Archives mensuelles : janvier 2011

Lucien Bouchard, Dessau et les gaz de schiste

Que fait-t-on, lorsqu’un expert à l’allégeance douteuse, comme André Caillé, se casse la gueule en tentant de faire avaler aux québécois la pertinence et la sécurité de l’exploitation des gaz de schiste?  Tout simple. On envoie le larbin des affairistes, Lucien Bouchard, à la rescousse.

L’Association pétrolière et gazière du Québec espère, par la nomination de ce nouveau président, amadouer la population en propulsant à l’avant-scène l’ancien premier ministre le plus populaire de l’histoire récente du Québec.

Pourtant, Lucien Bouchard se situe à des millions d’années lumière des préoccupations du citoyen québécois ordinaire.

Toute sa carrière, il pencha du bord du monde des affaires, sans compter ses va-et-vient constants entre foi souverainiste et fédéraliste démontrant à maintes reprises son caractère frivole et ambivalent.

Que cela soit clair : Bouchard n’est pas là comme médiateur dans ce dossier, mais comme représentant de commerce pour l’oligopole énergétique fossile. 

Et cela lui sied bien.

En fait, Bouchard couche avec les gens d’affaires depuis toujours.

Comme député et ministre de l’environnement sous les conservateurs de Mulroney – c’est un comble! – il marcha main dans la main avec la communauté d’affaire.

Parlons aussi de ses coupures sauvages en éducation et particulièrement en santé pendant son règne de premier ministre du Québec dont on ressent encore les effets en 2011.

Par ailleurs, son adhésion, en 2005, au Manifeste pour un Québec Lucien….lucide,  confirma ses positions conservatrices en économie souvent aux antipodes des besoins sociaux de la population. 

Et souvenons-nous de sa déclaration outrageante sur le manque d’ardeur au travail des salariés québécois.  En somme, « travaillez plus pour moins », comme il l’a dit aux employés d’Olymel dans son rôle de négociateur de la partie patronale – preuve ultime de son aversion pour la populace laborieuse.

Plus récemment,  il siège sur de nombreux conseils d’administration de grandes compagnies, comme Saputo, Transforce, Transcontinental et surtout Dessau (Conseil consultatif) qui est partenaire en règle de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), instigateur du projet des gaz de schiste!!!

Quand on parle du jupon qui dépasse!

Ne soyons pas dupe.  Le Québec ne doit pas tomber dans le panneau des gaz de schiste.

Lucien Bouchard n’est pas impliqué là-dedans pour des considérations altruistes ou pour faire avancer le Québec.  Il débarque dans ce dossier uniquement pour appuyer ses  petits copains et récolter en prime les 700$ de l’heure que lui paiera l’APGQ.  À ce tarif, n’importe quel opportuniste pourrait vendre sa propre mère.

Il sera intéressant de voir planer Bouchard sur les vapeurs des gaz de schiste avec la nouvelle information dévoilée concernant les fuites importantes sur les sites de Leclercville et de La Présentation de la compagnie albertaine Talisman en parallèle avec l’arrêt de ses projets gaziers aux États-Unis suite à un grave incident en Pennsylvanie … au risque de le voir perdre encore plus de crédibilité parmi ses compatriotes.

Bastarache: la tyrannie magistrale

Grand espoir fut suscité par la Commission Bastarache dont on espérait y voir un semblant de neutralité et d’esprit critique malgré sa création par le premier ministre Jean Charest lui-même se trouvant au centre de toute cette affaire de nomination partisane des juges dans la magistrature provinciale.

Cependant, il faut considérer tous les enjeux et tous les acteurs en place afin d’assimiler et de comprendre la portée et le sens du rapport Bastarache qui affirme avec tiédeur et antinomie la nécessité de procéder à des changements de protocole tout en blanchissant l’équipe exécutive libérale et leurs bailleurs de fonds de toute faute. 

Dans ce document lénifiant et complaisant, Jean Charest n’aurait pu mieux demander, même dans ses délires oniriques les plus fous.  L’ancien juge de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache, le conforte tout en affublant – à mots à peine voilés –  l’instigateur du dossier, Marc Bellemare, de menteur tout autant que son ancien sous-ministre Georges Lalande, témoin de la pression exercée par l’argentier libéral Franco Fava.

Or, comment Bastarache peut-il en arriver à un tel résultat après 6 millions de dollars de deniers publics dépensés et des mois de délibérations?

En fait, la vérité a peu de poids dans ce jugement.  L’important fut de protéger les apparences et de préserver la foi en les institutions publiques et surtout judiciaires.

Imaginez si Bastarache avait prétendu que le chef du gouvernement a agit de manière douteuse et non-éthique dans la nomination des juges?

Premièrement, il aurait ébranlé la confiance dans l’appareil démocratique ainsi que dans l’État.  Déjà que celle-là se fissure de partout.  Ironiquement, sous ce plan, le verdict Bastarache aura la conséquence opposée de celle voulue.  Le cynisme envers les institutions se répandra encore plus rapidement…

Deuxièmement, encore plus capital,  toute la légitimité de la magistrature pouvait être contestée.  Quel juge a été nommé par un collecteur de fonds libéral?  Quel juge a un jugement biaisé en fonction des intérêts de ses amis libéraux enquiquinés avec tel ou tel gens d’affaire impliqué dans un dossier épineux comme les gaz de schiste, par exemple?

Troisièmement, il était dans l’intérêt de l’ex- juge Bastarache lui-même de ne pas affaiblir la position de ses pairs!  La communauté des juges aurait probablement mal reçu un désaveu sur les pratiques de nomination dans la magistrature sous la gouverne libérale, sans compter que de pareils soupçons de favoritisme pèsent sur la nomination de Michel Bastarache à la Cour suprême par les libéraux fédéraux.

En somme, les dés furent pipés dès l’enclenchement de cette commission fantoche. 

La vérité ineffable et la justice ont passé au second rang derrière les intérêts corporatistes de la magistrature cherchant à se prémunir autocratiquement de toute attaque contre sa légitimité. 

Car, disons-le, nous vivons dans une tyrannie magistrale, c’est-à-dire de la magistrature. 

Ce sont les juges qui tranchent en dernier recours après les hésitations ou les tergiversations de l’organe législatif de l’État.  En outre, après la Cour suprême, la dernière instance, il n’existe aucun autre palier de contestation - à part Dieu- cela même si les décisions sont ineptes et justifiées par un élan d’autoprotection ou de retour d’ascenseur envers certains amis influents…

 Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  162 (universitaire)

Tucson : pas morts en vain

Il y a des événements dans l’actualité qui changent la course de l’Histoire.

La tuerie de Tucson en Arizona, perpétrée par Jared Lee Loughner, quoi que malheureuse par ses victimes innocentes, dont la représentante démocrate Gabrielle Giffords gisant sur un lit d’hôpital, peut éventuellement et contre tout attente débouchée sur un aspect positif.

Dans ces moments de stupeur et de tristesse devant le drame humain et l’inconséquence du geste meurtrier commis, le contexte est propice à une remise en question et à des changements de paradigmes importants dans la société américaine.

En effet, cet incident lugubre a permis de découvrir, pas son allocution, la grandeur d’un président, Barack Obama, hautement contesté par une puissante droite idéologique, appuyée par des médias colossaux comme le réseau Fox, n’hésitant pas à appeler aux armes pour renverser l’administration en place.

Aussi, il a dévoilé l’inconsistance d’une Sarah Palin, oracle du néoconservatisme, et l’irresponsabilité des ténors du Tea Party évoquant l’utilisation de la violence dans le débat politique.

De plus, cela donne des munitions aux opposants du trop libre accès à l’armement aux États-Unis, ce fer de lance de la droite républicaine.  Nul ne peut prévoir les agissements d’un individu dérangé lorsqu’il saisit une arme à feu dans ses mains, malgré la constitution américaine qui permet à tout américain de posséder une arme pour lutter contre la tyrannie.  Ce qui n’est sensiblement pas le cas ici.

Ainsi, le pendule devrait retourner dans l’autre direction et recentrer la politique américaine vers la modération et le bon sens.

Comme un papillon battant des ailes et créant une tempête à l’autre bout du monde, cette tragédie pourrait avoir des conséquences ultérieures dans les vents orageux de l’Histoire. 

Ce serait, en fait, le seul moyen d’honorer la mémoire des victimes de Tucson et de s’assurer que leurs morts ne soient pas vaines.