Ce texte a aussi été publié dans le journal Le Devoir.

L’ADQ met maintenant à l’avant l’aspect « autonomiste » de son programme. Dans l’éventualité d’un prochain gouvernement dirigé par Mario Dumont, on promet de rouvrir la constitution afin de limiter le pouvoir de dépenser du fédéral et de permettre une marge de manoeuvre politique plus grande au Québec.

Tous les gouvernements du Québec depuis Duplessis ont pratiqué « l’autonomisme », d’une façon plus ou moins radicale selon le parti au pouvoir, le Parti Québécois l’ayant mis en oeuvre dans une optique plus globale, c’est-à-dire en proposant la souveraineté du Québec. Ici l’ADQ ne fait que suivre ici le même modèle de politique nationale, mais avec beaucoup plus de modération.

Il y aussi le contexte actuel que monsieur Dumont ne semble pas prendre en considération. Avec le Parti Québécois et sa plate-forme électorale mis en échec lors des dernières élections, comment les autres provinces pourraient-elles prendre au sérieux les tentatives de réforme constitutionnelle de l’ADQ à l’avantage du Québec? L’exercice sera pénible, simplement en raison de la complexité de la constitution canadienne, des intérêts divergents et du nombre d’acteurs présent à la table de négociation. Les conservateurs fédéraux de Mulroney avaient tenté le coup à partir de 1984, mais avaient échoué.

Par ailleurs, monsieur Harper et ses « nouveaux conservateurs », ne l’oublions pas, sont appuyés par l’Ouest canadien qui est foncièrement anti-Québec et voit d’un mauvais oeil toute volonté émancipatrice des québécois. En 1988, le Manitoba, une province de l’ouest, avait contribué à faire échoué l’accord du Lac Meech. Malgré ses beaux discours, le premier ministre canadien y pensera à deux fois avant de s’engager dans une réouverture de la constitution, simplement à la demande d’une seule province, le Québec.

Finalement, l’ADQ fait de la courbette constitutionnelle. En occultant la menace souverainiste du paysage politique québécois, Mario Dumont croit pouvoir convaincre les autres provinces en misant sur leur simple bonne foi et leur ouverture. Mais il risque de déchanter. La pensée magique ne fonctionne pas en politique. Même son mentor, Robert Bourassa, avait envisagé la souveraineté après l’échec du Lac Meech. Connaîtra-t-il le même cheminement?

Publicités