Sophisme de schiste

Tout comme le Parti québécois il y a quelques mois lorsqu’il était au pouvoir, le Parti libéral fait avancer le projet de l’exploitation des ressources en hydrocarbures de schiste en sol québécois. La promesse de retombées économiques et financières liées à la nouvelle manne pétrolière fait saliver autant les hommes d’affaires, les politiciens que le tout un chacun au Québec.

Nous le savons tous, les gaz à effet de serre rejetés par l’utilisation des carburants fossiles dans nos moyens de locomotion accentuent le processus du réchauffement planétaire.

Les deux derniers gouvernements au Québec ont clamé mener une lutte contre les changements climatiques afin de cadrer avec le discours écologique ambiant bien apprécié dans la population et ont même professé pour une conversion vers des énergies renouvelables… tout en ayant des préjugés favorables au projet de développement du pétrole de schiste ainsi qu’à la construction de l’oléoduc de TransCanada Pipeline.

Ainsi, l’ancienne première ministre Pauline Marois et l’actuel ministre libéral de l’environnement, David Heurtel, ont tous deux associé pétrole et énergies (renouvelables), comme si les deux allaient de pair. Mais ce fut la récente déclaration de ce dernier qui semble la plus inappropriée, voire même fallacieuse : « Le développement de nos hydrocarbures, qui sont une source potentielle de création de richesse, nous permettrait de réduire notre dépendance à l’égard des importations et pourrait aussi financer une transition vers d’autres formes d’énergie ».

Les bénéfices récoltés par l’exploitation des hydrocarbures, affirme le ministre, pourraient financer un passage vers des énergies moins polluantes et moins productrices de GES…

II s’agit d’un sophisme éhonté.

Premièrement, encourager encore plus la production de pétrole et inévitablement une plus grande consommation annulerait tous les gains futurs en diminution des GES que procure une conversion vers des énergies propres. Donc, le bilan serait négatif dès le départ.

Deuxièmement, permettre un afflux accru d’hydrocarbures sur le marché ralentirait l’intérêt pour les moteurs électriques performants. En ouvrant encore plus les vannes, le prix du pétrole ne subira pas de fortes augmentations en raison de sa rareté – ce qui contribuera au maintien du parc automobile au moteur à explosion.

Troisièmement, une politique sérieuse de changement du paradigme énergétique de notre société ne peut s’opérer sans un abandon progressif du pétrole, pas en l’encourageant davantage. C’est comme si l’on stipulait que couper des arbres pour générer du biocarburant aide à la lutte au changement climatique lorsqu’on sait fort bien que le couvert forestier refroidit la température!

Le Québec est pourtant en bonne position avec son énorme potentiel électrique renouvelable. Il ne manque qu’une volonté politique claire qu’on ne retrouve chez aucun grand parti. Il suffit de citer l’abandon de moteur-roue d’Hydro-Québec, pourtant très prometteur, toujours boudé par les grands constructeurs automobiles.

Finalement, le Parti libéral dit tenir à cœur l’avenir des prochaines générations par des mesures d’austérité budgétaire afin que nos enfants et petits-enfants ne payent pas la note de la génération actuelle. C’est bien joli et surtout assez incohérent : qu’en est-il de l’héritage environnemental lorsqu’on mise encore sur les carburants fossiles suscitant le réchauffement planétaire afin d’assurer la prospérité économique à venir pour en fait réduire considérablement leur qualité de vie, sinon la menacer carrément?

Vent de folie libéral

Plusieurs furent abasourdis par le récent coup de sonde de l’électorat projetant une victoire majoritaire du Parti libéral de Philippe Couillard aux prochaines élections générales.

Pourtant, avant la candidature de Pierre Karl Péladeau pour le Parti québécois et sa profession de foi souverainiste, l’actuel parti au pouvoir se dirigeait vers une reconduction de son mandat gouvernemental en voguant sur la vague de la Charte des « valeurs québécoises » largement appuyée par les électeurs francophones. Certains diront que la rentrée de PKP dans l’arène électorale fut une grave erreur de la part des tacticiens du PQ qui croyaient ainsi susciter un nouvel élan à la cause souverainiste, un peu comme le fit la venue de Lucien Bouchard comme chef spirituel du « OUI » avant le référendum de 1995.

Et maintenant, le vent a tourné.

On peut comprendre alors qu’une partie des souverainistes « mous » éparpillés entre la CAQ et le PQ ont été échaudés par la manœuvre et dirigent désormais leur préférence électorale vers les libéraux. De la sorte, ils s’ajoutent aux clientèles traditionnelles du PLQ telles que les minorités ethniques, les anglophones et le segment le plus âgé des Québécois dits de « souche » – ce qui crée ainsi la masse critique nécessaire pour obtenir une majorité en chambre.

Comme il arrive souvent en politique, des électeurs désabusés votent pour ce qu’ils considèrent être le moindre mal… mais dans ce cas précis, il est difficile de saisir la logique derrière ce genre de vote considérant le passé trouble du Parti libéral du Québec en matière d’éthique.

Les nombreux scandales de ce parti par rapport au domaine de la construction pendant la période de Jean Charest et la présence de nombreux membres de l’ancien règne libéral dans les rangs de l’équipe de Philippe Couillard laissent pourtant présager d’autres scandales advenant une réélection libérale. Et ceci est sans compter les futures enquêtes de l’UPAC et la continuation de la Commission Charbonneau après les élections qui pourraient déterrer des cadavres que le PLQ ne voudrait pas voir resurgir… ce qui promettrait une gouvernance libérale houleuse empreinte de perte de légitimité rappelant les pires années de l’ère Charest.

Albert Einstein disait jadis « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » et cette affirmation se colle très bien au déroulement de ces élections générales : de nombreux Québécois veulent en finir avec la corruption et les conflits d’intérêts dans le monde politique, mais voilà qu’ils s’apprêtent à reporter au pouvoir la formation politique la plus entachée par ces maux.

Au final, si cela n’est pas de la folie, ça s’y rapproche…

Un pacte avec le diable

Les stratèges du Parti Québécois devaient se réjouir d’avoir convaincu Pierre-Karl Péladeau de se porter comme candidat de leur formation politique dans la circonscription de St-Jérôme. Ils se disent, qu’enfin, un acteur important du milieu économique viendra appuyer la cause de la souveraineté avec tout le poids médiatique de son conglomérat : officiellement, il ne siège plus sur le conseil d’administration de Québecor, mais il a refusé de liquider ses actions dans l’entreprise, et donc, de facto, il conserve une grande influence sur sa direction.

Vu comme un véritable sauveur capable de mener à bien la quête souverainiste, Pierre-Karl Péladeau n’en conserve pas moins un passé conflictuel avec le monde syndical et penche plutôt vers une vision libertarienne de l’économie qui détonne avec la tradition sociale-démocrate du Québec et même du Parti québécois.

À cet égard, au lieu d’unir le PQ sous son aile, sa présence pourrait, au contraire, susciter la division parmi les troupes (certains sociaux démocrates, excédés, pourraient quitter le navire). Ou c’est peut-être ce que Pauline Marois désire dans la foulée des révélations de la Commission Charbonneau : détacher les anciens liens avec les syndicats et tenter de séduire les électeurs plus à droite avec le recrutement de l’un des plus importants hommes d’affaires de la province aux méthodes plutôt expéditives en relations de travail… ce qui n’augure rien de bon pour les employés de l’État.

Le PQ, selon certains, vient de pactiser avec le diable et il devra en payer le prix si son virage à droite ainsi annoncé engendre un conflit social larvé entre les tenants de la social-démocratie et les partisans d’un désengagement du gouvernement de la vie des citoyens conforme à la conception libertarienne de l’État et de la société.  Ainsi, à défaut d’unir le Québec dans la marche pour l’indépendance, Péladeau le divisera encore plus au grand plaisir des opposants fédéralistes.

Et, en admettant une victoire du PQ aux élections, quel genre de message ceci lancera-t-il aux pourfendeurs de la corruption et de la collusion affligeant les Québécois lorsque l’ancien président toujours propriétaire prédominant de l’une des plus grandes sociétés médiatiques du Québec vient de joindre l’équipe ministérielle? On ne peut que faire le parallèle avec le cas Silvio Berlusconi, autre grand prince des médias en Italie et ancien président de ce pays, dans lequel le règne fut marqué de corruption flagrante, de fraudes fiscales et électorales… ce qui nous prouve que pouvoir politique et concentration des médias sont toujours néfastes à la démocratie.

Pour plusieurs souverainistes, l’indépendance est louable et nécessaire… mais pas au prix de remettre les clés de la province ainsi que son avenir à un affairiste milliardaire très éloigné des préoccupations des gens ordinaires et qui n’entrevoit que le profit comme finalité ultime de la société.

À LIRE AUSSI:  Quebecor: une menace pour la démocratie

Un parti pas si libéral que ça

Le parti de Philippe Couillard brandit fièrement le libellé « libéral » dans sa diatribe contre la Charte des valeurs québécoises du Parti Québécois.

Le Parti libéral du Québec prônait une latitude quasi-totale sur la question des signes religieux ostentatoires, mais la sortie fracassante de Fatima Houda-Pepin, une députée libérale de confession musulmane, lui a imposé de revenir aux racines mêmes du libéralisme politique en l’obligeant à opter pour des restrictions inspirées de la Commission Bouchard-Taylor – c’est à dire une interdiction des symboles religieux qu’aux agents coercitifs de l’État (policiers, juges, procureurs de la couronne).

Tout d’abord, l’ancienne position du PLQ s’inscrivait complètement en faux avec la notion libérale de séparation de l’État et de la religion.  En effet, John Locke (1632-1704), considéré comme le premier penseur du courant libéral, édictait clairement dans ses écrits la nécessité d’une séparation distincte du politique et des confessions religieuses dans le but évident d’éviter un absolutisme théocratique néfaste.  Nul doute alors que Locke se serait prononcé pour un interdit des signes religieux, surtout en ce qui concerne les personnes détenant un pouvoir coercitif sur leurs concitoyens.

Ensuite, nous pouvons constater plusieurs incohérences dans le fonctionnement interne du PLQ par rapport à un principe cher au libéralisme : la démocratie avec sa notion de contre-pouvoirs.

Étrangement, ce parti démontre une façade toujours monolithique et les dissensions y sont rares.  En tenant serré le collier de sa députation, l’establishment du parti étouffe les voix des contestataires.  La belle famille libérale montre toujours une image d’unité, mais, malheureusement, au détriment des préceptes démocratiques du libéralisme politique qu’elle défend théoriquement.

Plusieurs exemples le démontrent : l’ascendance autocratique bien connue de l’ancien chef et premier ministre, Jean Charest, sur ses militants et députés (dont Couillard continue la tradition); l’incident du rejet d’une motion sur la tenue d’une enquête sur la corruption en plein congrès libéral (la proposition a été rejetée dans le brouhaha sans débat ni vote); le refus du vote libre par Philippe Couillard à propos du projet de loi sur la Charte des valeurs; et bien sûr, les déclarations houleuses d’il y a quelques jours de Fatima Houda-Pepin qui voulait ainsi sortir du carcan imposé par son parti.

Pour mieux comprendre la mécanique du Parti libéral du Québec, il est utile de se référer à la classification des partis politiques de Maurice Duverger.

Selon ce juriste et politologue français, les partis politiques se divisent en deux groupes : les partis de cadres et les partis de masse. Le premier groupe se campe surtout à droite et la pyramide décisionnelle va de haut en bas, c’est-à-dire que les élus dictent les priorités à la base du parti.  Au contraire, le deuxième groupe donne une grande influence à l’organisation du parti et les élus sont soumis à ses orientations.

Nous pouvons alors affirmer, selon ce classement, que le Parti libéral du Québec est un parti de cadres dans lequel l’élite assied son pouvoir sur le reste de la formation politique… en contradiction des valeurs démocratiques libérales.

La lumière au bout du pipeline

On croyait que l’avènement du pic pétrolier, cette théorie annonçant le plafonnement et l’épuisement graduel des réserves de pétrole, allait enfin pousser la planète à rechercher des ressources énergétiques alternatives moins polluantes.

Depuis plus de 20 ans, plusieurs projets de transition virent timidement le jour – comme l’énergie éolienne, solaire, marémotrice – mais la découverte récente de nouveaux gisements pétroliers a changé la donne. L’exploitation du pétrole des roches de schistes, des fonds marins de l’Arctique et des sables bitumineux que nous acheminons par pipeline et même par trains (avec tous les risques que cela comporte pour l’environnement) repousse encore plus l’éventualité d’un changement de paradigme si pressant en matière d’énergie afin de préserver la stabilité du climat.

L’humanité aligne encore sa destinée avec celle du pétrole sans penser à l’après-pétrole. Mais, qu’arrivera-t-il, dans plusieurs décennies, lorsque l’or noir se tarira?

Premièrement, les conséquences finales sur l’environnement seront désastreuses. Le réchauffement climatique dû au surcroît de CO2 dans l’atmosphère et le rejet de méthane émanant des glaciers fondants, un gaz encore plus à effet de serre que le CO2, bouleverseront l’ordre climatique tel que nous le connaissons. Et ce n’est qu’un début avec les perturbations climatiques (typhons, tornades, tsunamis, inondations) que nous avons vues depuis quelques années aux quatre coins du globe.

Deuxièmement, cette voie amènera inéluctablement la fin de notre civilisation tant dépendante du pétrole. Si nous ne prévoyons pas assidûment un modèle différent et viable de consommation énergétique dans un futur rapproché, nos sociétés cesseront de fonctionner et nous retournerons malheureusement à un état proche du Moyen-Âge.

Le plus ironique est que nous puisons la plus grande part de notre énergie des restes d’une espèce disparue subitement voilà des dizaines de milliers d’années, les dinosaures (le pétrole étant en partie un résidu fossile provenant de cette race), et que nous courons probablement à une pareille disparition en les utilisant.

Il est grand temps que nous voyions, enfin, la lumière au bout du pipeline…

Régis Labeaume, les syndiqués et la ville de Québec

Le maire de Québec Régis Labeaume tire à boulets rouges sur tout le mouvement syndical avec les problèmes des régimes de retraite en toile de fond.

Au lieu d’ouvrir la porte à une possible entente, il alimente le feu de la dissension avec des commentaires démagogiques et irresponsables envers ses employés municipaux afin de susciter une grogne croissante envers tout ce qui est syndical pour mousser sa popularité – une colère quasi irrationnelle qui ouvre la porte à tous les dérapages.

En effet, des menaces contre des employés de la ville et leurs familles ont été proférées : un récent communiqué de l’Association des payeurs de taxes de la ville de Québec (A.P.T.V.Q) affirme « qu’elle a répertorié les coordonnées des chefs syndicaux, des employés et de leurs familles et qu’il ne reste qu’à définir le jour et l’endroit de la partie de bâton de baseball ».

Pourtant, d’autres maires ont réussi à s’entendre avec leurs syndicats sans leur déclarer la guerre. Le non moins conservateur maire Jean Tremblay de la ville de Saguenay a réussi à atteindre un point de compromis avec ses salariés et Montréal en a fait autant avec ses cols bleus – ce qui démontre qu’ en faisant preuve de bonne foi de part et d’autre, une voie alternative à la confrontation est possible.

Bien que la ville de Québec soit composée d’une multitude de fonctionnaires syndiqués, on y remarque la prépondérance d’une idéologie conservatrice latente qui détonne avec tous les autres grands centres urbains de la province.  Les victoires électorales de plusieurs députés conservateurs fédéraux et caquistes au provincial (anciennement adéquistes) dans la région, une radio-poubelle (Radio X) vilipendant la social-démocratie ainsi que ses attributs et évidemment les élections successives de Régis Labeaume à la mairie tendent à le démontrer.

Il s’agit là d’un curieux phénomène de sociologie politique que la popularité du maire Régis Labeaume et du conservatisme dans une capitale nationale où pullulent les syndiqués….

Se mettre la tête dans les sables… bitumineux

Les conservateurs ne manquent pas d’aplomb ni de contradictions dans leur défense dogmatique des sables bitumineux.

Depuis quelques semaines, nous pouvons écouter dans les médias une publicité mielleuse du gouvernement du Canada encensant la nouvelle rigueur du fédéral dans sa lutte aux pollueurs dans l’industrie du pétrole (principe du pollueur-payeur) et, dans le même temps, on apprenait qu’Ottawa hésite à débloquer un montant pour la décontamination du site de l’incident du train de l’entreprise Montreal Maine and Atlantic à Lac-Mégantic.

On se serait pourtant attendu à une réponse immédiate avec les nouvelles vertus écologiques du gouvernement conservateur ou est-ce simplement la crainte d’une facture salée qui rebute Stephen Harper dans son élan?  En effet, le déversement (d’un pipeline d’Enbridge) de 3,7 millions de litres à Kalamazoo au Michigan en 2010 a coûté à ce jour plus de 1 milliard de dollars et les opérations de nettoyage ne sont pas encore terminées.  Or, avec ses 5,7 millions de litres répandus, la décontamination de Lac-Mégantic devrait demander tout au moins le double d’investissement!!!  En période de compression budgétaire, le fédéral y pense alors à deux fois avant de délier le cordon de sa bourse!

Et qu’en est-il de l’Alberta et de ses bassins de rétention des résidus de traitement des sables bitumineux?  Qui payera les dommages catastrophiques sur la faune et la flore ainsi que sur les conséquences des fuites dans la nappe phréatique causant maladies et cancers chez les populations environnantes (on a d’ailleurs déjà noté un taux de cancer élevé chez les habitants à proximité)?  Et même si les entreprises responsables payaient, aucune somme d’argent ne compensera jamais la destruction de l’environnement pendant des générations et les souffrances et vies détruites par cette exploitation désastreuse et irresponsable.

Aucune problématique ici pour les conservateurs au pouvoir, car comme le disait à l’étranger le ministre des Ressources naturelles du Canada, M. Joe Oliver, en voyage promotionnel pour les sables bitumineux, il s’agit d’une ressource « renouvelable et verte »!

Une autre contradiction réside aussi dans les coupures sauvages dans le personnel scientifique d’Environnement Canada  : comment assurer la qualité de vastes projets de décontamination sans une cohorte de scientifiques qualifiés de l’État?  Les entreprises fautives devront donc gérer les opérations et surveiller elles-mêmes la réparation des dégâts qu’elles ont causés? N’importe quoi…

On peut dire une chose et faire son contraire, continuer à extraire un produit pétrolier dommageable pour l’environnement et le faire promener aux quatre coins du continent dans des pipelines aussi peu sécuritaires que les trains – comme le témoigne la fuite dans la rivière Kalamazoo – et souhaiter que rien de malencontreux n’arrive, en pure pensée magique.  Il n’en reste pas moins que les conservateurs se mettent toujours la tête dans les sables… bitumineux.

De la place de l’anglais en justice au Québec

Le jugement de la Cour suprême du Canada, dans la récente affaire de la place du français dans les dossiers judiciaires en Colombie-Britannique, porte à confusion et soulève un questionnement sur la place de l’anglais en justice au Québec.

Devant cet arrêté qui viole indéniablement la constitution de 1867 assurant «que la langue française ou la langue anglaise peut être utilisée dans toute plaidoirie devant des tribunaux du Canada ou du Québec et dans toute pièce de procédure émanant de ceux-ci » et la déclaration du juge Wagner stipulant précisément que seul le Nouveau-Brunswick a l’obligation de permettre des séances dans les deux langues, le Québec n’a alors aucune obligation d’octroyer à son tour des procédures en anglais dans ses cours de justice considérant que le français est sa langue officielle depuis 1974 (loi 22).

Le principe du bilinguisme ne s’appliquant pas dans cette province du Pacifique, il en est de même dans toutes les autres provinces, sauf celle ayant un statut bilingue – le Nouveau-Brunswick.

La Cour suprême, majoritairement anglophone, n’a pas daigné prendre en compte l’inconstitutionnalité de cette décision et a allégrement discriminé les minorités francophones dans l’ensemble du Canada.

Si le Québec avait un semblant de colonne vertébrale, il obligerait uniquement le français en justice… et ce serait son droit plein et entier.

Une grève justifiée

Cet article a paru dans Métro Montréal le 20 juin 2013

Donnons notre appui à la grève des travailleurs de la construction.

D’aucuns n’acquiesceraient à voir couper son taux salarial d’heure supplémentaire, à rentrer aux aurores au travail ou à se pointer le samedi au détriment de sa vie familiale.

Depuis plusieurs années, l’industrie de la construction a profité de contrats juteux de réfection en travaux publics puisés à même les deniers gouvernementaux concrétisant un âge d’or pour les compagnies de construction. Une période tellement faste, en fait, que l’on se permettait de gonfler les tarifs par le jeu de la collusion et la corruption d’élus municipaux. Des centaines de millions de trop empochées depuis des décennies et peut-être beaucoup plus avec les révélations à venir à la Commission Charbonneau.

Le résultat : l’industrie a récemment été contrainte de revoir à la baisse les prix de ses soumissions et s’attend à beaucoup plus de vérification par l’Autorité des marchés financiers (AMF) de la virginité des soumissionnaires. Bref, une situation telle que les belles années sont terminées et qu’il faut désormais renflouer la marge de profit s’étant atrophiée avec tous ces scandales… en faisant payer la note aux ouvriers de la construction, bien sûr!

En somme, les grandes compagnies de construction ont floué les villes et l’État québécois pendant des décennies et les ouvriers doivent maintenant payer pour la soudaine baisse de rentabilité des contrats de ces entreprises.

Par ailleurs, les salariés de la construction ne sont pas les enfants gâtés que certains prétendent du côté patronal. Ils sont des travailleurs itinérants, souvent saisonniers, s’exposant à des accidents de travail parfois handicapants et œuvrant dans des conditions difficiles.

Aussi, les bons emplois créés dans la construction en soutiennent d’autres dans divers domaines. L’effet multiplicateur des grands travaux publics est un moteur de relance économique sans équivoque. L’histoire économique des 90 dernières années tend à le démontrer…

Finalement, si l’on abaisse les conditions de travail d’un groupe de travailleurs sous le prétexte qu’il a trop d’avantages, les autres groupes suivront jusqu’à ce que l’ensemble des employés québécois perde le peu d’avantages qu’ils ont, des avantages durement gagnés par nos grands-parents au prix de conflits de travail violents…

La prière de la discorde

Cet article a paru dans Le Quotidien de Chicoutimi le 7 juin 2013

Le jugement de la Cour d’appel sur la prière aux conseils municipaux de Ville Saguenay consacrant la victoire du maire Jean Tremblay – s’il n’est pas contesté en Cour suprême – vient de planter la graine de discordes futures.

Même si l’histoire du Québec a été marquée par la religion – comme l’énonçaient les juges –  et que les croyants catholiques sont majoritaires dans la société québécoise, cela ne leur donne nullement la primauté au niveau de la gouvernance, car l’État ne représente pas seulement un segment de la société, aussi majoritaire soit-il, mais bien l’ensemble de ses parties.

Bien que tout d’abord ce jugement contrevient au principe laïque de la séparation de la religion et de l’État assurant la neutralité de ce dernier, il crée une discrimination institutionnalisée en faveur de la confession chrétienne catholique au détriment des autres.  Ce concept de séparation n’est pas seulement une règle arbitraire, mais un cautionnement de paix sociale et de respect entre les diverses cultures d’un même corps social.

Par ailleurs, il s’agit d’un jugement à courte vue en considération du changement de visage de la société québécoise.  La rentrée massive d’immigrants, souvent de religions différentes, transformera à long terme la composition ethnoculturelle du Québec, rendant ainsi problématique la récitation de la prière dans les assemblées politiques.

Et viendra un temps où les croyants non catholiques demanderont d’avoir eux aussi une prière à leur image… une boîte de pandore qu’il serait préférable de refermer immédiatement avant les possibles tensions que cette pratique pourrait engendrer dans l’avenir.