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Richard Desjardins nous avait prévenu dans son film l’Erreur Boréale. La forêt est mal au point au Québec. Des décennies de négligence et de planification bâclée nous ont amené à la situation que nous connaissons présentement. Le dépérissement de la matière ligneuse a désormais atteint un stade de non retour. C’est ce qu’affirme l’économiste Jean-Thomas Bernard, ancien membre de la commission Coulombe sur la gestion de la forêt publique québécoise.

La surtaxe américaine sur l’exportation du bois d’œuvre n’était qu’une prémisse d’une crise qui ira en s’amplifiant avec les années. Maintenant, on annonce clairement que les coupes de qualité se font de plus en plus rares, particulièrement pour les feuillus, et le forestier en chef impose dès lors une réduction de l’exploitation pouvant atteindre 33% dans certaines régions pour les prochaines cinq années.

En conséquence, la compagnie Commonwealth Plywood va éliminer 2400 emplois et fermer 18 usines en évoquant le manque de ressources nécessaires à sa production. En terme clair, elle manque de bois! De même que l’entreprise Tembec qui continue sa rationalisation dans tout le pays. On peut aussi citer la hausse du dollar ou une baisse de la demande comme motifs, mais il est indéniable que la ressource est en baisse de disponibilité.

La responsabilité de cet état de fait incombe naturellement en partie aux compagnies forestières qui ont surexploité les forêts sans vergogne en dépassant les quotas imposés par le gouvernement. À cet effet, Commonwealth Plywood a été la championne des transgressions des normes d’exploitation en foresterie en récoltant trois fois plus de bois que lui permettait la loi. En tout, 78 infractions sur 10 ans ont été signalées. Pour la punir, la Cour Pénale du Québec lui a imposé des amendes d’un total d’un ridicule 204 000$, une somme insignifiante pour une industrie que génère des millions de dollars par année.

Mais le véritable tort revient au ministère de l’environnement qui couche depuis toujours avec les compagnies forestières. Le Québec a laissé l’une de ses ressources les plus importantes être dilapidée par des gens que seul le profit intéressent au détriment du développement durable. On a sacrifié les forêts contre une croissance économique immédiate et instantanée au lieu de prévoir à plus long terme la survie de l’or vert dans la province. La forêt québécoise à été servie aux entreprises comme un buffet à volonté et la négligence de l’État, en l’absence de pénalités sévères envers les violations des quotas de coupe, hypothèque maintenant l’avenir de cette ressource ainsi que l’héritage des générations futures.