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Depuis maintenant trois ans, Alexandre Forest, doctorant en océanographie, brave le froid du Grand Nord. Il étudie la grande inspiration que prend l’océan Arctique tous les printemps, ce qui aide à éliminer naturellement une partie du CO2 présent dans l’atmosphère.

À l’aide de lignes de mouillage munies de pièges à particules, le jeune chercheur récupère certains éléments de la pluie océanique, composée notamment d’algues et de déchets organiques.

Ces algues et ces déchets contiennent du carbone. Après la débâcle printanière se produit une floraison d’algues de glace nourries par le soleil. Ces algues captent du CO2. Elles peuvent d’abord retourner dans la chaîne alimentaire, mangées par les minuscules êtres qui composent le zooplancton qui, lui, est consommé à son tour par la morue arctique dont les phoques se régalent… avant de finir dans l’estomac des ours. Ou alors les algues et les déchets porteurs de carbone peuvent tomber vers les profondeurs de l’océan où ils demeurent captifs.

«Si les humains arrêtaient complètement de produire du CO2, l’océan Arctique à lui seul arriverait à rétablir, sur une période de 100 à 200 ans, la concentration normale dans l’atmosphère», affirme Alexandre Forest. Il souligne aussi que la quantité de CO2 contenu dans l’atmosphère terrestre n’a jamais été aussi élevée en 650 000 ans. Alors que cette concentration a toujours varié entre 180 et 300 particules par million (ppm), elle se chiffrait l’an dernier à près de 379 ppm.

Fluctuations annuelles

Au cours des trois années où il s’est retrouvé périodiquement à bord du brise-glace de recherche Amundsen, Alexandre a noté des variations importantes dans la quantité de particules qui se retrouvent dans l’océan. Il attribue surtout cette fluctuation à la période où se produit la débâcle. Si elle est hâtive, comme en 2005, la croissance du phytoplancton est stimulée par la plus longue exposition au soleil et les autres espèces de la chaîne alimentaire sont favorisées. La mer absorbe alors une moins grande quantité de CO2.

L’année suivante, la débâcle plus tardive a engendré l’effet inverse. Une plus importante quantité de CO2 s’est déposée sur le plancher océanique, mais les organismes vivants ont été défavorisés par une moins grande disponibilité de nourriture.

Dans la perspective des changements climatiques causés par une trop grande concentration de CO2 dans l’atmosphère, on comprend qu’un hiver plus froid favorisera la diminution du CO2. «Or, il faut un juste équilibre entre la rétention de CO2 dans l’océan et une production importante de phytoplancton, qui est à la base de la chaîne alimentaire fragile de l’Arctique», explique l’étudiant.

Équilibrer politique et science

Le juste équilibre est d’ailleurs l’angle par lequel Alexandre Forest aborde la question des actions à prendre pour contrer le réchauffement de la planète. «Il ne faut pas retourner en arrière et oublier toute notre technologie au nom de l’environnement, ni ignorer la situation et poursuivre l’exploitation des ressources au même rythme», explique-t-il. Pour l’océanologue, il faut agir en investissant énergie et temps dans le développement durable, mais surtout être proactif, savoir se servir des effets négatifs du réchauffement climatique. Ainsi, on arrive à trouver des idées nouvelles qui arriveront véritablement à changer les choses.

L’avenir de notre planète bleue repose sans doute dans les mains de la communauté scientifique, en harmonie avec celles des dirigeants politiques. «L’Homme est responsable du réchauffement climatique, c’est sans équivoque», pense Alexandre. Selon lui, l’humain doit maintenant appliquer des solutions concrètes efficaces en tenant compte des percées scientifiques dans des domaines tels que la climatologie, la géologie et l’océanographie. En ce qui a trait à la sensibilisation, l’étudiant-chercheur rappelle qu’il ne tient pas à faire de la conscientisation environnementale une mission évangélisatrice, mais entend plutôt prêcher par l’exemple.

par Marie-Pier Désilets

Texte publié dans Impact Campus, Le journal des étudiants et des étudiantes de l’Université Laval