Le capitalisme est contre-nature

On entend souvent dire : le capitalisme est à l’image du comportement humain et de sa psyché.  À la base, l’Homme serait un être absolument axé sur lui-même. Seule la motivation pécuniaire peut influencer l’humain car ce dernier ne serait pas un animal altruiste.

Rien n’est plus faux.

Le fait est que l’Homme est le résultat de son environnement et de ses expériences. L’individualisme primaire qui règne dans l’Occident contemporain n’est donc pas un absolu du comportement humain.

D’autres communautés se sont construites en s’appuyant sur des valeurs contraires, comme le partage et la solidarité : citons les amérindiens et les tribus primitives de la préhistoire qui combinaient les forces de tous leurs membres afin de survivre dans un milieu hostile.

À notre époque, l’omniprésente domination culturelle des élites industrielles et commerciales qui imposent leur vision de la société aux autres citoyens est probablement la cause de cette attitude individualiste ayant maintenant entré dans tous les esprits. Le modelage des valeurs ne vient pas du bas de la structure sociale, mais bien, de nos jours, du haut. Une minorité nous force à accepter ses idées par sa propagande mercantiliste incessante dans les médias et cela à un point tel que nous les prenons pour des vérités inaltérables.

Il est aussi tout autant inapproprié de soulever la théorie que le capitalisme est perpétuel et, qu’à l’image du milieu naturel, il évolue selon les concepts de compétition et d’équilibre un peu comme un écosystème vivant avec sa balance naturelle.

Comment a-t-on le culot de proposer une pensée du genre?  Ce système économique ne cesse de polluer la biosphère, de détruire les espèces animales et d’épuiser les ressources naturelles du globe.

Et du coté humain, le capitalisme accroît les inégalités sociales et l’injustice.  Il divise l’Humanité au-lieu de la rassembler et les désirs égoïstes qu’il suscite fait ressortir ce qu’il y a de plus vil chez l’être humain.

Le capitalisme amène des valeurs qui sont aux antipodes de celles ayant permis à notre espèce de siéger au-dessus de la pyramide de la chaine alimentaire et de dominer la planète.

Il faut sortir de cet occidentocentrisme nous faissant fallacieusement croire que notre civilisation est immuable et que seuls nos paradigmes culturels, sociaux et économiques sont des valeurs universelles.

C’est justement ces croyances préconçues qui ont fait tomber toutes les civilisations avant la nôtre et nous retombons lamentablement dans le même piège.

À lire:

“Le capitalisme touche à sa fin” – Entrevue avec Immanuel Wallerstein

Le participalisme et l’après capitalisme

20 réflexions sur “Le capitalisme est contre-nature

  1. Ce texte est intéressant et se lit bien mais, j’ai le regret de le dire, je crois tout le contraire. Il est fort possible que l’individualisme moderne ait peu à voir avec la nature de l’homme. Pour autant, le capitalisme répond à des caractéristiques humaines qui se trouvent à toutes les époques: la recherche du confort et du bien-être, le désir d’ascension sociale et la propension à l’échange. Le capitalisme est aussi en bonne partie le résultat d’un processus éminemment moderne et incontournable: la spécialisation de la production.

    Sans doute, la sympathie envers l’autre est une part importante de la psychologie humaine. Cependant, cette sympathie perd beaucoup de sa force lorsque l’individu doit prendre une décision qui touche directement ses intérêts. Et bien que l’on doive valoriser des valeurs comme la générosité et l’empathie (dans certaines limites), tout système politique devrait être fondé sur la prémisse que les individus aspireront d’abord à ce qui est bon pour eux. C’est l’idée selon laquelle l’homme est naturellement bon et porté à aider son prochain qui me paraît aller contre l’essence de l’homme.

  2. « Le modèle social de base, accepté de tous, entrait en contradiction aiguë avec les différentes évolutions du monde européen. La société en général se définissait en fonction de différentes collectivités. Or, les tendances à l’oeuvre aux XVIIe et XVIIIe siècles favorisaient davantage l’individualité. Il y avait là une contradiction fondamentale que l’État, qui se centralisait de plus en plus, ne fut pas capable de résoudre. Les Européens de l’Ancien Régime ne pouvaient voir que l’évolution de leur société les menait dans une impasse. Après un XVIIe siècle particulièrement pénible, marqué par de grandes guerres paneuropéennes, ils jouirent d’un puissant essor économique au XVIIIe siècle, favorisé par un net recul des conflits armés. La prospérité, porteuse d’individualité, sonna le glas de la période qui l’avait vu naître. » – Michel De Waele, L’Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles.

  3. @PiLUc

    « Le capitalisme est aussi en bonne partie le résultat d’un processus éminemment moderne et incontournable: la spécialisation de la production. »

    Oui, évidemment. Mais cela ne prouve en rien l’immortalité de ce système.

    http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2009/05/17/le-capitalisme-touche-a-sa-fin-entrevue-avec-immanuel-wallerstein/

    http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2009/05/30/le-participalisme-et-lapres-capitalisme/

    « Et bien que l’on doive valoriser des valeurs comme la générosité et l’empathie (dans certaines limites), tout système politique devrait être fondé sur la prémisse que les individus aspireront d’abord à ce qui est bon pour eux.  »

    Justement, les individus se rapprochent les uns des autres lorsque leur satisfaction personnelle est en péril. Ainsi, ils comprennent qu’ils doivent compter sur les autres et oublier leur égocentrisme afin d’améliorer leur condition. L’Homme est avant tout un être social qui ne peut survivre sans le concours des autres.

  4. Je répondrais qu’il est exceptionnel que la satisfaction personnelle des humains soit en péril. Presque toujours, la situation est calme, régulière, et l’individu peut vaquer à ses occupations sans se poser des questions sur son rapport à la communauté plus globale.

    Pour moi, il me semble bien que la propension à l’égocentrisme n’est pas un frein à l’amélioration du bien-être mais bien sa condition. Mon raisonnement est simple. Une société se développe lorsque ses membres cherchent, par un effort soutenu, à assurer le plus grand développement de leurs aptitudes personnelles, chacun dans leur domaine. Cet effort demande une très grande abnégation. Or, compte tenu de ce qu’est la nature humaine, cette abnégation ne peut provenir uniquement d’une sympathie pour l’autre. Elle doit répondre à un désir individuel, intéressé, en bonne partie égoïste. Sa finalité n’est pas nécessairement la soif de confort matériel, ce peut aussi être la recherche de la gloire, de l’honneur, de la reconnaissance parmi les pairs. C’est la somme de ces efforts individuels, réalisés pour un bien individuel, qui rend au final la société plus prospère, plus intelligente et plus humaine.

    Je le souligne, c’est souvent parmi les gens instruits, donc ceux qui ont le moins besoin du secours de la communauté, qu’on trouve la plus grande générosité envers les personnes vulnérables. Faire dépendre chacun de ses semblables, c’est en même temps suspendre son action et placer hors de lui-même toute possibilité d’améliorer son sort. Cela ne me semble pas souhaitable.

  5. @PiLUc
    « Je répondrais qu’il est exceptionnel que la satisfaction personnelle des humains soit en péril.  »

    Vous évitez de parler des années 30, des disettes du moyen-âge ou de l’avenir qui annonce un recul de la qualité de vie.

    « C’est la somme de ces efforts individuels, réalisés pour un bien individuel, qui rend au final la société plus prospère, plus intelligente et plus humaine. »

    Vous me sortez des clichés provenant d’Adam Smith, père du libre-marché.

    Comment une société peut-elle être plus humaine lorsque chacun ne recherche que son bonheur individuel? À longue échéance, dans cette dynamique, une polarisation se crée entre les individus les plus talentueux ou les plus chanceux et ceux n’ayant pas eu les mêmes opportunités. Alors naissent l’élitisme et les inégalités structurelles.

    « Je le souligne, c’est souvent parmi les gens instruits, donc ceux qui ont le moins besoin du secours de la communauté, qu’on trouve la plus grande générosité envers les personnes vulnérables.  »

    Oh là là…. ça me semble une position très subjective. Selon mon expérience personnelle, l’instruction n’est pas déterminante dans les comportements empathiques. C’est encore mettre l’élite au dessus de la mêlée du petit peuple en disant: regardez comme elle est bonne et généreuse. Et si c’était vrai, il n’y aurait plus de misère sur la terre depuis des décennies et les banques alimentaires regorgeraient de nourriture (ce qui n’est pas le cas, au contraire, depuis quelques années)…

    De plus, il est normal que les plus instruits, donc souvent les plus nantis, donnent plus que les ressortissants des classes inférieures: ils ont l’argent pour le faire!

    Cependant, il est facile de donner quelques dollars en se faisant bonne conscience mais plus difficile est de donner de son temps. Vous remarquerez qu’il n’y a pas souvent de riche bourgeoise qui sert le repas à la soupe populaire ou qui occupe une fonction de bénévole à la friperie…

  6. @ PiLuc

    «C’est la somme de ces efforts individuels, réalisés pour un bien individuel, qui rend au final la société plus prospère, plus intelligente et plus humaine. »

    Comme le dit Jimmy, cette affirmation rejoint les bases théoriques du capitalisme telles qu’énoncées par ses théoriciens. On dirait que ces théoriciens n’ont jamais envisagé qu’il arrive fréquemment que la recherche de la satisfaction individuelle se fasse au détriment de celle des autres.

    «Ce système économique ne cesse de polluer la biosphère, de détruire les espèces animales et d’épuiser les ressources naturelles du globe. »

    Ici, Jimmy met le doigt sur un autre problème de la pratique du capitalisme et de ses indicateurs, problème que je considère comme sa plus grande lacune : elle ne tient pas compte des externalités. Le marché fonctionne sur la base de l’offre et de la demande sans comptabiliser le coût des dommages qu’il fait aux autres et à l’environnement. Il est comme une calculatrice qui n’aurait qu’une fonction d’addition, donc pas de fonction de soustraction !

  7. Vous me pardonnerez, je l’espère, une réflexion plus courte et moins détaillée que la qualité de vos réponses ne l’aurait exigé; je suis un peu pressé. Je pourrai compléter demain.

    D’emblée, une précision. Je nie formellement reproduire la pensée d’Adam Smith, que d’ailleurs je n’ai jamais lu qu’indirectement. Je suis beaucoup plus près de son contemporain David Hume.

    On dit que mes arguments mènent à l’élitisme et à l’injustice. Je ne le cache pas: je suis très élitiste. Je crois qu’une société ne peut être riche, ne peut avoir une culture vibrante que si elle possède des classes sociales distinctes et s’il existe une certaine hiérarchie de positions en son sein. Vouloir que tous les membres d’une société possèdent une même condition sociale et affichent des comportements semblables, c’est selon moi la condamner à l’insignifiance, à un lent et douloureux déclin.

    Je n’ai pas défini ce que j’entends par instruction. Je lui donne un certain sens: pour moi, ce n’est pas tant le niveau collégial ou universitaire, l’acquisition d’un diplôme et d’une spécialisation très forte, c’est une éducation diversifiée, et l’acquisition de connaissances dans une grande variété de domaines. C’est la curiosité qui pousse à s’ouvrir sur le monde et à s’intéresser à ce qui se passe autour de nous. Je crois que, dans ce contexte, la relation entre instruction et humanité va plus largement de soi.

    Je suis bien d’accord pour convenir que notre système économique comporte des externalités. Moi-même, je n’ai pas d’affinité particulière pour le capitalisme ou pour l’individualisme effréné. J’ai pris soin de préciser, en parlant de l’intérêt pour soi, que celui-ci pouvait être tourné vers la recherche de l’honneur et de la reconnaissance tout autant que vers l’acquisition de richesses. Justement, parce qu’une société ne peut pas faire abstration du désir de chaque personne de se distinguer et de travailler à son propre bien-être, elle doit récompenser des valeurs (la soif de gloire, le prestige, la générosité) qui, tout en satisfaisant l’égoïsme, « l’intéressement » de l’homme, profitent à la société dans son ensemble. L’écrivain qui aspire à l’excellence dans son art le fait d’abord afin de s’acquérir une réputation dans le monde littéraire: en faisant cela, il écrit de bons livres qui plaisent à un vaste public. Sa satisfaction personnelle contribue au bien-être général.

    Placer l’initiative de l’action dans les mains de la communauté, à l’inverse, revient à déresponsabiliser tout le monde.

  8. @PiLuc

    Nous sommes tous des individus, mais la recherche de la satisfaction individuelle passe par le dépassement de soi, pas par la compétition avec les autres.

    À quoi sert de posséder le monde si on y perd son âme…

  9. @PiLuc

    «L’écrivain qui aspire à l’excellence dans son art le fait d’abord afin de s’acquérir une réputation dans le monde littéraire; en faisant cela, il écrit de bons livres qui plaisent à un vaste public. »

    Les meilleurs livres de Boris Vian (et de bien d’autres auteurs), selon lui et selon la plupart de ses lecteurs d’aujourd’hui, ne sont pas ceux qui ont plu à un vaste public. Il a même pris un nom de plume (Vernon Sullivan) pour écrire des livres «grand public» ou alimentaires. Il en est de même des cinéastes qui font de la pub ou des commandes (ce que André Forcier appelle du travail de tâcheron…) pour pouvoir ensuite réaliser de véritables oeuvres artistiques.

    @ Jimmy

    «la recherche de la satisfaction individuelle passe par le dépassement de soi, pas par la compétition»
    :-) Malheureusement, trop de gens évaluent un travail, un résultat davantage en fonction du travail ou du résultat des autres plutôt que par rapport au potentiel de la personne. C’est tout particulièrement dommage et dommageable dans le milieu scolaire où trop de parents tiennent à évaluer la progression de leur enfant avec une moyenne comparative ou un rang.

  10. Jimmy: Je crois aussi dans le dépassement de soi. Toutefois, nous ne lui donnons pas la même définition. Le tien signifie: « s’oublier pour mieux donner à la collectivité », le mien veut dire: « se rendre meilleur pour ensuite mieux donner à la collectivité ». Hélas, ces définitions sont peu conciliables.

    Darwin: Il était juste de me reprendre, en effet, les meilleurs livres ne sont pas toujours de ceux qui plaisent au grand public. Je ne peux être plus en accord. Cependant, cela ne fait rien à mon argument. Pour écrire de bons livres, un auteur doit s’astreindre à une grande discipline, reprendre continuellement son travail et toujours chercher à atteindre un degré de perfection plus haut dans son art. Cela passe par une individualité très forte (un grand auteur est toujours solitaire, disait Hawthorne), cela passe aussi par l’attente d’avantages personnels – pas toujours matériels.

    Je n’ai jamais lu Vian, le devrais-je? Je suis plutôt traditionnel dans mes goûts littéraires.

    Il est difficile de mesurer le potentiel d’un élève. Ce potentiel, d’ailleurs, se révèle le plus souvent à travers l’effort et le travail acharné, ce que la compétition suscite. De plus, le potentiel est une chose vague, dont il est difficile de mesurer l’évolution. Il est certain que le professeur, avec sa classe de trente élèves, ne peut s’en charger. Il faut un critère objectif, externe, pour mesurer la progression des jeunes. La moyenne n’est pas un indicateur parfait, mais c’est souvent le meilleur que nous détenions.

  11. J’ajoute une chose: on ne perd pas son âme à s’améliorer soi-même en tant qu’individu. On y gagne un supplément d’âme.

  12. @ PiLuc

    «Je n’ai jamais lu Vian, le devrais-je? »

    Il est sur mon podium… même pour ses Vernon Sullivan alimentaires ! L’écume des jours est le plus connu. Il est excellent, mais je préfère L’automne à Pékin et L’arrache-coeur. Dans les Sullivan, je recommande Et on tuera tous les affreux.

    « Je suis plutôt traditionnel dans mes goûts littéraires.»

    Ça dépend de la tradition ! Vian était particulier, mais il a influencé tellement d’auteurs que son style détonne moins aujourd’hui qu’à l’époque où il les a écrits. Je qualifierais son style d’absurde humaniste assaisonné d’humour !

    «Cependant, cela ne fait rien à mon argument.»

    Quand même un peu. Comme Vian et les autres exemples que j’ai donnés, ils doivent souvent faire des choses qu’ils n’aiment pas pour pouvoir vivre et faire ce qu’ils aiment.

    «le potentiel est une chose vague, dont il est difficile de mesurer l’évolution»

    Peut-être, mais je ne suis pas d’accord avec votre conclusion. J’y reviendrai peut-être.

  13. @PiLuc

    « Le tien signifie: “s’oublier pour mieux donner à la collectivité”, le mien veut dire: “se rendre meilleur pour ensuite mieux donner à la collectivité”  »

    Non, tu n’y es pas. Je ne suis pas obligatoirement pour un nivellement par le bas parce que j’ai un discours plus socialisant. On entend fréquemment cette rengaine chez la droite.

    Bien sûr, il faut penser aux répercussions de nos agissements personnels sur la communauté (je crois que l’on s’entend un peu là-dessus) .. Mais ce que je voulais soulever c’est que l’on peut se dépasser soi-même en travaillant à l’amélioration ou à l’optimisation de ses compétences sans nécessairement jauger nos réalisations par rapport à ce que d’autres ont accompli.

    Ce genre de raisonnement compétitif apporte souvent son lot de désappointement car il y a toujours égal ou meilleur que soi…ou presque.

  14. @Darwin

    « Malheureusement, trop de gens évaluent un travail, un résultat davantage en fonction du travail ou du résultat des autres plutôt que par rapport au potentiel de la personne. C’est tout particulièrement dommage et dommageable dans le milieu scolaire où trop de parents tiennent à évaluer la progression de leur enfant avec une moyenne comparative ou un rang. »

    Nous vivons dans une société capitaliste qui reproduit les modèles de pensées capitalistes. Cela confirme mon point apporté dans le billet… ces schèmes sont néfastes.

  15. «La moyenne n’est pas un indicateur parfait, mais c’est souvent le meilleur que nous détenions. »

    En fait, je suis en désaccord avec tout votre dernier paragraphe. Un des problèmes avec notre système d’éducation (et bien d’autres) est qu’on dirait que l’objectif de l’éducation est d’évaluer les élèves, pas de leur enseigner des matières. Dans bien des cas, les profs n’enseignent pas la matière comme telle, mais comment réussir les examens. Vers la fin de l’année, ils enseignent carrément les examens du ministère des années précédentes ! Et cela a des effets pervers importants.

    Il est rendu impossible dans une classe de présenter un sujet qui ne sera pas évalué. Si les élèves s’en aperçoivent, ils cessent d’écouter. Pour bien des élèves, l’école n’est pas un lieu d’apprentissage, mais un lieu d’évaluation. Et je n’exagère pas. Dans une étude que j’ai lue sur la motivation, des élèves à qui on demandait pourquoi ils allaient à l’école ont répondu que c’était pour passer des examens…

    Je ne dis pas qu’il ne faut pas évaluer, mais moins et autrement. Je crois qu’il est préférable d’évaluer au jour le jour qu’au cours d’examens. Si bien des parents veulent des chiffres et des rangs, ce n’est pas parce qu’ils s’intéressent plus que les autres à l’évolution scolaire de leur enfant, mais c’est pour le «savoir» en un seul coup d’œil. Personnellement, je préfère les commentaires et les évaluations informelles qu’on obtient en rencontrant les enseignants.

    Quant au rang par rapport à la moyenne, cela veut de moins en moins dire quelque chose. Comme les écoles privées et publiques qui sélectionnent les élèves, surtout au secondaire, ont écrémé les meilleurs élèves, la moyenne est un point de repères de plus en plus relatif. Et comme je l’ai mentionné dans mon précédent commentaire et comme le dit Jimmy, la compétition entraîne plus d’effets néfastes que positifs.

    On a perdu le plaisir d’apprendre en échange pour la satisfaction malsaine d’être «meilleur» que les autres…

  16. Jimmy: Nos divergences sont moins grandes que je l’imaginais, mais nous différons encore sur le principal. Je dirai ainsi que toi que le nivellement par le bas est à éviter (c’est un danger grave, selon moi), et que la compétition est détestable si elle ne vise qu’à dépasser l’autre, à se poser comme le meilleur. Dans nos relations avec l’autre, il faut viser la sympathie mutuelle et le partage amical des idées. À cet égard, mon idéal est un salon de penseurs à l’époque des Lumières, intelligents, lumineux, spirituels, inspirés par un même amour de la liberté.

    Cependant, à l’intérieur de notre développement personnel, il vient un temps où l’on ne peut faire autrement que se mesurer aux autres. Il n’existe pas au sein de nous-même un critère pour juger de nos réalisations. Ce critère, nous l’obtenons en observant ce que les autres autour de nous parviennent à faire avec des capacités semblables aux nôtres, et en méditant les accomplissements des grands hommes du passé. C’est l’exemple des réussites des autres qui nous donne l’idée des réussites qui sont à notre portée.

    Il restera toujours des gens meilleurs que nous, et sans doute nous serons déçus à l’occasion. Certains se sentiront écrasés. D’autres, et j’espère les plus nombreux, tireront de ce fait même une motivation additionnelle pour exceller. La réalité de la vie, c’est l’effort.

  17. Darwin: En effet, il est dommage de voir les élèves se désintéresser du savoir proprement dit et ne se préoccuper que de leurs résultats scolaires. Pour autant, votre argumentation me semble reposer sur un fondement qui n’est pas le bon. Le problème est-il seulement causé par la tenue des examens? Je crois le mal plus profond. Il procède de la mise en valeur d’un enseignement plus technique et spécialiste, et de la dévalorisation conséquente de la connaissance pour elle-même, comme moyen de comprendre le monde et de s’insérer dans la société. C’est aussi le résultat la scolarisation universelle. Tous les enfants recevant une instruction, celle-ci est devenue banale, une chose que les jeunes n’ont aucune raison de convoiter. Par conséquent, le but n’est plus d’en tirer parti mais de passer outre. (Je ne dis pas, toutefois, qu’il soit nécessaire de revenir sur cette mesure.)

    On voudra bien pardonner aussi aux parents de s’intéresser aux chiffres et aux rangs: ils n’ont pas d’autre moyen de savoir si la progression de leur enfant est normale.

    J’émets certaines réserves face à l’évaluation au jour le jour. D’abord, elle est difficile dans les classes surchargées, elle demande au professeur un temps et un investissement beaucoup plus grands. Ensuite, elle est beaucoup plus subjective que l’examen: elle laisse une place considérable à l’appréciation du professeur, au favoritisme, à la diminution des standards pour favoriser la réussite. Les commentaires et évaluations informelles sont bienvenus, mais ils ne doivent pas prendre la place de critères neutres et objectifs.

    J’ai aussi montré ce que je pensais de la compétition dans le message précédent. Savoir ce que nos confrères font, ce que les grands hommes ont fait, nous donne une idée plus juste de ce que nous-même pouvons faire dans l’avenir.

  18. @ PiLuc

    «J’émets certaines réserves face à l’évaluation au jour le jour.»

    Moi aussi ! Rien n’est simple quand on parle d’éducation et d’évaluation. Quant à la subjectivité, mes sentiments sont partagés à ce sujet aussi. Quand on fuit trop la subjectivité, on en vient à privilégier le moyen au détriment de l’objectif (dans les deux sens du mot !). Et encore, faut-il s’entendre sur l’objectif !

    Bref, comme vous l’avez écrit, nos positions ne semblent finalement pas aussi éloignées qu’elles ne l’apparaissaient au départ.

    Et nous sommes rendus bien loin du sujet du billet… Désolé Jimmy ! ;-)

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