Archives mensuelles : décembre 2009

L’échec de Copenhague et l’argent

L’argent, voilà ce qui a empêché une conclusion positive et toute aussi vitale pour l’Humanité à la conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique. 

D’un côté, les pays occidentaux, plus particulièrement les États-Unis (et aussi le Canada), ont souhaité un accord édulcoré afin de maintenir leur style de vie et leur dépendance au pétrole, ce qu’ils ont finalement obtenu, tandis que de l’autre bord, la Chine, en plein développement accéléré, ne semble désirer aucune entente trop contraignante à son désir d’expansion économique. 

Et sur le bas-côté, dindons de la farce, se trouvent les pays en voie de développement (disons plutôt les pays en stagnation), auxquels on a promis 100 milliards de dollars sur 10 ans pour lutter contre les effets du réchauffement, question de se faire bonne conscience, au-lieu d’entreprendre de réelles démarches de réduction des gaz à effet de serre. 

Il est évidemment plus profitable de saupoudrer quelques milliards aux principales victimes de ce phénomène environnemental que d’engager une politique internationale astreignante et beaucoup plus onéreuse pouvant nuire à l’activité économique et à l’enrichissement des nations les plus prospères.  

Pourtant, on estime que ce montant est nettement insuffisant pour faire face aux répercussions désastreuses qui s’annoncent, comme la montée accélérée du niveau des mers et la migration climatique.  Comme toujours, les pays riches se lavent les mains du sort des pays pauvres qui paieront la plus grosse part de la facture du laisser-aller dans le dossier du changement climatique.

À notre ère, tout se ramène aux valeurs pécuniaires.  Pour les affairistes et l’élite économique, tous les problèmes peuvent se régler avec l’argent, même le réchauffement climatique, comme si on pouvait donner quelques miséreux milliards de dollars à la planète en guise de compensation! 

Mais, dans 100 ans, lorsque la détérioration du système climatique aura atteint un point de non-retour, la race humaine réalisera que tout ce qu’elle croyait jadis important, comme la croissance du PIB, le profit, le « développement » économique, ne sont que peu de choses en rapport à la qualité d’un environnement stable, sain et viable à long terme.

Pour une économie humaine

La seule finalité légitime de l’économie est en effet le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis.  Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais aussi l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, l’éducation, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc.

Corollaires de cette finalité, les méthodes de l’économie humaine ne peuvent que s’écarter de l’économisme et du scientisme de l’économie mathématique qui a joué un rôle central au XXe siècle.  L’économie humaine est l’économie d’un homme complet (dont l’individu maximisateur de valeurs marchandes sous contrainte n’est qu’une caricature), d’un homme qui inscrit son action dans le temps (et donc l’histoire), sur un territoire, dans un environnement familial, social, culturel et politique ; l’économie d’un homme animé par des valeurs et qui ne résout pas tout par le calcul ou l’échange, mais aussi par l’habitude, le don, la coopération, les règles morales, les conventions sociales, le droit, les institutions politiques, etc.

L’économie humaine est donc une économie historique, politique, sociale et écologique.  Elle ne dédaigne pas l’usage des mathématiques comme un langage utile à la rigueur d’un raisonnement, mais refuse de cantonner son discours aux seuls cas où ce langage est possible.  Au lieu d’évacuer la complexité des sociétés humaines (qui ne se met pas toujours en équation), l’économie humaine s’efforce de tenir un discours rigoureux intégrant la complexité, elle préfère la pertinence à la formalisation, elle revendique le statut de science humaine, parmi les autres sciences humaines, et tourne le dos à la prétention stérile d’énoncer des lois de la nature à l’instar des sciences physiques. 

 

Jacques Généreux (économiste) dans Introduction à l’économie (Éditions du Seuil)

À lire: Le capitalisme est contre-nature

Le Pacifiste-Guerrier

Quelle inconsistance!

On vient de remettre le prix Nobel de la Paix à un président américain ayant annoncé, une dizaine de jours plus tôt, l’envoi prochain de 30 000 soldats supplémentaires pour combattre les talibans en Afghanistan.

Barack Obama, qui se veut le représentant d’une certaine gauche américaine, pose de la sorte un geste qui va à l’encontre des principes internationalistes et pacifiques du progressisme. 

Cependant, cette annonce ne constitue pas une surprise pour le monde car le nouveau président a clairement évoqué en campagne électorale son intention de concentrer l’effort militaire américain dans ce pays de l’Asie continental.

Ce genre de politiques contradictoires n’est pas une première pour un président situé plus à gauche sur le spectre politique américain.  En effet, John F. Kennedy, malgré son image apparemment pacifiste et égalitariste, axa la politique étrangère des États-Unis dans une lutte contre les acteurs internationaux opposés au mode de vie américain, c’est-à-dire, à cette époque, le mouvement communiste.  On se souviendra de l’intrusion  de troupes américaines au Viêt-Nam pendant son mandat…

Il paraît incohérent de vouloir se battre sur deux fronts à la fois et espérer être victorieux de part et d’autre. On ne peut essayer d’améliorer la vie des américains et faire la guerre aux ennemis de l’Amérique dans le même temps car les moyens logistiques et surtout l’argent ne sont pas assez abondants pour mener à bien les deux objectifs.  En fait, la faillite d’un tel paradigme idéologique est incontournable.

À prétendre vouloir tout dominer, jouer au policier du monde et imposer la paix par la violence, le président Obama prouve amplement que ce que l’on croit être la gauche aux États-Unis ne l’est pas véritablement, dû moins selon ce que les sciences politiques définissent comme telle. 

Cette superpuissance demeure et reste un pays impérialiste et guerrier (même avec à sa tête un président dit « progressiste ») visant à défendre ainsi qu’à renforcer ses pions sur l’échiquier international au détriment des valeurs humanistes, inclusives et unitaires qui caractérisent la véritable gauche.

À lire: Barack Obama et sa politique conservatrice en éducation

Le capitalisme est contre-nature

On entend souvent dire : le capitalisme est à l’image du comportement humain et de sa psyché.  À la base, l’Homme serait un être absolument axé sur lui-même. Seule la motivation pécuniaire peut influencer l’humain car ce dernier ne serait pas un animal altruiste.

Rien n’est plus faux. 

Le fait est que l’Homme est le résultat de son environnement et de ses expériences. L’individualisme primaire qui règne dans l’Occident contemporain n’est donc pas un absolu du comportement humain.

D’autres communautés se sont construites en s’appuyant sur des valeurs contraires, comme le partage et la solidarité : citons les amérindiens et les tribus primitives de la préhistoire qui combinaient les forces de tous leurs membres afin de survivre dans un milieu hostile. 

À notre époque, l’omniprésente domination culturelle des élites industrielles et commerciales qui imposent leur vision de la société aux autres citoyens est probablement la cause de cette attitude individualiste ayant maintenant entré dans tous les esprits. Le modelage des valeurs ne vient pas du bas de la structure sociale, mais bien, de nos jours, du haut. Une minorité nous force à accepter ses idées par sa propagande mercantiliste incessante dans les médias et cela à un point tel que nous les prenons pour des vérités inaltérables.

Il est aussi tout autant inapproprié de soulever la théorie que le capitalisme est perpétuel et, qu’à l’image du milieu naturel, il évolue selon les concepts de compétition et d’équilibre un peu comme un écosystème vivant avec sa balance naturelle.

Comment a-t-on le culot de proposer une pensée du genre?  Ce système économique ne cesse de polluer la biosphère, de détruire les espèces animales et d’épuiser les ressources naturelles du globe.

Et du coté humain, le capitalisme accroît les inégalités sociales et l’injustice.  Il divise l’Humanité au-lieu de la rassembler et les désirs égoïstes qu’il suscite fait ressortir ce qu’il y a de plus vil chez l’être humain.

Le capitalisme amène des valeurs qui sont aux antipodes de celles ayant permis à notre espèce de siéger au-dessus de la pyramide de la chaine alimentaire et de dominer la planète.

Il faut sortir de cet occidentocentrisme nous faissant fallacieusement croire que notre civilisation est immuable et que seuls nos paradigmes culturels, sociaux et économiques sont des valeurs universelles. 

C’est justement ces croyances préconçues qui ont fait tomber toutes les civilisations avant la nôtre et nous retombons lamentablement dans le même piège.

À lire:

“Le capitalisme touche à sa fin” – Entrevue avec Immanuel Wallerstein

Le participalisme et l’après capitalisme