La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

On la sent dans l’air.  Elle est palpable.  La grande rupture sociétale arrive.

Bientôt, les sociétés occidentales seront au prise avec un dilemme incontournable: maintenir le balancement des finances publiques ou respecter leurs engagements en services publics ainsi qu’en protection sociale.

En raison de la diminution des rentrées fiscales des États conséquente à la crise et surtout des plans d’aide économique ayant pompé les deniers publics à la hauteur de milliers de milliards, les gouvernements de part et d’autres sont de plus en plus acculés à la banqueroute.

On le voit déjà : le ratio endettement public/produit intérieur brut (PIB) atteint des proportions inquiétantes dans plusieurs pays développés.

En fait, selon l’OCDE, les 30 nations les plus économiquement avancées connaitront une hausse pouvant atteindre 100% de leur PIB en 2010, ce qui signifie un doublement du fardeau des dettes publiques en deux décennies.  De plus, de 2007 à 2010, la période correspondant au sommet actuel de la crise économique, le gonflement de celles-ci  aurait atteint 45% (source).

Un danger plus que réel, comme le souligne Cinzia Alcidi, du Centre for European Policy Studies : « Une dette à 100 % du PIB signifie que tout ce qui a été produit pendant un an devrait être consacré au remboursement. Les gouvernements sont-ils en situation de le faire? « 

Certains États sont désormais au bord de la faillite : l’Islande, l’Irlande, l’Espagne et surtout la Grèce. Un effet domino pourrait bien entrainer plus de pays dans cette spirale infernale.

En considération de ces faits troublants, quelle est la suite?

Comment aligner les impératifs budgétaires des États avec les besoins sociaux et communautaires des populations de ces États?  La solution paraît hors de portée avec la timide reprise économique que l’on connaît.

Dans le passé, c’est-a-dire après la deuxième guerre mondiale, les énormes dettes contractées à la suite de la grande dépression des années 30 et des frais militaires dus à l’effort de guerre ont été remboursés lors de la période de prospérité appelée les « Trente Glorieuses ».  À cette époque, la reconstruction de l’Europe avec le plan Marshall a permis de dévier l’immense potentiel industriel des États-Unis développé pendant la guerre vers la consommation de masse.

Mais, en 2010, alors que les dettes publiques éclatent encore une fois, aucune période de forte croissance ne pointe à l’horizon.  Bien au contraire.  Le système semble sclérosé et même la Chine commence à s’étouffer avec son inflation galopante et son secteur immobilier au bord d’un dégonflement.

Par ailleurs, on ne doit plus compter sur la croissance du PIB pour réduire le poids des dettes publiques comme dans les années 40 à 70 du siècle dernier.  Le fort ralentissement économique amenant une cadence moindre de la progression du PIB n’est pas à l’avantage des États tout comme une possible déflation ne serait pas positive pour tous les débiteurs de la planète car cela contribuera à alourdir la pesanteur des dettes au delà de leur valeur nominale.

Le point de rupture va bientôt être atteint et des choix difficiles et paradoxaux se présenteront.

Les gouvernements occidentaux auront tendance à couper sauvagement dans les dépenses et les services sociaux comme cela se passe actuellement en Grèce. Mais, en agissant de la sorte, ils entraineront l’éclosion d’une grogne populaire de la part de leurs électeurs habitués à une qualité de vie adéquate et à un certain niveau de services publics. Il faut aussi mettre en perspective que le vieillissement de la population fera accroitre la demande pour plus d’investissement public en soins de santé et que les hausses de demandes d’assistance au chômage résultantes de la crise actuelle plomberont encore plus l’’équilibre budgétaire des États.

Bref, ça va brasser (et ça brasse déjà comme on a pu voir dernièrement en Grèce), et seul un rétablissement d’un équilibre entre les forces économiques privées et la sphère du domaine public peut désamorcer une situation plus qu’explosive socialement.

C’est d’ailleurs ce que tente de mettre en marche le nouveau président américain, Barack Obama, en essayant de rehausser l’imposition et la taxation sur les hauts revenus et les grandes compagnies en dépit de la forte opposition républicaine qui ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Le président essaie tout bien que mal d’initier un nouveau mouvement en politique fiscale en incitant les autres nations industrialisées à faire de même.

Le plus ironique ainsi qu’hypocrite est que ce sont les républicains qui multiplièrent la dette publique américaine depuis Reagan et qu’ils montent les premiers aux barricades lorsque le présent président démocrate tente de redresser la situation en dénichant de nouveaux revenus chez les classes très aisées ayant profité le plus des règnes républicains.

Les prochaines années seront déterminantes pour l’économie mondiale.  Les défenseurs d’un marché libre dépourvu de toute entrave ou de toute ingérence étatique ne pourront plus se mettre la tête sous le sable.

La grande rupture sociétale entre les pouvoirs économiques transnationaux et les aspirations concrètes des populations humaines est à notre porte.

Peut-être comprendront-ils et comprendrons-nous enfin que capital ne rime pas avec social.

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19 réflexions sur “La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

  1. Très bonne analyse, quoique j’aie une réserve.

    «Les défenseurs d’un marché libre dépourvu de toute entrave ou de toute ingérence étatique ne pourront plus se mettre la tête sous le sable. »

    C’est mal les connaître ! Pour eux, les faits n’ont aucune importance, c’est, selon eux, leur théorie qui est la meilleure et qui explique tout. Elle ne peut donc être responsable de rien. Ce sont les interventions étatiques qui sont responsables de tous les malheurs.

    Misère…

  2. Oui, je connais leur rhétorique anti-étatiste.

    Mais ils devront se rendre à l’évidence ou disparaître sur le plan politique. Le néolibéralisme est sur le point de mourir dans les bruits de colère de la masse des citoyens.

  3. Je le souhaite, mais ne compte pas sur eux pour avouer un seul tort. Et leur rhétorique séduit malheureusement encore bien du monde. Je ne veux pas paraître plus négatif que je ne le suis, mais on ne doit pas espérer d’aide de leur part On doit plutôt continuer à les combattre sans sous-estimer leur capacité à rebondir et tout travestir pour accuser les autres des conséquences de leurs politiques.

  4. La suite? Que de probabilités!
    - guerre « salvatrice » mondiale 75%
    - réduction drastique et planifié de la population 35%
    - famine et chaos social 100%
    - colonisation de l’espace et nouvel age d’or de l’humanité 5%
    - Prise de pouvoir des oligarques et fin de l’État nation 25%
    - little brother et/ou big brother 100% (le processus est bien amorcé)
    - repression des masses par les NTCH (nouvelle technologie de contrôle humain) 100%

    Que font les rats en état de surpopulation et de manque de ressource? ils migrent et si ce n’est pas possible ils s’entretuent.

  5. La dette, du Québec par exemple, est comme un hypothèque. Ça veut dire que le pays a emprunté x dollars pour payer des routes, des ponts, des infrastructures de toutes sortes. Pourquoi paierait-on tout de suite et au complet un pont qui va durer cent ans ? Arrêtez de paniquer sur la dette et surveillez plutôt les emprunts servant à régler des dépenses non capitalisables.On ne paie pas son épicerie avec sa carte de crédit…

  6. Darwin dit vrai, lorsqu’il annonce le refus des néo-libéraux de reconnaître les faits. C’est pourquoi, on les nomme idéalistes, d’ailleurs. Ceux qui s’opposent aux matérialistes. Nous tentons, tant bien que mal, de repousser les bornes de l’ignorance. Mais est-ce que nos petits blogues vont remplacer Quebecor? Je veux bien repousser les bornes, mais elles sont plus nombreuses et plus fortes que nous, car dans ce système, elles ont le capital.

  7. Je suis un peu d’accord avec entropie, un chaos s’annonce. S’il y a eu jadis, des guerres pour du pétrole, etc.., croyez-moi, pour l’eau et la nourriture et des terres habitables, il y en aura!

  8. sylvainguillemette :Darwin dit vrai, lorsqu’il annonce le refus des néo-libéraux de reconnaître les faits. C’est pourquoi, on les nomme idéalistes, d’ailleurs. Ceux qui s’opposent aux matérialistes. Nous tentons, tant bien que mal, de repousser les bornes de l’ignorance. Mais est-ce que nos petits blogues vont remplacer Quebecor? Je veux bien repousser les bornes, mais elles sont plus nombreuses et plus fortes que nous, car dans ce système, elles ont le capital.

    Un crieur parmis les sourds reste un crieur!!!

  9. Je suis d’accord Entropie. Il faudra malheureusement prendre les armes. Je le concède à ceux avec qui je disais le contraire, il y a un an ou deux. Les forces impérialistes ne sont pas les nôtres, mais celles de la bourgeoisie, ne nous y trompons pas.

    Tout ça, crier, beugler, c’est bien, pour informer le peuple ignorant par exemple, mais c’est tout, ça ne mène qu’à ça, informer le peuple, pas plus. D’un autre côté, sans ce peuple informée, toute tentative se résultera en révolte, soit en révolution ratée. Il faut qu’elle soit mondiale, et je crois que les pays riches ont un exemple à donner. De toute façon, eux, les bourgeois, ils les prennent, ces armes.

    Mon problème demeure encore le fait que ces bourges de merde disposent quand même de plus grands moyens que nous de faire parvenir leur propagande, si fausse soit elle.

  10. Sylvain Guillemette :Je suis d’accord Entropie. Il faudra malheureusement prendre les armes. Je le concède à ceux avec qui je disais le contraire, il y a un an ou deux. Les forces impérialistes ne sont pas les nôtres, mais celles de la bourgeoisie, ne nous y trompons pas.
    Tout ça, crier, beugler, c’est bien, pour informer le peuple ignorant par exemple, mais c’est tout, ça ne mène qu’à ça, informer le peuple, pas plus. D’un autre côté, sans ce peuple informée, toute tentative se résultera en révolte, soit en révolution ratée. Il faut qu’elle soit mondiale, et je crois que les pays riches ont un exemple à donner. De toute façon, eux, les bourgeois, ils les prennent, ces armes.
    Mon problème demeure encore le fait que ces bourges de merde disposent quand même de plus grands moyens que nous de faire parvenir leur propagande, si fausse soit elle.

    Je ne suis pas d’accord avec toi (ne le prend pas mal c’est pour le débat). Après la révolution que ce passera t-il? La loi de Pareto indique que toute forme d’organisation (indépendament de sa structure idéoologique) reproduit des comportements hierarchiques (de classe en langage marxiste). Est-ce vraiment la solution ou un désir plus ou moins conscient d’une orgie sanglante et purificatrice qui anime cette volonté de révolte? Je ne sais, mais je te conseil vivement de connaître ou de relire : James Burnham, George Orwell, Machiavel, Herbert Marcuse… Si tu te dit, mais alors que propose tu? Franchement, je suis dans une impasse. Les choses s’enveniment, le monde saigne et les prochaines années sont RÉELLEMENT critiques pour l’avenir de l’être humain. Faut-il dépasser les lunettes théoriques (capitalisme, corporatisme, constructivisme, marxisme, réalisme, etc)? Probablement. Faut-il les abandonner? certainement pas. Quels actions poser? contempler, se révolter, agir à l’intérieur du système, imposer sa loi… Je ne sais, je ne sais!

  11. Hé hé! Je ne débaterai pas de cela, car effectivement, une suite s’impose à tout cela, et ce ne sera jamais terminé. La guerre de classe sera permanente, mais cela ne remet-il pas, justement, sur la voie, les écrits de Trotsky? Je ne sais pas moi non plus.

    Seule le temps sait, et encore…

    Mais en attendant? On fait quoi, justement? On contemple? Je troucve cela difficile, car nous connaissons ces faits, nous connaissons, justement, les saignées du peuple, de notre classe de prolétaire surtout. Et nous savons, en ce moment, qui nous exploite, et qui prône ouvertement des guerres pour s’accaparer les richesses crées par ces prolétaires d’outre-mer, et sinon, celles issues de la Terre, que nous nous entenderons pour déduire comme une richesse commune, un bien commun.

    Mais également, le marxisme n’est-il pas qu’une facette, je veux dire…, c’est une forme d’analyse, rien de moins, rien de plus. Le marxisme s’imposera après la révolution, donc, et peu importe le contexte, sauf si les idéalistes prennent un contrôle absolu, ce qui n’est point le cas en ce moment. Nous résistons.

    Et ce marxisme, par lasuite, mènera à quelque chose d’autre, autre que le communisme. Le communisme, comme les autres systèmes avant lui, n’est pas un aboutissement, mais un passage, il faut le concevoir ainsi je crois, justement pour s’éviter la déception.

    Tout cela dit, faut-il agir et rester là, à regarder tout cela? Je ne crois pas. Un homme, dont les capitalistes ont usurpés les propos, disait: « La seule condition au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien *».

    *On dit sur wikipedia, que Edmund Burke n’est pas l’auteur de ces propos, alors je ne sais qui l’a dit…

  12. Oui, le marxisme est une forme d’analyse. Juste une forme d’analyse aussi scientifiquement fondée que la psychanalyse…
    Comment un outil théorique peut-il s’imposer? De plus, le communisme n’a jamais exister(une société sans classe et sans hierarchie ou les moyens et les biens de production sont dans les mains de tous et pour tous). Les régimes dit « communistes » sont des dictatures dominées par une autre forme d’élite que celle produite par les « démocraties » « capitaliste » (dictature différente, mais dictature tout de même). C’est une erreur bien commune d’occulter de sa perception que TOUTE idéologie est un véhicule de légitimation de la DOMINATION des UNS sur les AUTRES. C’est seulement le visage de l’exploitation qui change.

    Pour ta réflexion : « La seule condition au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien ». Oui je suis d’accord, mais quand les hommes de bien utilisent les outils des hommes du mal qui est le bon et qui est le mal? Quand les hommes de bien remplacent les hommes de mal dans le jeu des hommes de mal qui est le bon et qui est le mal? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le mal?

    Bon je termine ce commentaire sur une note pour continuer ce débat très intéressant sur une note qui permet d’ouvrir une porte de l’esprit vers un peu plus de réalisme. Un dicton populaire dit: « la liberté s’arrête là où celle des autres commence ». Petite rupture épistémologique pour un paradigme plus réaliste et basé sur l’observation des comportements humains : « la liberté s’arrête là où l’être n’est plus capable de l’exercer ».

  13. Un résumé de la thèse de James Burnham en anglais:

    « Capitalism is disappearing, but Socialism is not replacing it. What is
    now arising is a new kind of planned, centralised society which will be
    neither capitalist nor, in any accepted sense of the word, democratic.
    The rulers of this new society will be the people who effectively control
    the means of production: that is, business executives, technicians,
    bureaucrats and soldiers, lumped together by Burnham, under the name of
    « managers ». These people will eliminate the old capitalist class, crush
    the working class, and so organise society that all power and economic
    privilege remain in their own hands. Private property rights will be
    abolished, but common ownership will not be established. The new
    « managerial » societies will not consist of a patchwork of small,
    independent states, but of great super-states grouped round the main
    industrial centres in Europe, Asia, and America. These super-states will
    fight among themselves for possession of the remaining uncaptured
    portions of the earth, but will probably be unable to conquer one another
    completely. Internally, each society will be hierarchical, with an
    aristocracy of talent at the top and a mass of semi-slaves at the bottom. »

    Ça sonne visionnaire ça!

    source:

    http://www.george-orwell.org/James_Burnham_and_the_Managerial_Revolution/0.html

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