Le Parti Québécois devient un tiers parti, la première fois depuis les élections de 1973. L’électorat a servi un message limpide à cette formation politique en ne lui attribuant qu’un nombre bien inférieur de pourcentage de votes en 31 ans.

Ce n’est pas seulement l’Action Démocratique du Québec qui a hypothéqué la popularité du PQ, mais aussi les petits partis, tel que le Parti Vert ou Québec Solidaire, qui se sont constitués par d’anciens militants péquistes ayant quitté le navire depuis que le parti a procédé au virage à droite initié par monsieur Boisclair et ses prédécesseurs. Il faut, par ailleurs, se rappeler que le Parti Vert du Québec s’est fusionné avec le Parti Québécois après 1994, et que Amir Khadir s’est déjà présenté comme candidat du Bloc Québécois, la succursale du PQ à Ottawa.

Le PQ a ainsi renié sa clientèle naturelle à tendance progressiste et sociale-démocrate, et s’est aliéné une bonne partie de sa clientèle électorale. Il a semblé agir par opportunisme en voulant se laisser porter par la vague de droite qui est la marque de commerce des deux autres partis. Au lieu de renforcer ses assises, de fidéliser sa base militante, il a voulu séduire un électorat qui n’était pas le sien, et l’on voit aujourd’hui le résultat. En somme, si on additionne le vote du PQ avec celui du Parti Vert et de Québec Solidaire, on arrive à 36% des intentions de votes, ce qui représenterait un résultat électoral plutôt normal et acceptable pour ce parti.

Mais le dernier chapitre n’est pas encore clos. La position du Parti Québécois, dans cette assemblée nationale nouveau genre, peut l’avantager politiquement en raison de sa position de détenteur de la balance du pouvoir. Les libéraux détenant un gouvernement minoritaire, l’ADQ s’opposera pratiquement unilatéralement aux projets de loi issus de cette administration afin de se démarquer du PLQ, comme tout bon parti d’opposition le fait normalement (par exemple, les libéraux fédéraux face aux conservateurs minoritaires de Harper).

Cela sera aussi l’occasion pour le PQ de se redéfinir comme formation politique, de revenir à la base de son existence, de se positionner sur l’échiquier politique là où les autres partis ont quitté, de ramener à la maison ses enfants prodigues, comme les Verts et les Solidaires. Son rôle de tiers parti détenant la balance du pouvoir peut alors être bénéfique, en lui donnant une tribune, une visibilité non négligeable dans un parlement à trois partis. Il pourra démontrer qu’il n’est pas comme ses adversaires politiques, qu’il représente une vraie alternative aux propositions de droite des autres partis, et sortir par le fait même de sa douloureuse traversée du désert.

Jimmy St-Gelais

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