Une médecine à double tranchant

Cet article a paru le 29 juin 2005 dans le journal “Le Devoir”.

Les médecins pourraient, comme certains l’ont suggéré, être obligés de respecter un certain nombre d’heures de pratique ou de rendez-vous au réseau public avant d’aller soigner des patients dans un système privé. Le service public s’en trouverait alors allégé. Les partisans de cette option ont peut-être partiellement raison. Mais ils devraient pousser un peu plus loin leur réflexion: qu’en est-il des infirmières, des techniciens en réadaptation ou en anesthésie, des préposés aux bénéficiaires ou même du personnel de soutien?

La croyance populaire veut que seuls les médecins soient la pièce maîtresse de la santé. Mais il n’en est rien. On peut leur imposer un quota, mais en serait-il de même pour les autres professionnels de la santé? Je crois que non. Rien ne retient l’infirmière ou le technicien de quitter le système public pour un système privé plus rémunérateur. Sous cet angle, l’affirmation selon laquelle la médecine privée ne drainera pas de main-d’oeuvre du secteur public, en manque chronique de personnel, semble incertaine.

De plus, les salariés de plus bas niveau, comme les préposés aux bénéficiaires, qui, disons-le, n’ont pas la vie facile dans les services de santé, risqueraient de voir leur salaire diminuer dans le privé, comme c’est le cas aujourd’hui dans les centres d’accueil semi-privés. Ce qui revient à dire que les hausses de revenu des infirmières, des techniciens et des médecins dans un réseau privé se feraient sur le dos du personnel auxiliaire et de soutien.

Enfin, les rémunérations plus élevées des infirmières et des techniciens dans un cadre privé mettront de la pression sur le réseau public pour qu’il augmente les revenus des mêmes catégories de personnel. Ainsi, la crise financière du secteur public s’aggravera.

La médecine à deux vitesses incarne une lame à double tranchant: d’un côté, elle permettra, souhaitons-le, une rapidité de service dans les listes du système public tout en améliorant les conditions de travail de certains professionnels au privé; de l’autre, les professionnels, à l’exception des médecins, risquent de migrer vers le réseau privé, aucune mesure de rétention n’étant prévue à ce jour, et les travailleurs moins spécialisés écoperont d’une baisse des conditions de travail tandis que les meilleures salaires des travailleurs spécialisés au privé auront tendance à faire augmenter les coûts de ces classes d’employés dans le réseau public.

8 réflexions sur “Une médecine à double tranchant

  1. internationaliste

    Très bon article Jimmy.

    C’est pourquoi il faut se battre dès maintenant, comme le fait la Coalition Solidarité-Santé, contre la privatisation et aussi pour une amélioration drastique du système de santé actuel.

  2. Jimmy St-Gelais

    Merci internationaliste.

    Un système de santé à deux vitesses ne nuit pas seulement aux usagés, mais à plusieurs travailleurs de la santé.

    Je voulais démontrer cela par ce billet.

  3. internationaliste

    Et ta démonstration est très brillante. Les travailleurs de la santé vont bien sûr écoper si le système à deux vitesses est instauré officiellement, car il existe déjà officieusement.

  4. internationaliste

    Je pense qu’il y a des leçons à tirer du système de santé cubain. Je ne veux pas dire qu’il est parfait et je suis conscient des problèmes que connait ce pays. Mais je crois que dans le domaine de la santé il y a de grandes réalisations et des acquis sociaux importants.

  5. Jimmy St-Gelais

    Le problème avec le système de santé cubain n’est pas l’accessibilité, mais le manque d’équipements à ce que j’ai cru comprendre. Mais c’est très normal avec le blocus américain.

  6. internationaliste

    Je crois que tu as bien cerné le problème. Mais si on compare Cuba avec le reste de l’Amérique Latine c’est beaucoup mieux. Ce qui ne veut dire que l’on doit idéaliser le système cubain, mais il faut être conscient des grandes réalisations que ce petit pays a fait malgré toutes les difficultés.

  7. sylvainguillemette

    À titre d’exemple, Cuba a des médecins qui travaillent pour mettre sur pied, au Vénézuéla, une santé universelle. Ils y sont plus de 30 000 à travailler pour des bouts de sandwichs, dans les barios (bidon-ville).

    Il y a quelques milliers de médecijns répartis sur la Bolivie, et quelques autres endroits, dont le Pérou je crois, où les médecins cubains ont battu des reccords de traitements (nombre), pour le nombre qu’ils sont eux.

    Quant il y eut Katryna en Nouvelle-Orléan, Cuba a offert à Washington plus de 1500 médecins généralistes, Washington a dit non.

    Et il faut savoir que toutes ces bonnes actions sont faites gratuitement, un simple sourire en retour, leur suffit.

    Je crois que même sans les dernières technologies de pointes, que pourraient bloquer les impérialistes états-uniens, les cubains ont su trouver des façon de bien traiter les humains et ce, plus équitablement que partout ailleurs dans le monde. il ne faut pas oublier que plusieurs prolétaires états-uniens se font traiter gratuitement par Cuba, qui n’affiche aucune rancune envers les victimes états-uniennes, des politiques impérialistes bourgeoises états-uniennes.

    Rumbo al socialismo

  8. sylvainguillemette

    Saviez-vous que les cubains possèdent ont la même longévité que nous, les canayens? Ils ont 1 an ou 2 de moins, je crois…

    Quant au taux de survie infantile, il est exactement le même qu’ici, ils sont troisième avec le Canada, dans le monde.

    Ce qui est vraiment important, c’est de mettre en parenthèse qu,ils sont sous embargo, et un pays du tiers monde, l’un des plus pauvres et malgré cela, le socialisme trouve son chemin.

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