Archives mensuelles : mars 2011

La nouvelle utopie

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 5 avril 2011

L’autre soir, m’endormant dans les bras de Morphée, un rêve étrange s’empara de moi. Le monde n’était plus ce qu’il est.

Tous roulaient en petites voitures électriques. Des éoliennes pullulaient sur toute la surface du globe, autant sur les océans que sur les continents. D’immenses panneaux solaires couvraient les zones désertiques et on captait l’énergie des mers à l’aide de grandes palmes marémotrices.

Les villes, parsemées d’espaces verts ainsi que de petits plans d’eau, étaient traversées par des lignes de trains électriques tout en étant ceinturées de terres arables. Les dépotoirs n’empilaient plus de déchets. Tout était recyclé, et ce qui ne pouvait l’être était flanqué d’illégalité. L’argent n’existait plus. La communauté fournissait le nécessaire à tout un chacun en échange d’une participation active à la vie et à la prospérité de la cité.  

Les politiciens avaient disparu. Comme dans le meilleur de l’antique république athénienne, les fonctions politiques étaient attribuées par tirage au sort. Les lois étaient entérinées par le peuple via des référendums populaires englobant de multiples projets de législation.

Tout à coup, je fus brusquement réveillé par mon réveille-matin et, déçu de ne pouvoir vivre dans ce monde issu d’un tel délire onirique, je bus mon café en regardant, comme toujours, les tristes nouvelles quotidiennes à la télé…

Réaction en chaîne nucléaire

Avec la découverte de la puissance de l’atome, les hommes se sont approprié le Feu de Prométhée.   Semblables à des dieux, ils croyaient avoir dominé la nature.

Cependant, la nature ne se soumet pas ni ne se dompte.  Elle ne se plie pas aux velléités de la race humaine.  Dotée de sa propre volonté, elle est capable de rétablir brusquement sa primauté à la grande stupeur de l’Humanité.

C’est ce que nous avons pu constater avec l’incident nucléaire au Japon.

Ce que dévoile cette nouvelle est la problématique énergétique auquelle font face les sociétés humaines de plus en plus énergivores : toujours plus de déplacements motorisés, toujours plus de gadgets électroniques coûteux en énergie, toujours plus de besoins pour assurer le confort de la multitude en dépit des risques environnementaux d’une telle exploitation énergétique massive.

Voilà ce que démontrent les récents événements.  Certains diront que le Japon mérite ce qui lui arrive.  Une nation ayant connu deux explosions atomiques, à l’issue de la deuxième guerre mondiale, aurait dû être mieux avisée malgré ses ressources énergétiques limitées. Mais, en fait, ce que cela met en lumière sont les aléas que notre espèce est prête à encourir afin de maintenir son style de vie, indépendamment de l’avenir des générations futures.

Tout comme le pétrole ou le charbon avec leurs gaz à effet de serre et leurs émanations toxiques dans l’écosystème planétaire, le nucléaire n’est que l’ultime aboutissement de cette volonté avec ses menaces radioactives. 

Il n’est donc plus possible de continuer dans cette voie.  Les richesses énergétiques étant contingentées dans le temps et l’espace, plus que jamais,  nous devons changer nos paradigmes sociétaux ancrés dans la surconsommation afin de réduire notre soif en énergie.  Pour ce faire, on doit évaluer nos besoins énergétiques, non en lien à notre demande vorace conséquente à notre mode de vie, mais en rapport à ce que la nature peut nous procurer de façon pérenne et sécuritaire.

En ce sens, les énergies éolienne, solaire, géothermique, et même marémotrice, seront des alternatives renouvelables à privilégier dans un futur rapproché.

Finalement, cette catastrophe entrainera une réaction en chaine.  Pas celle nécessaire à la viabilité d’un réacteur ou d’une déflagration nucléaire, mais une réaction en chaine dans la conscientisation des limites ainsi que des périls de cette énergie dite « propre ».

Wisconsin : la dictature de la liberté

Les événements du Wisconsin initiés par le programme d’austérité du jeune gouverneur républicain Scott Kevin Walker, en poste depuis seulement deux mois, constituent le premier jalon de la politique libertarienne du Tea Party.  Au grand plaisir des partisans du mouvement ultraconservateur, l’accession au pouvoir de l’un des leurs est une victoire inespérée et propulsera encore plus en avant leur dogmatisme ainsi que leur arrogance.

Ainsi donc, les diaboliques syndicats, ayant pris le contrôle de l’appareil de cet État du Middle West américain, sont mis en échec, malgré les protestations populaires réunissant, à plus d’une reprise, des centaines de milliers de personnes devant le Capitole du Wisconsin.  Pourtant, les syndicats ont déjà été passablement affaiblis depuis les trente dernières années et les leaders syndicaux du Wisconsin avaient déjà ouvert la porte à des compromis afin d’alléger le déficit de l’État. 

Mais que cela ne tienne.  Comme un éléphant entrant dans une boutique de porcelaine, on saccage tous les droits sociaux les plus élémentaires en usant de stratagèmes antidémocratiques frisant le despotisme. Cela donne aussi le ton que pourront employer les entreprises privées dans leurs pourparlers avec leurs salariés syndiqués.

Non seulement les républicains du Wisconsin ont empêché à des élus d’entrer dans la Chambre lors de l’adoption du contesté projet de loi, ils ont aussi fait fi des règles parlementaires au Sénat en contournant le quorum de l’assemblée par une entourloupette procédurale – 14 sénateurs démocrates ayant refusé de siéger à cette occasion.  On voit clairement ici que la démocratie passe bien loin derrière les velléités idéologiques des ultraconservateurs qui affichent donc comment ils régleront le cas de ceux qui osent s’opposer à leurs politiques.

Par ailleurs, toutes ces manœuvres autocratiques vont à contre sens de la pierre angulaire de l’idéologie des républicains du Tea Party : la liberté.  Ainsi donc, en bafouant le processus de négociation syndicale-patronale, ils contreviennent à la liberté d’association, un droit reconnu internationalement, ne laissant primer que les libertés individuelles afin de diviser pour mieux régner.  En reléguant l’individu comme seule entité morale capable de revendiquer la plénitude de ses droits, il le confine dans un coin en étant l’unique responsable de ses déboires ou de ses succès. 

La situation aurait été probablement moins explosive si le gouverneur Scott Walker avait réparti l’ensemble des coupures à une communauté plus large.  Ce qui n’a pas été le cas.  Un autre pan de son programme fut d’allégé les impôts sur les hauts revenus et d’abaisser la taxation aux entreprises -  la belle vieille rhétorique des républicains depuis les années Reagan stipulant que seuls les nantis peuvent créer de la richesse.  Une croyance qui a pourtant mené les États-Unis dans un criant état d’inégalité des revenus ayant généré la crise économique de grande ampleur qui perdure depuis 2008 par un taux d’endettement record.  De la pure pensée magique.  On préfère détrousser la classe moyenne pour satisfaire les envies des riches. 

La vague libertarienne commence à déferler sur une Amérique en désarroi économique. L’Ohio est la prochaine en liste. Elle visera à recroqueviller l’État sur lui-même, en sabrant dans les services et la fonction publique avec, comme effet, de laisser les individus seuls avec eux-mêmes et dépourvus de réseaux de protection sociale.  Autre conséquence : ces coupes sauvages auront tendance à faire vaciller la timide reprise économique car bien des personnes, dont les employés de l’État, perdront en pouvoir d’achat pour s’assurer des avantages sociaux de base (santé, assurance, pension) que le gouvernement ne leur fournira plus.

Trop de liberté, c’est comme pas assez.  En vérité, la liberté, sans l’égalité la soutenant, ne mène qu’à la dictature idiote de la liberté…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  173 (universitaire)

Un peu de philosophie : Kant

“Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. ”

Emmanuel Kant –  Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)

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Autrement dit, accomplis tes gestes quotidiens selon une perspective de bien commun et demande toi s’ils sont acceptables pour un être raisonnable.

Ainsi, il n’est pas approprié de mentir, de voler, de tuer, de se suicider ou, dans une vision moderne, de polluer l’environnement pour des motifs de gain personnel – car on doit toujours se poser la question : si chacun agissait de la sorte?

Dommage que nos sociétés contemporaines aient oublié cette pensée philosophique si profonde et pertinente…

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La fin du libre marché

Les lois du marché sont éternelles, nous disent les adeptes du libéralisme économique.

Ah oui? Rien n’est moins certain.

Il semble évident que ces soi-disant lois sont malmenées dans ce monde postmoderne.

La population est croissante sur le globe.  L’industrialisation des pays émergents et leur volonté d’atteindre le modèle de la société de consommation à l’occidental s’accélèrent.  Les richesses naturelles du globe commencent à être déficitaires car la planète a désormais atteint, en 2010, le point de bascule de non-régénérescence des ressources terrestres.

Alors, que nous réserve l’avenir selon ces paramètres?

Les prix ne cesseront d’augmenter, en raison de la demande haussière et de la raréfaction des matériaux, de l’énergie et des denrées.  Ainsi, la pression deviendra forte entre offre et demande, et cela à un point tel que l’inflation sera galopante et engendrera des révolutions comme celles ayant présentement cours dans le monde arabo-musulman.  Des mouvements populaires d’insurrection ayant étés justement suscités par un gonflement effréné des prix des aliments.

Et partout ailleurs, en 2011 et à postériori, l’inflation globale frappera de plein fouet les différentes nations, selon des experts.  On peut déjà le constater avec la montée fulgurante du pétrole.

Dans ce contexte, les États connaitront une baisse de leurs rentrées fiscales en corrélation avec le ralentissement de l’activité économique suscité par l’accroissement de l’inflation.  Déjà, des États américains sont au bord de la faillite, comme la Californie ou l’Illinois, et des pays européens sont dans la même situation avec la problématique des dettes souveraines.  Les autres surnagent tant bien que mal enchainés à un endettement public colossal.  Imaginez la suite si la crise économique est exacerbée par une lutte pour les ressources rares – d’autres nations plongeront dans le gouffre de la banqueroute.

À cet égard, il faudra changer nos façons de faire et de concevoir l’économie.

Dès lors, il n’est pas vain de dire que le diktat du libre marché ne pourra encore perdurer bien longtemps…

À lire:  La fin de la logique comptable et La faillite des nations