Un nouvel effet domino

La victoire de l’économiste de gauche et ami de Hugo Chavez, Rafael Correa, à l’élection présidentielle en Équateur confirme une tendance qui ne se dément pas en Amérique Latine. Tout comme le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine, le Chili, le Nicaragua et le Brésil dans une moindre mesure, ce pays joint la vague anti-néolibérale qui déferle au sud de la frontière des États-Unis.

Après l’application de désastreuses mesures économiques d’ajustements structurels et de déréglementations aux cours des dernières décennies, dictées par le FMI, l’état déplorable de l’économie suscita le mécontentement généralisé. Malgré que l’extraction du pétrole soit sa deuxième industrie en importance, l’Équateur a comptabilisé une énorme dette extérieure de 14 milliards depuis le début de la décennie. En 2000, on avait gelé les comptes des épargnants afin d’éviter la faillite financière du pays. Cela avait mené à la démission du chef de l’État de l’époque, le président Jamil Mahuad, dans la cohue la plus complète. Le peuple, exaspéré, a désiré un retour du balancier avec l’élection du nouveau président. Maintenant, on tourne le dos aux politiques néolibérales et à l’influence américaine si néfastes au bien-être des habitants.

Cela rappelle la théorie de l’effet domino énoncée pas Stephan Richter dans les années 60 évoquant une suite de prises du pouvoir par les communistes en Asie. La seule différence aujourd’hui, c’est que le théâtre des opérations a changé. Avec les États-Unis, totalement concentrés au Moyen-Orient et ayant de la difficulté à gérer la crise irakienne, certains pays d’Amérique Latine ont pu recouvré alors une certaine liberté de gérer par eux-mêmes leurs économies et leur vie sociale en adoptant des mesures fortes de nationalisations et d’interventionnisme étatique.

Si la tendance se maintient, l’effet domino va prendre de l’ampleur.

5 réflexions sur “Un nouvel effet domino

  1. francis

    S’il y a effet domino en AL, c’est celui de la violence et de la corruption.

    Pour le reste, ne croyez pas ce qui est écrit dans les journaux. Ces pays que vous listez ont autant à voir avec la gauche que l’Australie avec le Pôle Nord.

  2. Jimmy St-Gelais

    Il ne peut pas avoir plus de corruption que sous les régimes pro-néolibéraux. Les entreprises étrangères s’imposaient partout et exploitaient sans vergogne les ressources à leur avantage.

  3. HD

    La BBC suivait le phénomène depuis environ 2 ans déjà, avec une carte de l’Amérique latine « colorée » en bleu, gris ou rouge selon les résultats des élections.

    C’est une situation très intéressante. On trouve toutes les nuances de la gauche, allant du Lucide Lula au Brésil jusqu’au culte de la personnalité de l’autocrate Chavez au Vénézuéla, en passant par le Solidaire Mozales en Bolivie.

    Qui aurait cru que l’Argentine, un pays très capitaliste et dont la devise était alignée sur le dollar, se rangerait à gauche après la dégelée financière nationale de 2001-2002.

    Il reste à voir si ces leaders forment réellement un bloc idéologique cohérent, malgré l’échec des tentatives d’intégration régionale (par exemple, le Mercosur qui n’a jamais très bien fonctionné)… face aux forces intégratrices continentales de la ZLEA et des accords commerciaux bilatéraux signés entre certains pays et les USA. Le projet de pipeline nord-sud sud-américain sera-t-il ce symbole de solidarité économique régionale?

    N’oublions pas que la Colombie, l’Équateur et le Paraguay ont des bases militaires américaines majeures sur leur territoire. Et que le Mexique est solidement ancré dans le centre-droite; dans ce pays, la gauche n’aura jamais été qu’une parodie d’elle-même.

  4. Jimmy St-Gelais

    Il ne s’agit pas d’un bloc homogène, je l’avoue. Mais la tendance vers la gauche est marquée.

    Pour ce qui est de l’Équateur, le nouveau président désire fermer la base américaine! Encore un signe vers la gauche et l’antiaméricanisme.

    De plus, la gauche du Mexique s’est fait volée les élections, si on en croit plusieurs experts, un peu comme GW Bush avait fait en 2000 avec Al Gore. Le pouvoir de l’argent, encore une fois…

  5. HD

    @jimmy,
    je suis absolument d’accord avec vous, même si je me demande si une solidarité continentale est vraiment possible. Pour ce qui est du Mexique, j’ai étudié ce qui s’y passe (j’ai même tenu entre les mains un document hautement confidentiel sur les conséquences des maquiladoras sur la santé publique!) et je dois avouer que la gauche n’a jamais réussi à s’y installer avec une portée nationale. Tout au plus, on observe des mouvements solidaires régionaux… mais globalement, le Mexique a toujours été plutôt à droite. Conséquence à long terme du passé colonial, de la taille du pays, de son hétérogénéité, des interventions des grandes puissances et de la colonisation économique.

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