On parle depuis quelques années de la modification du mode d’élection au Québec. On désire instaurer un peu d’éléments de scrutin proportionnel afin d’équilibrer la répartition de la députation en rapport aux votes exprimées dans le corps électoral. Pendant que l’Ontario entreprend cette année un référendum afin de mettre en place ce système mixte entre scrutins majoritaire et proportionnel, le Québec en est encore au stade du débat qui semble ne mener nulle part.

Une telle réforme est souhaitable afin de perfectionner la démocratie, comme l’ont déjà fait plusieurs pays européens. Mais, il faudrait pousser un peu plus loin la logique de refonte du processus démocratique.

La démocratie ne relève pas seulement du mode de scrutin. Il faut aussi permettre à tous les membres de la communauté de pouvoir, un jour, occuper un poste au niveau législatif ou exécutif. En somme, les principaux obstacles d’une véritable culture démocratique sont les contraintes économiques et le statut social. Depuis le début du parlementarisme moderne, les députés ou les ministres élus ont presque toujours été des membres de professions libérales (avocats, notaires..) ou des finissants d’écoles de gestion, d’études économiques, comme si le simple citoyen ne pouvait comprendre les problématiques politiques ou l’administration saine de son propre pays. Dans la Grèce antique, l’élection des magistrats était confirmée par tirage au sort, permettant à tous de participer activement un jour aux affaires de l’état. La richesse, les relations ou la notoriété ne jouaient pas dans la nomination des officiels gouvernementaux.

À l’époque contemporaine, le pouvoir politique semble être réservé à une certaine élite tandis que le citoyen ordinaire ne fait que soumettre ses intentions et ses préférences dans le choix de ses représentants par son droit de vote. C’est en cela qu’il faut remédier les lacunes démocratiques. Sans établir une désignation au hasard du corps politique législatif ou exécutif, qui serait un peu incohérent à notre époque en raison de la population élevée, il est possible de favoriser l’intégration d’une plus grande partie de l’ensemble des citoyens dans la prise des décisions.

En ce sens, dans le contexte québécois, il faudrait procéder à un changement majeur dans la loi électorale. Il est nécessaire de faciliter l’accession, de toute personne qui le désire, à un poste de député ou possiblement de ministre. Le petit travailleur qui se lance en politique n’a aucune garantie de conserver son emploi en cas de défaite. Bien sûr, la loi électorale oblige les employeurs à reprendre l’employé qui se présente comme candidat après une défaite en campagne électorale. Mais après une victoire éventuelle aux élections, et une défaite lors de la campagne subséquente, rien ne contraint l’employeur de réembaucher son ancien employé après son mandat de 4 ou 5 ans, ce qui décourage plus d’un citoyen à se proposer comme candidat. Qui voudrait mettre en péril sa situation financière ou le bien être de sa famille dans une telle aventure? Les professionnels peuvent se le permettre, car leurs expériences en politique peuvent constituer une plus-value dans une future recherche d’emploi ou pour les firmes qui les ont engagé avant les élections. Les réseaux de contacts que leurs anciens employés ont développé durant ces années en politique sont inestimables pour ces entreprises. Cependant, la situation est différente pour le salarié de bureau ou de manufacture qui ne retire rien de cette entrée dans l’arène politique. Ce dernier risque tout bonnement de perdre son ancien emploi, son ancienneté et ses avantages sociaux et de devoir tout recommencer à zéro. Cela peut expliquer la faible présence des « gens ordinaires » dans le parlement.

De plus, l’État devrait subventionner les campagnes des candidats éventuels selon leurs revenus. Par exemple, un candidat gagnant 30 000$ par année dans le monde du travail obtiendrait une aide financière supérieure qu’un autre candidat ayant un revenu de 70 000$. Cette contribution financière motiverait plusieurs travailleurs intéressés à faire le saut en politique et inciterait les partis à promouvoir des candidats de statuts sociaux plus humbles lors des élections. Il s’agirait ici d’une mesure progressiste afin de permettre l’accès à tous au pouvoir politique.

La démocratie ne se limite pas à la mécanique des élections, mais aussi à la possibilité concrète de tous et chacun d’y participer activement.

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