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La présentation de la « gauche efficace » de Jean-François Lisée parue dans la revue l’Actualité du mois de novembre n’a rien d’un exercice théorique valable et pertinent. Son manque de profondeur et ses raccourcis intellectuels un peu trop faciles discréditent simplement l’ensemble du texte. Il y a quelques idées intéressantes, mais on croirait que son auteur l’a rédigé au coin d’une table dans un restaurant à l’heure du dîner.

La nouvelle gauche, selon sa définition, se doit d’être efficace, et on voit dans quel sens elle le ferait : les cafétérias, les services de soutien et de buanderie dans les institutions publiques seront soumis à une période de cinq ans de probation en une sorte d’ « entité autonome », un vague concept mélangeant bonis de productivité aux employés et autogestion à l’interne par les cadres en consultation avec le personnel. En somme, on veut simplement les réduire à un niveau d’entreprise indépendante. De plus, si ces services ne sont pas assez compétitifs en ces cinq années, on enclenche le processus de privatisation! Mais une question se pose: si le but de ces services auxiliaires devenait la rentabilité, n’auront-ils pas tendance à couper les coins ronds sur la salubrité, le service à la clientèle ou la qualité des aliments?

Monsieur Lisée parle aussi d’une « prime à l’emploi » qui est un crédit d’impôt pour les bas salariés qui inciterait les prestataires de l’aide sociale à travailler. Cependant, cette suggestion est totalement farfelue : les bas salariés ne paient pratiquement pas d’impôts! Seulement un salaire minimum rehaussé pourrait attirer plus de gens au travail.

Et il continue avec son nouveau système d’aide sociale : si un prestataire apte au travail refuse d’occuper un emploi d’utilité publique ou n’a pas de bonnes notes à l’école, on coupe son chèque à 100%! Sans vouloir sombrer dans la démagogie, il semble que ces mesures proposées ressemblent étrangement à celles imposées dans certains états conservateurs américains. Un peu plus loin, il affirme, sur le même sujet, « le but de l’opération n’est pas de jeter des gens à la rue »! Bref, il y a ici une véritable contradiction dans les propos.

Dans le dossier énergétique, monsieur Lisée engendre une brèche inquiétante en proposant de vendre 25% de l’entreprise publique Hydro-Québec à des intérêts privés et il espère, parallèlement, réduire les impôts et augmenter les coûts de l’électricité afin de stimuler la croissance économique. C’est encore une incohérence : le fait de transférer la taxation ou l’impôt du citoyen d’une de ses poches à une autre ne change absolument rien aux revenus nets des individus. Un tour de passe-passe cherchant à faire avaler la privatisation du fleuron énergétique québécois.

En éducation, les inepties ne sont pas absentes. On propose de faire signer un contrat citoyen aux étudiants les contraignant à travailler au Québec afin de profiter de frais d’études moins élevés. Une telle entente signée ne vaudrait pas grand-chose devant la Charte des droits et libertés.

Par ailleurs, sa solution miracle à la pauvreté est l’alphabétisation. Mais la corrélation n’est pas toujours effective. On peut savoir lire, écrire et avoir un maigre salaire. Il n’y a pas nécessairement résultat de cause à effet. De plus, l’élévation du niveau de vie ne passe pas uniquement par l’alphabétisation.

Finalement, la pièce maîtresse de sa réforme est de transformer les services de l’État en « sections autonomes» en leur inculquant des valeurs compétitives par une obligation de rentabilité sous la menace de la privatisation. Une opération qui ne garantie pas qu’une diminution des services n’aura pas lieu.

Appeler cela la gauche est une aberration. On trouve des solutions simples à tout et on contourne les vrais problèmes en cédant le pas à la logique mercantile du libre marché. Cette gauche à la sauce Lisée oublie les convictions de solidarité et de justice sociale qui sont les piliers idéologiques de ce mouvement politique.

Ce n’est pas une vision progressiste, mais un amalgame d’idées de centre-droit inspirées du manifeste des lucides, qui doivent sûrement plaire au chef de l’Action Démocratique du Québec. Les suggestions de monsieur Lisée de baisser les impôts et de privatiser certains secteurs de l’État sont en plein ce que les partisans de la droite demandent depuis des années!

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