’environnement et pour la santé de la planète en général.

  3. Je tenais aussi à ajouter un petit détail:
    « il faut 4.000 litres d’eau pour créer un litre de bioéthanol. »

    Je n’ai pas vu ces chiffres, mais pour atteindre ce niveau, il faut d’abord tenir compte de l’évapotranspiration des plantes, ce qui est étrange… Car les plantes favorisent aussi l’infiltration de l’eau dans le sol. Nous sommes en manque d’eau douce, pas en manque d’eau de pluie.

    Le traitement de l’éthanol demande aussi beaucoup d’eau (je dirais que c’est plus que la culture, mais c’est à l’oeil), mais dans la majorité des cas, ce n’est pas de l’eau douce qui est utilisée. N’oublions pas que l’eau douce, c’est environ 2% de l’eau du monde, et on y fait très très attention. Cette eau douce, c’est l’eau potable, propre à la consommation, dont les gens ont besoin. Si on utilise de l’eau pour traiter et raffiner l’éthanol, mais que cette eau n’est pas propre à la consommation, ce n’est pas grave (tant que l’eau en question est traitée adéquatement). Les entreprises de tous les milieux le font déjà, et l’on ne s’en plaint pas.

  4. @manx

    « L’énergie des biocarburants est renouvelable… »

    Bien sûr, je n’affirme pas le contraire. C’est une évidence, c’est même l’une de ses marques de commerce. Mais je me demande combien de temps les biocarburants seront renouvelables avec l’épuisement des sols dû à la quasi-monoculture et les coupes forestières plus rapides que la régénération des forêts.

    « et je ne connais aucune source d’énergie qui ne soit vraiment qualifiable de “propre” »

    Bien, l’hydroélectricité est relativement propre, même si elle encourage l’innondation de vastes écosystèmes qui dégagent ensuite du mercure de façon naturelle. Aussi, il y a le solaire (si l’on plaçait des capteurs dans les zones désertiques) et l’énergie motrice sous-marine qui produiraient de l’électricité pour faire fonctionner indirectement les voitures à air comprimé, hydrogènes ou électriques.

    « D’ailleurs, au Brésil, ce ne sont pas les riches locaux qui profitent du marché de l’éthanol, mais toute la population en général »

    On s’entend qu’un pauvre n’a pas de voiture ?

    « On pourrait produire de la nourriture sur ces terres à la place, mais la production et la vente d’éthanol permet de faire des économies d’argent qui permettent gobalement d’acheter de la nourriture »

    Par l’importation? S’il y a moins de terres disponibles pour la nourriture, ce serait la seule solution. Mais alors, ces pays perdraient leur autarcie alimentaire et les transports de l’extérieur pollueraient encore plus l’atmosphère.

    « Un carburant “renouvelable” et moins cher que le pétrole! Les Brésiliens sont aux anges »

    Mais pour combien de temps ? Si la demande internationale et interne augmente, les prix vont flambés ainsi que ceux de la nourriture de base.

    « que le bois est une ressource naturelle renouvelable qui nous est utile d’exploiter, tant que cela demeure à un niveau durable (en suivant le rythme auquel la nature se renouvelle) ».

    Le hic, c’est que la surconsommation ne permet pas un renouvellement adéquat de la forêt, au Québec comme en Amazonie. Dans ce dernier territoire, on prévoit une accélération de la déforestation car on estime que 15.000 km2 de forêt seront détruites d’ici août 2008, c’est-à-dire une hausse de 34% par rapport aux 11.200 km2 détruits entre août 2006 et juillet 2007.

    « notre forêt se régénère plus vite que la demande en papier Québécois dans le monde ».

    En raison de notre devise forte du moment… une chance ! La forêt peut respirer un peu…

    « L’énergie électrique n’est pas produite de sources renouvelables »

    Heu, l’hydroélectricité n’est pas considérée comme renouvelable?

    Par ailleurs, des recherches sont encours. Justement dans les médias, on évoquait que des chercheurs américains étudient la possibilité d’installer des turbines capturant le courant du gulf stream afin de créer de l’énergie électrique équivalant à 8 ou 10 centrales nucléaires !. Simple, propre et gratuit !

    De plus, la fusion nucléaire semble prometteuse pour l’avenir. Elle serait relativement sécuritaire, peu polluante et permettrait à l’humanité d’avoir une source d’énergie illimitée. Avec la montée de la demande énergétique sur la planète et l’épuisement prochaine des stocks, la fusion nucléaire par confinement magnétique risque de devenir très populaire.

    http://www.nucleaire-info.com/

    Cliquer pour accéder à GAT_11b.pdf

    « N’oublions pas que l’eau douce, c’est environ 2% de l’eau du monde, et on y fait très très attention »

    Pourquoi alors près de 2 milliards de personnes manqueront d’eau d’ici 2025 ? La pollution s’infiltre dans la nappe phréatique (comme en France) et rien ne garantit que la quantité d’eau potable demeurera au même niveau…

    @DavidG

    Merci 🙂

  5. « Mais je me demande combien de temps les biocarburants seront renouvelables avec l’épuisement des sols dû à la quasi-monoculture et les coupes forestières plus rapides que la régénération des forêts. »

    Une énergie « renouvelable » est appelée ainsi lorsqu’elle est exploitée à un rythme où elle est utilisée moins vite qu’elle ne se regénère (ou aussi vite). On a déjà vu des barrages hydroélectriques non-renouvelables, car le bassin créait un lac artificiel et que le courant d’une rivière se stabilisait. La surutilisation d’une ressource en général fait qu’elle ne devient plus renouvelable, en effet ^^. Mais bon, ça entraîne aussi une autre question: pratique-t-on une agriculture qui est, en soi, durable?

    « Bien, l’hydroélectricité est relativement propre, même si elle encourage l’innondation de vastes écosystèmes qui dégagent ensuite du mercure de façon naturelle. Aussi, il y a le solaire (si l’on plaçait des capteurs dans les zones désertiques) et l’énergie motrice sous-marine qui produiraient de l’électricité pour faire fonctionner indirectement les voitures à air comprimé, hydrogènes ou électriques. »

    L’énergie marémotrice et hydroélectrique sont relativement propres, en effet, mais tout le monde n’a pas le privilège de pouvoir innonder une région autour d’une rivière à fort débit avec une importante chutte, ou d’avoir un courant marin important le long de la côte. Le solaire est plus disponible, mais il a un impact environnemental majeur au niveau des matériaux nécessaires pour former la batterie… Mais je ne crois pas que cette énergie puisse fournir nos automobiles, et encore moins que ça le fera. Malheureusement, il faudra que le prix de l’énergie solaire soit équivalent à celui de faire brûler du charbon pour faire de l’électricité, à moins d’un changement radical dans la philosophie des gens en général… On chiâle déjà que le gaz coûte trop cher, alors que moi je trouve qu’il devrait coûter 2 fois plus cher! Là, il y aurait de vraies alternatives qui pourraient être développées. Volkswagen a lancé ses moteurs à éthanol au Brésil PARCE QUE il existait une alternative au pétrole plus économique et que les gens voulaient l’énergie qui coûte la moins cher. Tu remarqueras aussi que parce que le prix du pétrole européen est plus élevé, les voitures consomment moins que les nôtres ET les recherches en énergies renouvelables proviennent d’Europe. Ce qui se passe en Amérique est une pâle copie de technologies européennes employées depuis 5-10 ans en Europe, au niveau des énergies renouvelables… Et la Chine s’y met, ce qui fait que l’on tire encore plus de l’arrière dans ce marché.

    « On s’entend qu’un pauvre n’a pas de voiture ? »

    Une image du traffic à Sao Paulo. Non, ce ne sont pas tous des riches. La classe moyenne a accès à une voiture, mais c’est vrai que c’est loin d’être tout le monde qui y a accès. Si tu remarques aussi, les voitures sont plus « carrées », car c’est plus économique à faire (même si ça demande plus de matériaux). Il y a donc un marché de voitures « cheaps » pour les personnes à plus faible revenu.

    « Par l’importation? S’il y a moins de terres disponibles pour la nourriture, ce serait la seule solution. Mais alors, ces pays perdraient leur autarcie alimentaire et les transports de l’extérieur pollueraient encore plus l’atmosphère. »

    Ces pays perdent de leur autarcie alimentaire pour en gagner sur l’indépendance énergétique. Et comme je t’ai dit, c’est plus une question de « l’éthanol est-il mal à faire pousser? » mais plutôt de « Quelles terres devraient rester disponibles pour produire de la nourriture? » L’alimentation aussi, c’est important.

    D’ailleurs, il faut transporter plus de denrées alimentaires de l’extérieur (haussant les émissions de GES), mais en retour, on importera moins de pétrole et de combustibles. Donc pour le transport…

    « Mais pour combien de temps ? Si la demande internationale et interne augmente, les prix vont flambés ainsi que ceux de la nourriture de base. »

    Au Québec, on fait de l’éthanol avec des surplus agricoles. On planifie en faire avec des déchets forestiers et des déchets de sites d’enfouissements. En gros, pas avec des produits que l’on consomme actuellement. À moins que la demande en éthanol devienne exponentielle comme c’est pas possible, le maïs coûtera encore et toujours aussi cher. D’ailleurs, j’en profite pour ajouter un petit quelque chose: avec les rendements du maïs pour la production d’éthanol, je préfèrerais qu’on fasse du pop-corn, c’est plus économique. Pour 1 tep d’énergie, l’éthanol de maïs produit 1.1 à 1.2 tep d’énergie… Tandis que la canne à sucre brésilienne a un rendement supérieur à 2 (et aux sables bitumineux albertains).

    Pour les craintes sur la bouffe, les grandes sources d’éthanol sont le maïs et la canne à sucre (et possiblement le « switchgrass », dont je ne connais pas le terme français). Au Québec, où l’on fait pousser des quantités de maïs, on ne mange presque pas de blé d’inde. Les deux principaux produits issus de la canne à sucre sont le rhum ou l’eau de vie et le sucre raffiné… Des produits qui sont extrêmement importants dans un budget de nourriture ^^.

    On nous parle d’éthanol fait à partir de blé… Mais je trouve ça stupide. De toute façon, si on venait à faire de l’éthanol de blé au Canada (et ça n’arrivera pas en grandes quantités), c’est pas pour rien que l’on appelle la Saskatchewan le « grenier » du Canada; la production est vraiment VRAIMENT astronomique.

    « Le hic, c’est que la surconsommation ne permet pas un renouvellement adéquat de la forêt, au Québec comme en Amazonie. Dans ce dernier territoire, on prévoit une accélération de la déforestation car on estime que 15.000 km2 de forêt seront détruites d’ici août 2008, c’est-à-dire une hausse de 34% par rapport aux 11.200 km2 détruits entre août 2006 et juillet 2007. »

    La problématique du déboisement en Amazonie est vraiment triste, et c’est dégueulasse que l’on emploie ces terres pour tenter d’y faire de l’agriculture, alors que le sol n,est pas enrichi pour cela. Ça pousse encore plus à la déforestation. Mais cela est une autre problématique qui passe par une mauvaise gestion de la forêt et une philosophie FMIste comme quoi la production du Sud doit se limiter aux ressources naturelles pour envoyer aux industries nordiques.

    « En raison de notre devise forte du moment… une chance ! La forêt peut respirer un peu… »

    En raison aussi d’une baisse de la demande en papier. Les médias se virtualisent, on fait des présentations power Point, le monde de la communication entière se fait par ordinateur. Je règle mes factures de McGill et reçoit mes reçus de Desjardins par internet.

    Les gens lisent moins de livres, s’informent par des médias alternatifs, et le papier est de moins en moins demandé. En plus, autre bon point: on tente de diminuer l’emballage, ce qui baisse la demande de carton. On recycle du papier en quantités, ce qui crée des boues chlorées qui polluent notre environnement…

    Le seul domaine où la demande n’est pas en baisse dans les pâtes et papiers, c’est le papier-cul. En gros, l’industrie des pâtes et papiers, on s’en torche de plus en plus. Que l’industrie veuille se reconvertir n’est pas surprenant; c’est à nous d’être vigilant avec notre forêt, de bien la surveiller, par une meilleure gestion. Je ne fais pas confiance au « libre-marché » pour gérer cette forêt à notre place. On a vu ce qui s’est passé avec la morue à Terre-Neuve.

    « Heu, l’hydroélectricité n’est pas considérée comme renouvelable?

    Par ailleurs, des recherches sont encours. Justement dans les médias, on évoquait que des chercheurs américains étudient la possibilité d’installer des turbines capturant le courant du gulf stream afin de créer de l’énergie électrique équivalant à 8 ou 10 centrales nucléaires !. Simple, propre et gratuit !

    De plus, la fusion nucléaire semble prometteuse pour l’avenir. Elle serait relativement sécuritaire, peu polluante et permettrait à l’humanité d’avoir une source d’énergie illimitée. Avec la montée de la demande énergétique sur la planète et l’épuisement prochaine des stocks, la fusion nucléaire par confinement magnétique risque de devenir très populaire.  »

    L’hydroélectricité est renouvelable. Mais ailleurs qu’au Québec, quelle portion de l’énergie du monde vient de l’hydroélectrique? De façon notable, seul le Québec et la Norvège utilisent cette énergie à grande échelle. La Chine va aussi faire le bassin des Trois-Gorges, pour lequel elle a délocalisé une population entière, en prévision de la création du bassin qui innonderait leurs maisons.

    Et l’énergie marémotrice… Ça va prendre au moins 20 ans avant d’atteindre 5% de la production électrique du monde. On étudie la faisabilité du Gulf Stream, mais pendant ce temps, les Norvégiens et les Brits sont déjà en train d’ériger leurs hydroliennes. Le gros problème avec ça est l’entretien… Combien ça coûte de nettoyer une pale enfouie sous l’eau, dans un puissant courant marin, à quelques lieues de la côte?

    L’Amérique est attardée au niveau des énergies renouvelables et ne fait, au mieux, que suivre dans le chemin ouvert par l’Europe. Et la marémotrice, c’est pas l’énergie du futur; cela peut être UNE des énergies du futur, par contre, comme je disais tantôt sur la nécessité de diversifier nos modes de production énergétique.

    Quant au nucléaire, avec les sommes qui y sont investies en recherche, je comprends que ce soit une énergie prisée. Si cet argent avait été écoulé en énergies renouvelables, je pense que l’on aurait tous une éolienne sur le toit de notre maison. Je suis très critique du nucléaire, car ce n’est pas une énergie renouvelable et qu’elle est très dangereuse. Mais elle est nécessaire.

    « Pourquoi alors près de 2 milliards de personnes manqueront d’eau d’ici 2025 ? La pollution s’infiltre dans la nappe phréatique (comme en France) et rien ne garantit que la quantité d’eau potable demeurera au même niveau… »

    Parce que c’est 2% de l’eau du monde et que malgré toutes les précautions du monde, dans plusieurs nappes d’eau sous-terraines, on consomme plus d’eau que celle-ci ne s’y infiltre dans le sol. La principale cause n’est pas la contamination d’aquifères d’eau potable par les industries, c’est la consommation trop élevée d’eau potable et le manque de regénération de ces eaux sous-terraines. C’est ce qui se passe dans plusieurs États aux States en ce moment, et pas mal partout ailleurs dans le monde et c’est pour ça que d’ici 2025, 2 milliards de personnes vont avoir subi un manque d’eau et que plusieurs états des USA (selon l’EPA) auront vécu une crise de manque d’eau.

    D’ailleurs, la contamination des nappes phréatiques est extrêmement difficile. C’est un exploit majeur que de contaminer des eaux sous-terraines, car les rivières vont se jetter dans des effluents plus grands, pas dans les nappes phréatiques. Les eaux sous-terraines peuvent, par contre, aller se déverser dans les rivières. S’il y a de la contamination des eaux sous-terraines, elle doit passer par la contamination des sols et là, on a un problème majeur… C’est ce qui est arrivé avec le DDT, par exemple.

  6. @Manx

    « Le solaire est plus disponible, mais il a un impact environnemental majeur au niveau des matériaux nécessaires pour former la batterie… »

    Oui, je savais, mais les bénéfices d’une énergie gratuite pourraient peut-être nous donner des alternatives face à l’entreposage des résidus nocifs.

    « D’ailleurs, la contamination des nappes phréatiques est extrêmement difficile. »

    Tu devrais aller voir ce site. Les nappes phréatiques en France sont très polluées :

    http://blog.mondediplo.net/2007-02-09-Chronique-d-un-desastre-annonce-2-comment-en-est

    Je comprends qu’il faut utiliser plusieurs sources d’énergies et non se limiter à une, mais, personnellement, je suis contre les biocarburants car ils piétinent sur la satisfaction alimentaire. Le fait est que la sous-alimentation est présente sur la planète et on devrait plutôt chercher à cultiver les terres pour assouvir la faim, non faire rouler les voitures. C’est une question de principe. Par ailleurs, plusieurs sont sceptiques face à ces carburants, non pas pour leur efficacité, mais pour leurs coûts humains (inflation des aliments, plus grande rareté…) .

    Finalement, la problématique de l’énergie sur terre est simple. Il y a deux alternatives : on réduit la consommation en modifiant notre mode de vie ; ou, on développe le nucléaire car un jour on risque de manquer de ressources énergétiques face à l’explosion de la demande en Chine ou en Inde.

  7. « Je comprends qu’il faut utiliser plusieurs sources d’énergies et non se limiter à une, mais, personnellement, je suis contre les biocarburants car ils piétinent sur la satisfaction alimentaire. Le fait est que la sous-alimentation est présente sur la planète et on devrait plutôt chercher à cultiver les terres pour assouvir la faim, non faire rouler les voitures. C’est une question de principe. Par ailleurs, plusieurs sont sceptiques face à ces carburants, non pas pour leur efficacité, mais pour leurs coûts humains (inflation des aliments, plus grande rareté…) . »

    Je suis d’accord sur la satisfaction alimentaire. Mais ce problème est extrêmement complexe. La première question à se poser est: a-t-on assez de terres agricoles? La réponse est oui… en fait, on en a trop. Elles sont assez fertiles, car on produit plus de nourriture que ce que l’on a besoin. Mais comme la richesse, le problème va dans la distribution. Le Nord est fertile, le centre désertique, le Sud a les sols appauvris par les demandes du Nord.

    Mais pour des lieux géographiques comme le Québec, la Saskatchewan, l’Italie, les États-Unis, à une petite échelle le Brésil, par exemple, on peut envisager l’alternative. Pour le Québec, c’est même payant. Plus d’éthanol = industrie forestière favorisée (tant qu’on s’assure du contrôle nous-même, et non qu’on le laisse aux coupeurs à blanc), valorisation de déchets coûteux à traiter, liquidation de surplus agricoles invendus, carburant moins coûteux et produit localement. On a le potentiel pour faire quelque chose de fort avec l’éthanol, et c’est important de l’inclure dans notre démarche sur la diversification des ressources énergétiques. Pour les autres régions, les techniques d’éthanol cellulosique qui permettrait de transformer les matières organiques en combustibles.

    Pour d’autres places, elles n’ont pas la même chance qu’ici. Mais je ne crois pas que par solidarité, on devrait ne pas utiliser l’éthanol. L’important, c’est que l’éthanol ne demeure pas LA SEULE énergie alternative que l’on veuille favoriser.

    Et comme je l’ai dit: biocarburants ne veut pas dire éthanol. Biocarburants veut aussi dire biogaz, une ressource que j’espère voir le Québec implanter, car elle est prometteuse et a déjà réussi une grande percée en Allemagne. Biocarburants veut même dire, selon certains experts, le pétrole brut et les combustibles fossiles. Qui dirait que le pétrole n’est pas un carburant biologique? Il a été formé par la décomposition progressive de matières organiques par des bactéries aérobiques. Le terme « biocarburant » est très vaste.

  8. Il faut aussi se défaire de l’idée que le pétrole est limité, puisque certains puits se renouvellent. Il faut quand même remplacer le pétrole par autre chose de moins polluant, mais vous voyez facilement la crosse monumentale d’envahir des pays pétroliers pour limiter le source pour charger des prix augmentés artificiellement. La raison de se défaire du pétrole est double, pour la pollution et se défaire des escrocs pétroliers.

    http://www.diatala.org/article-12938617-6.html
    http://freeenergynews.com/Directory/Theory/SustainableOil/

  9. @Manx

    Je viens de lire que le prix du blé avait triplé depuis 2006. Le maîs et le soya ont aussi explosé (L’Actualité avril 2008)!

    Les producteurs de biocarburants en seraient en partie responsables…

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