Le privé dans la police : un dangereux précédent

On apprenait mardi dernier que des discussions étaient encours entre l’Association des banquiers du Canada et le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) afin de créer une escouade d’enquête spéciale sur les fraudes bancaires qui serait entièrement financée par les institutions financières. 

En toile de fond, il y a l’augmentation des fréquences de clonage de cartes de débit dont les opérations frauduleuses auraient presque triplées depuis 2003.  En fait, en 2007, cela aurait coûté 107 millions de dollars aux banques.

Si une telle entente est conclue, ce serait la première fois au Québec que des entreprises privées subventionneraient des forces d’ordre public.  Pour l’instant, ce financement s’arrêterait au domaine financier, mais cela n’ouvrirait-il pas la porte à d’autres contributions financières du privé dans l’exercice du maintient de la loi des services de police ?

On pourrait imaginer, dans l’avenir, que n’importe quelle compagnie de n’importe quel secteur d’activité finance la police locale afin de protéger ses intérêts.

L’indépendance et l’intégrité de la police ne seraient-elles pas mises en péril avec de telles manœuvres ?  Un service de police n’aurait-il pas tendance à ignorer un crime commis par une compagnie ou par l’un de ses employés si une inculpation se traduisait par une coupure subséquente de l’aide financière privé provenant de cette entreprise?  Par exemple, une compagnie dont un salarié est arrêté pour fraude dans le sein de l’organisation nuirait à son image et elle essaierait probablement de cacher l’incident à tout prix.

Allons plus loin.  Ne serait-ce que la première étape de l’instauration de milices privées dont chaque grande entreprise se munirait afin de lutter contre la criminalité qui l’assaille avec tous les problèmes éthiques que cela comporte?    

Devant les crises budgétaires qui touchent la plupart des gouvernements occidentaux, cette alternative peut s’avérer alléchante pour les États face à la criminalité croissante.

La police est un service public et se doit de demeurer ainsi.  Le privé est subordonné à l’État de droit et il ne peut s’ingérer, financièrement ou autrement, dans l’action policière au risque de la corrompre et de la vendre aux intérêts particuliers.

Les compagnies désirent plus de protection policière afin de préserver leurs bénéfices ?  Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents qui seront destinés à cette fin sans ingérence ou pression monétaire de leur part comme on pourrait le connaître si cet accord est adopté.

18 réflexions sur “Le privé dans la police : un dangereux précédent

  1. Excellent article Jimmy. Très bon portrait de la situation et vision juste des problèmes qui pourraient surgir de cette décision. Il est certain que les banques et émetteurs de cartes de crédit sont au prise avec un grave problème de fraude. Ce que l’histoire ne dit pas c’est qu’avec l’arrivée des cartes à puces (standard EMV), la responsabilité des échanges de paiement électroniques sera transférée vers les marchands. C’est donc une initiative temporaire car les institutions bancaires ainsi que les émetteurs se libèreront (partiellement) de ces charges dans 2 ou 3 ans. D’une manière ou d’une autre, ce sont les clients qui paient les frais associés aux vols.

    Les instituions bancaires devraient donc focuser leurs énergies à la mise en marché des cartes à puce le plus rapidement possible, ce qui enrayera pratiquement toute forme de fraude.

  2. J’ai déjà lu un article du Monde Diplomatique qui soulignait fort justement que les « milices privées » existaient déjà sous une certaine forme avec les services de sécurité privés engagés par toutes sortes d’entreprises. Le plus souvent, celles-ci servent à surveiller les clients et le personnel dans l’optique de protéger les intérêts de la compagnie. Le problème, le plus souvent, c’est que cela brise le lien de confiance et que ces gardes de sécurité tout comme le public finissent par les prendre pour de véritables membres des forces de l’ordre, alos qu’ils n’ent ont pas le mandat. Ce phénomène peut mener à plusieurs distorsions de la réalité et devrait faire l’objet d’études sérieuses.

  3. Arnold S.

    « Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents »
    __________

    Non, justement. Il faut éviter. La Bête est totalement hors contrôle.

    Payer plus d’impôts reviendrait à nourrir la Bête, et c’est tout à fait le contraire qu’il faut faire, du moins tant et aussi longtemps que nos politiciens et notre oligarchie mandarinale de la Grande-Allée n’auront pas la volonté de contrôler RÉELLEMENT les finances publiques.

    Il y a déjà beaucoup trop d’argent dans le système, qu’ils commencent donc par apprendre à bien dépenser ce qu’ils ont.

    Il faut affamer la Bête, c’est la seule stratégie viable, pour l’instant. En donner encore plus est tout simplement suicidaire. Penser que nous pourrons contrôler cette Bête est un leurre total.

    La dette publique est maintenant rendue à 45% du PIB. C’est pour votre info…

    Et pour votre info, cette dettte et cette incurie administrative mettent la corde au cou de ces « pauvres » que vous voulez tant aider.

    rigueur financière….responsabilité financière….

    Et bonne journée à tous! 😉

  4. Très bonne analyse et anticipation.

    Cette nouvelle ne m’avait pas vraiment fait tiquer sur le coup, mais oui, en y regardant de plus près, on peut considérer cela comme un précédent qui doit être pris au sérieux.

    ArnoldS (désolé Jimmy, je ne veux pas trop faire bifurquer le sujet…),

    « La dette publique est maintenant rendue à 45% du PIB. »

    de mon côté, j’ai cessé d’avoir peur de la dette, car elle est seulement la rançon de notre système capitaliste, et ce, sans faire un mauvais jeu de mots. Nous devons collectivement de l’argent à des individus qui font déjà des profits comme ce n’est pas permis (qui n’a pas, à par toi, sacré contre les banques?). Modifions ce système pour qu’il soit à la mesure des humains, des animaux et des plantes qui le compose et les dettes disparaîtront comme par magie…

  5. Arnold S.

    Renart écrit: « …et les dettes disparaîtront comme par magie…« 
    ________________

    La pensée magique n’a jamais rien réglé…

    ________________
    « Nous devons collectivement de l’argent à des individus qui font déjà des profits comme ce n’est pas permis…(qui n’a pas, à par toi, sacré contre les banques?) »

    ?? Alloo?

    Ça fait un bon petit bout de temps que tu n’as pas révisé tes cours d’économie, hein?

  6. sylvainguillemette

    « ArnoldS (désolé Jimmy, je ne veux pas trop faire bifurquer le sujet…),

    “La dette publique est maintenant rendue à 45% du PIB.”

    de mo… »

    Entièrement d’accord, tout ça n’est que fictif, pour nous en tout cas!

    Ensuite, non, ce n’est pas la première fois que l’on en parle Jimmy, malheureusement. Ne te rappelles-tu pas que la police de Montréal voulait offrir ses services comme agence privée, en dehors de son travail?

    Et oui! Triste réalité! Ils ont déjà envisagé vendre leurs services au privé, comme agent de protection entre autre, etc. Ils avaient même afficher une échelle de prix approximatif, seulement, je ne trouve lus le lien.

    Je vais aller chercher un peu…

    (Au fait, pour ce que j’en pense, c’est répugnant! Encore des efforts gaspillées aux mauvais endroits alors que des gens vivent dans la pauvreté. Le Ô Capital avant tout, n’est-ce pas?) 😛

  7. Davidg

    Jimmy, ne confonds pas « police privée », PPP, et « monopole privé de la police ».

    Le problème avec la mesure que tu dénonces, c’est qu’il s’agit d’un monopole privé ou plus précisément d’un PPP qui est encore pire que la mafia policière actuelle. Dans, ce contexte, tu as tout à fait raison.

    Par contre, si divers corps de police étaient en concurrence dans la mesure où ils seraient rétribués monétairement seulement s’ils attrapaient des vrais criminels, ils seraient beaucoup plus efficaces qu’actuellement, ils ne pourraient pas faire de la brutalité policière (puisque d’autres corps policiers vont les arrêter), et ils ne perdreraient pas leur temps à faire de la répression des crimes imaginaires sans victime.

  8. Davidg

    En ce qui concerne la dette, il ne faut surtout pas faire exprès pour surtaxer les CONtribuables afin de la rembourser comme le fait si bien le fédéral depuis un bon bout de temps.

    Par contre, il faut mieux gérer les finances publiques pour que la dette cesse d’augmenter, quitte à rembourser très lentement avec des petits surplus. L’inflation s’occupera du reste.

  9. Davidg

    « Les compagnies désirent plus de protection policière afin de préserver leurs bénéfices ? Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents qui seront destinés à cette fin sans ingérence ou pression monétaire de leur part comme on pourrait le connaître si cet accord est adopté. »

    Je suis d’accord avec le point soulevé par Arnold S concernant la Bête étatique. Par contre, si les corporations veulent plus de protection et de sécurité, qu’elles se le paient eux-mêmes! Il y a déjà beaucoup de police comme ça.

    Ce n’est pas en saccageant les programmes sociaux pour détourner l’argent des CONtribuables dans la répression policière, dans les dépenses militaires et dans la répression des libertés civiles qu’on va réussir à réduire la taille de l’État.

    Tant qu’à sombrer dans la drouate étatiste, j’aime mieux qu’on soit encore plus socialiste.

  10. @David: nos voisins du sud ont tenté l’expérience des services de sécurité privés, entres autres en Irak. T’as vu le dégât qu’ils font ces imbéciles? La privatisation à outrance donne parfois des résultats dangereux. La comparaison est exagérée, j’en conviens. Mais, en tant que citoyens de la majorité silencieuse, il faut se méfier de ces initiatives.

  11. Wow! Je ne m’attendais pas à cette pluie de commentaires!

    Merci à tous!

    @Lutopium

    Merci de cet ajout. L’instauration de cartes à puces cache sûrement une volonté de transférer les coûts des fraudes aux commerçants. On déplace les frais et le problème, voilà tout.

    @ Arnold S.

    Qualifier l’État comme étant une bête? Bien là, je débarque. On dirait une expression tirée de la Bible!

    Selon moi, les véritables « bêtes » sont les grandes corporations qui multiplient par milliards les profits sans retourner quoi que ce soit dans le social ou en environnement tandis que les États croulent sous les dettes. C’est très anachronique. On dit qu’on a plus d’argent? C’est normal! Les multinationales siphonnent tout ce qu’elles peuvent!

    @ Sylvain

    « Entièrement d’accord, tout ça n’est que fictif, pour nous en tout cas! »

    J’abonde dans le même sens. La grande majorité de la monnaie n’est pas matérielle, mais virtuelle, et se comptabilise dans de grands livres comptables. C’est une illusion qui domine l’Homme, voilà tout.

    @David G.

    Tes commentaires me consternent toujours. Tu es ambivalent et tu vires parfois à 180 degrés dans le même temps.

    J’aime mieux ne pas commenter.

  12. Davidg

    Il y a déjà beaucoup TROP de police comme ça.

    La différence mon cher lutopium, c’est que les autorités américaines n’avaient pas le droit d’agresser l’Irak et qu’ils ont donné le mandat à ces « corporate bums » de commettre des crimes en territoire irakien. De plus, il s’agit de contrats de style PPP où les risques sont étatiques et les profits sont privés. Ce n’est pas du tout le même contexte!

  13. internationaliste

    Les droitistes libertariens s’opposent uniquement à l’État au niveau de l’intervention sociale, mais ils sont pour le renforcement continu des fonctions répressives comme la police. Si une révolte populaire massive éclatait ils seraient les premiers à défendre l’État.

  14. D’accord avec toi là-dessus David. Le plus gros problème pour les banques c’est la « dé-responsabilisation » des marchands et des clients. La carte à puce en règlera une partie. La fraude quant à elle existera toujours… Même « légale »!

  15. Arnold S.

    INTERNATIONALISTE: « Les droitistes libertariens s’opposent uniquement à l’État au niveau de l’intervention sociale, mais ils sont pour le renforcement continu des fonctions répressives comme la police. »
    _________________________

    Ben non…

    Tu comprends bien ce qui fait ton affaire dans le libertarianisme ou tu ne comprends rien au libertarianisme.

    Certains nationalo-socialistes ont,à l’évidence, une fâcheuse tendance à caricaturer-crétiniser-simplifier-fausser les théories politiques qui sont contraires à leur Grand Plan.

    Tu confonds libertariens et néo-conservateurs. Ce n’est pas du tout la même gang. Fais attention à tes discours, un peu de rigueur svp.

    Les véritables libertariens sont contre toute forme d’organisation étatique point. Par définition, ils sont opposés à l’état. Un des grands principes libertariens est la non-agression. La propriété de soi-même est un autre axiome fondamental d’une société libertarienne.

    Dans un monde libertarien, tu aurais le droit de fumer, de faire du vélo sans casque, de conduire ta voiture sans être attaché et de faire l’amour sans capote. Est-ce que tu aurais le droit de te promener nu à 2 heures du matin et d’avoir deux femmes, hhuuummm….ça je ne sais pas…

    Les libertariens sont, par essence, des gens très pacifiques. Ron Paul est violemment contre l’intervention irakienne, par exemple.

    Les plus mous d’entre eux vont accepter un état minimaliste, mais pas plus.

    Le libertarianisme est le système de l’avenir. Il est le seul système socio-économique qui pourra résoudre les défis d’une population nomade, cosmopolitaine et vivant dans des sociétés en réseau. Les classes prolétaires ne sont pas promises à un très grand avenir dans nos société occidentales…

    Mais…influence britannique oblige… je suis un bon vieil empiriste et, en attendant, le bon vieux libéralisme classique reste encore le seul système qui fonctionne raisonnablement….tant bien que mal.

  16. @ Arnold S.
    « Le libertarianisme est le système de l’avenir. Il est le seul système socio-économique qui pourra résoudre les défis d’une population nomade, cosmopolitaine et vivant dans des sociétés en réseau. Les classes prolétaires ne sont pas promises à un très grand avenir dans nos société occidentales »

    Oh là là ! J’aimerais bien que tu élabores sur les bienfaits du libertarianisme en tant qu’idéologie résolvant tous les problèmes de l’humanité.

    Je ne te savais pas un libertaire de droite. Je suis un libertaire de gauche, selon certains, mais je comprends que parfois les droits collectifs l’emportent sur les droits individuels.

    À moins que je me trompe, les problématiques sont de plus en plus sociales (pauvreté, exclusion, détérioration de l’environnement) et ce n’est sûrement pas en prônant la liberté individuelle totale que nous pourrons résoudre l’ensemble de ces problèmes.

    Notre époque demande une action concertée. L’individualisme n’a pas de place en ce contexte.

  17. internationaliste

    Cher Arnold désolé de te contredire mais il y a des libertariens comme le cinglé à David Gagnon qui se réclament aussi du néoconservatisme. Tu devrais t’adresser à eux pour remettre les pendules à l’heure.

    Je ne suis pas nationalo-socialiste, un peu de rigueur svp.

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