Archives mensuelles : juin 2010

L’antisyndicalisme réactionnaire de Gérard Deltell

Plus ça change, plus c’est pareil à l’Action Démocratique du Québec. 

D’un chef à l’autre, le même paradigme idéologique demeure malgré les déboires électoraux de cette formation politique. Ce qui se veut anachronique pour un parti qui prône le changement…

Le dogmatisme de droite et l’antisyndicalisme primaire pullulent encore parmi les rangs de l’ADQ, comme le témoignent les récentes déclarations négatives du chef, Gérard Deltell, à propos de l’entente de principe conclue entre le gouvernement et ses salariés syndiqués.

Pourtant, ici, le front commun syndical a fait preuve de bonne volonté en acceptant une moyenne de 1,2% par année de hausse salariale qui pourra être bonifiée si l’économie reprend en vigueur.  On s’entend que 1,2% n’est pas excessif, car l’inflation a atteint une moyenne de 1,72% par année au Québec depuis 2004 et que le taux d’inflation annualisé pour avril 2010 fut de 1,9% (selon Statistiques Canada).  Ce sont, en soit, des élévations salariales timides pour le demi-million d’employés de l’État.

Et même si ces hausses se voyaient indexer au coût de la vie, comme le prévoit l’accord, les revenus supplémentaires de l’État en parallèle avec la croissance de l’économie combleraient aisément la différence.  Il faut aussi mettre en lumière qu’une partie de ces concessions salariales reviendra dans les coffres du gouvernement via l’impôt sur le revenu.

De plus, le corps des employés de l’État, le plus nombreux parmi les états de l’Amérique du nord, a joué un grand rôle au Québec dans l’atténuation de la crise économique.  La présence d’une masse de consommateurs possédant un pouvoir d’achat stable a contribué au maintien de l’économie. En effet, le Québec s’est relativement bien sorti de cette tornade récessionnelle au contraire de la majorité des pays de l’OCDE. 

Ainsi, la position de l’ADQ surprend.   On se serait néanmoins attendu à plus de souplesse et de désir consensuel pour un parti à la dérive dans la faveur de l’électorat. La seule raison soutenant ce point de vue ne peut qu’être idéologique.  L’ADQ pourfend les syndicats, point.  Pour ses sympathisants, les syndiqués sont des exploiteurs, voire des bandits, et ne méritent simplement pas d’exister.  Mario Dumont, co-fondateur et ancien chef de ce parti,  l’a lui-même soutenu : les syndicats n’existent que pour ramasser les cotisations syndicales de leurs membres.

En somme, Deltell fait la même erreur que Dumont : il se borne obstinément dans un carcan idéologique en dépit de l’opinion du public et il en paiera aussi la note. 

Il attaque cette entente en affirmant que le gouvernement ne pense pas à la classe moyenne qui devra, selon lui, débourser les frais financiers de cette convention collective.   

Mais Deltell se met les pieds dans les plats.  Après tout, les travailleurs de l’État représentent une partie importante de la classe moyenne.  En fait, ils composent près du quart de tous les contribuables québécois (dû moins ceux qui en paient).  Ajoutez à cela les conjoints ou conjointes de ces employés et l’on arrive à la moitié des salariés « imposés » du Québec qui seraient affectés par une diminution des conditions de travail des fonctionnaires prônée par l’ADQ!   Il n’est alors pas étonnant que les idées amenées par ce parti ne trouvent pas preneurs parmi la population.

Deltell se bat comme un diable dans l’eau bénite.  Il multiplie les sorties démagogiques dans l’espoir de rallumer l’ancienne flamme de l’ADQ ayant brillée de tous ses feux lors de  la campagne électorale de 2007. 

Cependant, son parti est actuellement en crise.  Sa dette se chiffre à 640 000$ et il ne compte que 5 000 membres en 2010.  Or, ce n’est pas en tapant encore une fois sur le mouvement syndical, une recette qui a maintes fois prouvé son inefficacité, que Gérard Deltell pourra faire remonter la pente à l’ADQ.

Fier d’être Québécois…?

Sans commentaire.

Le libertarien et son code de la route

Le libertarien n’aime pas les contraintes.

Il proclame une latitude individuelle quasi-absolue et pourfend hardiment toute initiative contraignante. 

On connaît son idéologie politique : diminution des législations sociales, réduction ou même abolition de l’impôt, privatisation mur à mur des services publics et, bien sûr, castration de l’État ou même sa disparation complète.

Alors transposons cela dans un modèle théorique plus concret : le code de la route.

Avec l’assurance que la recherche rationnelle des intérêts individuels amène le bien collectif, le code de la route du libertarien ne mériterait même pas d’être rédigé.

Tout le monde étant gentil dans le meilleur des mondes issu de la pensée magique, chacun céderait le passage aux piétons, ne roulerait pas à une vitesse excessive, exécuterait son arrêt complet au coin de la rue même sans la présence voyante de l’affiche « arrêt-stop » et pourrait se faufiler sans problème à travers les dizaines d’automobiles qui croisent simultanément une intersection!

Dans la réalité, les gros poids lourds écrabouilleraient les petites voitures et surtout les piétons, ces “va-nu-pieds” incapables de se payer des véhicules. 

Pas besoin d’une boule de cristal pour entrevoir qu’un code de la route libertarien ne peut permettre un flux constant et sécuritaire sur le réseau routier – les routes devenant engorgées de voitures accidentées et jonchées de cadavres. 

Il en est de même pour un système social. 

Une société sans garde-fou, sans contrepoids socio-économique aux envies privées, dénuée d’un minimum de cohésion et de justice sociale ne pourrait perdurer.

À l’image d’un code de la route caractérisé par le chaos, le corps social libertarien se scléroserait en poussant la communauté dans un vortex d’iniquité et d’exclusion.