La lutte des âges

La grève étudiante, à propos des droits de scolarité, opposant la jeunesse au gouvernement libéral de Jean Charest, nous laisse présager une « lutte des âges ».

Le cycle initié par le baby boom arrive bientôt à sa fin.  Avec son achèvement, les contrecoups d’une démographie vieillissante se révéleront tels qu’un fossé entre les générations et un risque d’une détérioration du climat social.

En effet, en 2056, plus du quart de la population sera formé de personnes de 65 ans et plus et, en 2031, il n’y aura que deux travailleurs pour un retraité.

En ce sens, il existera une dichotomie entre le poids démographique et politique d’un segment plus âgé de la population et le fardeau fiscal incombé aux contribuables plus jeunes pour subvenir à la demande croissante en soins de santé et en hébergement de longue durée.

Ainsi, un véritable antagonisme entre les intérêts propres des plus de 50 ans et ceux des moins de 50 ans se révélera pour encore des décennies à venir.

La lutte des âges est cependant des plus particulières et se différencie de la traditionnelle lutte des classes des marxistes basée sur le sempiternel conflit entre la riche bourgeoisie et le pauvre prolétariat – se traduisant par le concept de l’axe gauche-droite.

Cette nouvelle lutte comporte sa propre dynamique, car, elle ne se maintient pas dans un carcan idéologique fermé tant dans les moyens que les paradigmes – comme la lutte des classes.  En fait, elle évolue, au gré des besoins ponctuels et des intérêts des générations sans dogmatisme et n’hésite pas à prendre des moyens contraires à ceux du passé afin d’atteindre ses objectifs.

Par exemple, les parents et grands-parents, les plus de 45 ans, se disent fortement favorables, selon les sondages, à la hausse de droits de scolarité, bien que, il y a 30 ou 40 ans, ils eurent réclamés, eux aussi, un accès facile aux études universitaires.  De peur de voir leur impôt augmenter et de sacrifier un peu de leur bien-être matériel, ces derniers adoptent ici une position de droite contrairement à leur profession de foi de gauche d’antan – tandis que leurs enfants et petits-enfants sont résolument à gauche en 2012.

Le passé étant généralement garant de l’avenir, nous pouvons prophétiser que le même épiphénomène s’opérera dans deux ou trois décades.

La surcharge fiscale qui écrasera les travailleurs de demain, les étudiants d’aujourd’hui,  pour faire face au défi social du vieillissement de la population, incitera ces derniers à se libérer de leurs chaînes.  Alors, l’idée d’une privatisation de la santé deviendra de plus en plus alléchante pour les moins âgés tandis que les retraités s’y opposeront, bien évidemment, avec véhémence.

Le principe d’utilisateur-payeur en éducation, décrié par la jeunesse étudiante et appuyé par leurs ainés, redeviendra d’actualité dans l’avenir, cette fois-ci dans le domaine de la santé, sanctifiant encore la divergence entre les groupes d’âges et confirmant les aléas sinueux des générations, parfois antinomiques avec le passé.

Cette lutte des âges est loin d’être terminée…

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Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 205 (initié)

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12 réflexions sur “La lutte des âges

  1. J’ai beaucoup de réserves sur l’association des positions sur ce conflit avec une lutte des âges. D’ailleurs, quand tu développes ce concept, tu reviens au fait que les jeunes sont plus à gauche et les plus vieux plus à droite. Ce serait cela (l’axe gauche-droite) qui serait pour moi le facteur le plus important qui démarque les positions des pour et des contre la hausse des droits de scolarité. Le clivage entre les âges montre une corrélation, mais pas une causalité.

  2. Je dis que le concept de gauche ou de droite n’est pas relié à un groupe d’âge dans ce cas présent, bien que l’on croit souvent que les jeunes soient toujours plus à gauche et les vieux plus à droite.

    Je veux démontrer la relativité des allégeances gauche-droite selon le changement des intérêts et des besoins dans le temps indépendamment de l’âge.

  3. Il faut en finir avec cette histoire de baby boom. Personne ne choisit l’année de sa naissance. Personne non plus ne choisit de naître. Pour ma part, quand je suis né, en 1946, j’ignorais totalement que je faisais partie d’une grosse gang. Par la suite j’ai croisé plein de gens nés entre 1946 et 1960 (vous me permettrez d’arrêter le boom quelque part) qui n’ont pas tant profité que ça du système: ma génération compte des fonctionnaires, des enseignants, des infirmières, des vendeurs et vendeuses, des waitresses, des secrétaires, des chauffeurs de taxi, des gérants de banque, des plombiers, des menuisiers, des pauvres, des malades, enfin toute sorte de monde.

    Ce qui détermine notre appartenance à une classe sociale, c’est notre rapport aux moyens de production. Une classe sociale entretient une relation avec la propriété ou non des moyens de production, pas avec l’année de naissance de ses membres. Cela dit, les gens du baby boom se situèrent parfois à gauche, parfois à droite. Il y a des gens de métier et du commerce qui sont franchement à droite bien que cela aille à l’encontre des intérêts de leur classe sociale. Il y a aussi des «riches» qui sont à gauche. Pour ma part, sur certaines questions, je suis très nettement à gauche. Sur d’autres, je me sens plus conservateur, mais ouvert à comprendre des positions différentes des miennes.

    Sur la question des frais de scolarité, je suis totalement avec les étudiants qui réclament la gratuité scolaire complète et à tous les niveaux. La raison en est que je suis un prof retraité et que j’ai trop vu des étudiants obligés de travailler de 15 à 30 heures par semaine, ce qui compromettait grandement la réussite de leurs études. On ne peut pas, lorsqu’on attache de l’importance au savoir, accepter que des jeunes ne puissent pas consacrer tout leur temps à apprendre.

    Pour terminer, je voudrais vous faire remarquer qu’en 2056, TOUS les gens du baby boom auront quitté ce monde. Vous êtes jeune encore et j’en suis heureux pour vous, mais en 2056 c’est vous qui serez «vieux». Le vieillissement de la population, ça ne peut pas durer toujours, n’est-ce pas? La jeunesse non plus. Alors faites des petits pendant qu’il en est encore temps, sinon après le vieillissement ce sera la disparition.

  4. Je ne fais aucun jugement péjoratif sur les baby boomers. Ce texte est un exercice de perspective. Évidemment, la classe sociale se définit par rapport à la possession des moyens de production et d’échange ainsi que par la vente de sa force de travail.

    Mais ce n’est pas le point de mon billet. Je me répète : je veux démontrer la relativité des allégeances gauche-droite selon le changement des intérêts et des besoins dans le temps indépendamment de l’âge.

  5. @ Jimmy

    «indépendamment de l’âge»

    Bizarre de titre et de développement pour quelqu’un qui dit que cela se fait indépendamment de l’âge…

  6. Et aucun rapport avec "la relativité des allégeances gauche-droite selon le changement des intérêts et des besoins dans le temps indépendamment de l’âge."

  7. Je suis assez en accord avec ce que Jimmy a écrit. Charest n’a parlé que de santé depuis qu’il est au pouvoir, c’était l’enjeu numéro un. L’éducation pendant ce temps a été un dossier totalement délaissé, sauf pour cette hausse immonde! Les jeunes commencent à trouver qu’il n’y en a que pour les vieux, les vieux qu’ils devront torcher demain….

    Cette division a été exacerbée par le néolibéralisme qui ne cesse de nous répéter qu’on a pas d’argent pour nos programmes sociaux. Cette pression augmente les tensions entre les générations. Santé vs Éducation, deux gros dossiers! En négliger un pour l’autre revient à choisir entre les jeunes et les vieux, Charest a fait son choix!

  8. Jimmy, à 45 ans je suis juste derrière les booms! Génération sacrifiée…bof…Paraît qu’on a fini par se mettre le cul sur la map, la x, plus scolarisé que les boom boom, a fini par le dépasser…je ne me sens pas trop sacrifiée quand même…

  9. Il est cependant un fais que les vieux tendent bien plus à la droite, et les jeunes sont plus souvens gauchistes. Il y a même une fameuse citation lapidaire d’un anglo-saxon là desssus, genre ‘si vous n’êtes pas gauchiste à 20ans, vous n’avez pas de coeur; si vous êtes encore gauchiste à 50ans, vous n’avez pas de cervelle’.

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