Archives mensuelles : avril 2011

Loto-Jack Layton

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 2 mai 2011

Faites vos jeux. 

La roue orange de la chance politique du Nouveau Parti Démocratique (NPD) de Jack Layton tourne et tourne encore.  Misez peu et récoltez gros.  Serez-vous le gagnant?

Si vous vous dites souverainiste, la vague orange pourra faire naître un fédéralisme renouvelé respectant les particularités québécoises ou, au contraire, démontra l’incapacité du Canada à comprendre les demandes du Québec dans le cas d’un nouvel échec du fédéralisme, cette fois-ci à la sauce NPD.

Si vous êtes un jeune révolté contre l’establishment politique, une victoire de ce parti vous réconciliera possiblement avec les affaires publiques ou, à l’opposé, vous fera sombrer encore plus dans le cynisme une fois votre euphorie confrontée à la triste réalité du monde politique.  

Si vous vous proclamez progressiste, la montée de cette formation politique de gauche vous ravira par son intention de promouvoir la justice sociale ou vous décevra si celle-ci glisse lentement vers le centre une fois au pouvoir, comme tous les autres gouvernements provinciaux néo-démocrates au cours de l’histoire du Canada.

Rien ne va plus. 

Vous serez peut-être gagnant un temps, mais perdrez probablement au change plus tard…

Note:  J’adore Jack Layton.  Mais, le Bloc Québécois est le meilleur allié des Québécois.  Le NPD a toujours voté en bon parti fédéraliste dans le même sens que le PLC ou le PC dans les projets de loi contrevenants aux intérêts du Québec même si l’Assemblée Nationale du Québec ait démontré à l’unanimité et à maintes reprises son opposition envers ceux-ci.  Il faut voter stratégique.  

Une bouteille de plastique à la mer

L’eau potable devient de plus en plus une ressource convoitée et le mouvement fut fort pour la commercialiser.  En effet, depuis plusieurs années, la consommation de l’eau embouteillée a crû de manière exponentielle sous une étiquette de pureté et de qualité encensée par de grandes compagnies commerciales comme Nestlé, Pepsi, Coca-Cola ou Danone.

Pourtant, considérant que le quart de l’eau en bouteille provient des réseaux d’aqueduc municipaux(1), on doit s’interroger sur la pertinence de cette tendance moussée par la publicité incessante.  Et cela est sans considérer le coût d’une bouteille d’eau pouvant être jusqu’à 1 000 fois plus dispendieuse que l’eau fournit par une desserte publique(2) ainsi que la proportion de bactéries y étant par deux fois supérieure : l’eau du robinet contiendrait en moyenne 1,6 million de bactéries par 100 ml d’eau pendant que l’eau embouteillée atteindrait les trois millions par 100 ml(3).

Au-delà de toutes ces considérations, la principale problématique de l’eau en bouteille est son caractère pollueur. 

À chaque année, en Amérique du Nord, près de 70 millions de bouteilles de plastique sont jetées dans les sites d’enfouissement et, au Canada, 80% de celles-ci ne sont pas recyclées.  Elles prendront un millénaire avant de se décomposer entièrement (4). 

Ici, au Québec, selon Recyc-Québec, 166 millions de bouteilles vides auraient été, à ce jour, expédiées aux dépotoirs ou dans des incinérateurs nuisibles pour l’environnement.

Par ailleurs, l’empreinte écologique est substantielle en raison du transport physique des bouteilles dégageant des gaz à effet de serre et aussi du coût onéreux en énergie et matériaux pour la production du contenant plastique.  Par exemple, il faut 3 litres d’eau pour manufacturer une bouteille d’un litre.

Et dans les océans, la situation est d’autant plus désastreuse.  Les berges et les plages reçoivent des centaines de kilos de détritus, dont surtout du plastique, repoussés par les courants marins (5).  Pis encore : une récente étude américaine dévoile que 35% des poissons du monde seraient contaminés par des matériaux plastiques(6)!  Des animaux que nous ingurgitons et qui nous transmettent ainsi ces mêmes particules au risque de notre santé. 

Conséquence paradoxale pour un produit clamant vendre la santé tandis que les embouteilleurs s’objectent catégoriquement à imposer une consigne sur leurs bouteilles car la résine de plastique recyclée coûte 65% de plus à produire que la résine vierge.

Plus que jamais, face à cet état d’urgence, nous sommes contraints, comme consommateurs, d’orienter nos choix d’achat afin de pallier à cette dangereuse dérive. 

En vérité, il est mille fois plus écologique et économique d’utiliser un filtre à charbon à la maison pour assainir encore plus une eau du robinet déjà d’excellente qualité…

Sources :

1. Eau Secours

2. Pierre Payment, microbiologiste et professeur à l’INRS-Institut Armand-Frappier       

3. Protégez-Vous

4. www.filtrezpourlavie.ca/

 5. http://www.oceanattitude.org/index.php?post/2011/02/08/iuhiluhgiughiou

6. http://glissespirit.com/wordpress/2011/04/14/le-plastique-present-dans-35-des-poissons/

 

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  178 (universitaire)

Les contradictions de Stephen Harper et de ses conservateurs

Rarement a-t-on vu autant de contradictions dans une gouvernance fédérale.  Le Parti Conservateur de Stephen Harper brandit vainement la menace d’un gouvernement de coalition entre les libéraux, les « socialistes » de Jack Layton et les séparatistes en espérant cacher les incohérences de ses politiques et le péril d’une majorité conservatrice.

La prétention de transparence détonne avec l’opacité des décisions gouvernementales et la Loi sur la responsabilité votée en grande trompe par les conservateurs eux-mêmes après le scandale des commandites.  Conflits d’intérêts, trafics d’influence, nominations partisanes, clientélisme culturel, outrage au parlement, utilisation de l’État à des fins politiques démagogiques se placent en contraste avec l’image éthique et d’ouverture du premier ministre Harper qui contrôle l’accès à l’information et musèle ses ministres ou députés trop encombrants.  Évoquons aussi les fraudes électorales des élections de 2006 avec le stratagème du « In and Out » dénoncé par Élection Canada et les tentatives d’éliminer le financement public des partis politiques pouvant avantager grandement les conservateurs déjà hautement financés par les pétrolières ainsi que le monde des affaires.  Tout ça en parfaite antinomie avec l’allocution du ministre de la défense, Lawrence Cannon, prétendant promouvoir la démocratie à travers le monde tandis que son parti viole les processus démocratiques les plus élémentaires.

L’allégement des taxes aux grandes entreprises, la mesure privilégiée des conservateurs pour appuyer la reprise économique, se porte en porte-à-faux à l’efficacité de la relance. En effet,  il est démontré, selon diverses études, dont celles de Statistique Canada et de la fiscaliste Brigitte Alepin, que l’investissement, qui se doit d’être inversement proportionnel à l’abaissement de la taxation, n’est pas au rendez-vous depuis les années 80.    La cible est ratée quand on considère que ce sont les petites et moyennes entreprises qui contribuent à 80% dans la création d’emplois.

Leur animosité face à l’avortement occulte une inconsistance philosophique profonde de cet aspect du conservatisme social.  Les conservateurs stipulent que seuls les enfants issus d’un mariage sont acceptables, mais enlèvent le droit aux femmes de se faire avorter à la suite d’un viol ou d’une relation amoureuse passagère.  Si l’enfantement n’est digne que dans le cadre des vœux sacrés du mariage, pourquoi alors refuser ce droit à l’extérieur de ceux-ci?

Les conservateurs érigent la famille comme valeur suprême, mais mettent en péril celle-ci en négligeant la protection de l’environnement.  En déniant le réchauffement planétaire et en atténuant la réglementation environnementale à l’exploitation des sables bitumineux, par exemple, ils laisseront à leurs enfants une planète malade et en piteuse état.  Belle façon de protéger sa descendance.

La loi et l’ordre, le crédo conservateur, ne s’arrime pas avec la réalité sociale canadienne.  Le crime est en baisse partout au Canada depuis plusieurs années.  Aussi, leurs attaques incessantes contre le registre des armes à feux, pourtant très utile aux policiers dans leur lutte contre les délinquants, sont incompréhensibles dans une logique de répression du crime. Même la Fédération des policiers municipaux clame avec véhémence l’utilité de ce registre.  De plus, permettre à des jeunes fautifs de 14 ans de purger une peine de prison avec de grands criminels adultes ne fait que perpétuer les comportements antisociaux générant encore plus de criminalité.   

La militarisation, dont sont friands les conservateurs, va à l’encontre de leur mantra de réduction de l’État -  le budget de la défense gonflant de manière pléthorique.  Sans compter que les contrats sont donnés à l’extérieur du pays, privant ainsi les travailleurs canadiens de nouveaux emplois, lorsqu’il serait possible, dans certains cas, de les octroyer à l’interne.    Le gouvernement conservateur affirme, pour se justifier, que la majeure partie de l’entretien des avions F-35, par exemple, sera effectué à l’intérieur des frontières, ce qui s’avère erroné selon le Pentagone.  Bilan : les déficits cumulés depuis l’accession au pouvoir du Parti Conservateur atteignent 100 milliards de dollars – même si l’héritage de la précédente administration libérale avait dégagé des surplus de 13 milliards en 2006.  En parallèle, plus de 93 milliards ont été dédiés à l’achat de nouveaux équipements militaires. Très bonne gestion des finances publiques pour un parti prônant la rigueur budgétaire!  Il est ainsi inconséquent d’endetter le pays pour satisfaire le bellicisme des conservateurs.

Face à autant de contradictions, on peut se questionner sur le genre d’électeurs se confortant dans le programme de ce parti politique de droite. Le clientélisme qu’opèrent les conservateurs visant à cibler des segments de l’électorat favorables à telles ou telles promesses électorales semble avoir été récemment porteur pour ces derniers.  Néanmoins, les limites d’une stratégie aussi éclatée cherchant à séduire les uns et les autres risquent d’apparaître sans une ligne directrice et cohérente au niveau pancanadien.  Ce qui manque cruellement pour la formation de Stephen Harper…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  179 (universitaire)

Un peu de philosophie: Jean-Jacques Rousseau

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la vie civile. « 

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754)

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En d’autres termes, le concept de propriété, ou du « ceci est à moi », ne relève pas de la providence ou d’une volonté divine, mais de la directe appropriation ancestrale ou contemporaine par certains individus et/ou familles de biens meubles et surtout immeubles.

Il s’agit d’un questionnement sur qui possède quoi et sur la pertinence ainsi que la justesse de cet état de fait.

Donc, pourquoi quelqu’un possède beaucoup tandis qu’un autre possède peu?  Parce que le premier a décrété que ceci était sa propriété et que le dernier s’est soumis à la volonté du premier….

Rien ne change au pays du dollar

Une nouvelle surprenante est tombée sur les dépêches internationales.

La plus grande compagnie des États-Unis, General Electric, n’a versé aucun impôt au fisc pour l’année 2010, malgré qu’elle ait enregistré un profit substantiel de 5,1 milliards de ses activités sur le sol américain.

Cette situation pourrait s’expliquer si l’entreprise n’engrangeait pas des bénéfices aussi faramineux. Mais non.  Ses 800 fiscalistes, payés à prix d’or pour contourner les lois fiscales, ont trouvé le moyen d’éluder le trésor américain.    Un prix d’or totalisant aisément un montant dans les 9 chiffres qui aurait pu profiter à l’État américain au prise avec une crise financière.

De quoi faire rager les contribuables américains frappés de plein fouet par la morosité économique, qui eux, payent leurs impôts.

Le plus affligeant est que le PDG de General Electric, Jeffrey R. Immelt, a été récemment nommé à la direction du Conseil pour l’emploi et la compétitivité par le président Barack Obama afin de l’appuyer dans son plan de relance.  Ce même président américain ayant clairement démontré sa volonté de punir l’évasion fiscale dans le monde des affaires!

General Electric se devait pourtant de montrer l’exemple, en tant que première entreprise des États-Unis, et de contribuer à l’effort fiscal.  Depuis 30 ans, elle a profité, comme toutes les autres grandes compagnies, d’allégements d’impôt et il était de mise qu’elle mette son épaule à la roue dans le redressement des finances publiques américaines.

Malgré ses efforts à l’encontre des puissances d’argent se liguant contre lui, le démocrate assis derrière le pupitre du bureau ovale n’a pu retourner la vapeur se dégageant de la politique économique néolibérale de ses prédécesseurs – au risque de faire sombrer encore plus rapidement le système économique des États-Unis. 

Oui, décidément, rien ne change au pays du dollar….