Le premier ministre Harper tend la main aux nationalistes québécois, tel que Brian Mulroney l’avait fait dans les années 80 en approchant René Lévesque dans ce que ce dernier appellera le « beau risque ». Mais une telle alliance est-elle pratiquement possible? Le Parti Conservateur n’étant qu’un clone de la défunte Alliance Canadienne, c’est-à-dire en fait l’ancien Parti de la Réforme, une symbiose entre nationalistes québécois et les « cow-boys » de l’Ouest peut-elle devenir réalité?

Les conservateurs se réjouissent des gains de l’ADQ, leur allié naturel au Québec lors du dernier scrutin provincial. Ils y voient une montée du conservatisme et un désaveu des régions par rapport au pôle économique du Québec, un peu comme le succès du parti de Stephen Harper est une réaction négative des provinces périphériques face à la prédominance de l’Ontario. Mais une telle affiliation commune entre nationalistes québécois et conservateurs se promet d’être difficile.

L’idéologie conservatrice en elle-même n’aime pas le changement en soi, et préfère le statu quo plutôt que de grandes transformations de la société. Le Québec demandera bien sûr plus de pouvoir, et ses revendications se feront de plus en plus grande à mesure qu’une alliance se concrétisera avec le PC. Et à cette nouvelle dynamique constitutionnelle viendront s’ajouter les demandes des autres provinces qui profiteront de la situation pour faire avancer leurs dossiers face au gouvernement fédéral. Pas certain que les conservateurs voient favorablement les provinces cogner aux portes d’Ottawa afin d’affaiblir le gouvernement central, et donc, de limiter leurs moyens d’intervenir dans la société canadienne ainsi que d’imposer leur programme politique.

De plus, nous savons que le PC a une aile politique confessionnelle très radicale parmi ses rangs, qui aimerait bien voir la religion s’infiltrer partout dans la société, dans l’éventualité d’une administration majoritaire conservatrice. Est-ce que les Québécois accepteront un allié qui tente de renouer avec un nouvel obscurantisme, comparable à l’ère duplessiste, en acceptant que la religion s’impose un peu partout, avec tous les abus que cela comporte, comme nous l’avons déjà vécu avant la Révolution tranquille? Après avoir tourné le dos au clergé il y a 35 ans, le peuple québécois ne se risquera pas d’emprunter encore un tel chemin.

Cette tentative de rapprochement avec les nationalistes québécois sert un but purement électoraliste. À l’approche des élections fédérales, on courtise les Québécois en leur montrant une belle ouverture au sujet de la question nationale. Mais le Parti Conservateur n’est plus ce qu’il était jadis. Sous l’égide de monsieur Mulroney, un Québécois, ce parti pouvait prétendre représenter les intérêts du Québec dans la confédération, tout en arborant une idéologie conservatrice réaliste et plus modérée qui ne frayait pas avec une droite religieuse trop extrême. Ici, ce n’est plus le cas. Une alliance avec le nouveau parti conservateur et les nationalistes québécois serait à contre-courant de l’histoire du Québec et serait emprunte d’une antinomie qui ferait simplement échouer, à court terme, une telle manœuvre de rapprochement.

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