Barack Obama et sa politique conservatrice en éducation

Une étonnante nouvelle provenant des États-Unis a défilé sur les fils de presse du monde entier.  Barack Obama veut imposer à son pays une réforme de l’éducation que l’on pourrait qualifier de conservatrice et de populiste.

 

Une amère déception pour tous les progressistes de la planète.

 

Tout comme la pensée de la politique éducative de son prédécesseur, l’actuel président fleurte avec des mesures inspirées du principe de la carotte et du bâton. 

 

Avec G.W.Bush et son programme « No Child Left Behind », on punissait les écoles ne réussissant pas à hausser les « scores » de leurs élèves et l’on récompensait celles y parvenant. Au final, ce programme fut soldé par un constat d’échec avec les révélations de manipulation de chiffres de la part de plusieurs écoles, par l’exclusion des étudiants les moins doués ainsi qu’en raison des récentes statistiques sur la médiocrité académique des jeunes américains dans les principales matières de base.

 

Ici, le nouveau président ne s’attaque pas aux institutions d’enseignement comme le fit son prédécesseur, mais s’en prend directement au personnel enseignant. Méthode différente, mais même logique basée sur l’idéal du "rendement" si prisé par les idéologues de droite américains.

 

En effet, Barack Obama blâme les instituteurs pour les déboires du système éducatif américain. Il envisage de payer au mérite les plus « performants » et de simplement congédier ceux qui ne « livrent pas la marchandise » selon les critères établis par le Département de l’Éducation.

 

Mais une telle mesure ne générerait-elle pas des manœuvres malhonnêtes comparables à celles du No Child Left Behind Act? Et qui déterminerait les évaluations des enseignants?  Les écoles? Les élèves? Les parents?

 

Les écoles auront tendance à falsifier les données si elles connaissent une rareté de personnel enseignant; les élèves attribueront de mauvaises évaluations aux professeurs les surchargeant trop de devoirs; les parents jugeront les performances des enseignants en fonction des dires subjectifs de leurs enfants ou des notes biaisées par les écoles; et cela est sans compter les différences socio-économiques d’une région, d’une ville ou d’un quartier envers un autre qui faciliteront ou compliqueront le travail des professeurs.  Ainsi, l’instituteur d’une école aisée aura sûrement moins de difficulté à faire apprécier son travail qu’un autre localisé dans un secteur plus problématique au niveau social.

 

Par ailleurs, cette nouvelle initiative ne tient pas compte des complications de la pratique de cette profession.  Le métier est ardu et les épuisements professionnels fréquents.  Est-il alors opportun d’instaurer un régime répressif dans un domaine qui pousse déjà au bout du rouleau bien des enseignants?  Une des conséquences serait sûrement l’accentuation des départs volontaires des professeurs.  Qu’on ne vienne alors pas râler lorsque les États-Unis connaitront une pénurie de professionnels de l’enseignement.

  

De plus, ce projet de Barack Obama vient de signer l’arrêt de mort de la lune de miel qu’il entretenait avec le mouvement syndical américain l’ayant pourtant supporté moralement et financièrement durant la campagne présidentielle.  En jetant la faute des ratés du système éducatif américain sur les instituteurs du secteur public, Barack Obama ne fait guère mieux que ses prédécesseurs républicains.

 

Incroyable! Ce sont bien les démocrates avec ce président se proclamant l’un des plus progressistes de l’Histoire qui détiennent maintenant les clefs de la Maison Blanche et la majorité au Congrès?  On a de la difficulté à le croire.

 

En vérité, le tort ne retombe pas entièrement sur le corps enseignant.  Il est trop facile de pointer du doigt un groupe précis en les accablant de toutes les responsabilités. 

En fait, l’échec revient à toute la société américaine : les parents ont délaissé leurs enfants en s’investissant trop dans leurs occupations professionnelles et dans l’accumulation de biens matériels; le gouvernement n’a pas cherché à établir des programmes de conciliation travail/famille; les entreprises ont négligé leurs employés en les accaparant avec de plus en plus de tâches au détriment de leurs vies familiales au nom de la productivité-à-tout-prix.

 

Cette proposition de Barack Obama nous rappelle que les américains sont, au fond, des conservateurs acharnés dans la sphère sociale nonobstant leurs affiliations au Parti Démocrate ou Républicain. 

 

Malgré l’accession de ce nouveau président qui ravivait bien des espoirs, il ne faut pas s’attendre à une transformation profonde de la psyché des États-Unis d’Amérique.  L’idéologie fondamentale demeurera semblable et l’avènement de la véritable révolution culturelle américaine semble encore loin à l’horizon.

 

 

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8 réflexions sur “Barack Obama et sa politique conservatrice en éducation

  1. Le systèm utilisé en ce moment ne fonctionne pas, les écoles font passer les élèves qui ne devraient pas et le "Not Child Left Behind" propose des tests psychologiques forcés pour justifier dôpage à grande échelle des étudiants (ex: le Ritalin nocif qui tue) simplement pour faire le plus de cash possible à Big Pharma.

    Tant qu’à moi, aussi ben esseyer autre chose que le dôpage par totalitarisme.

  2. Arrêtez moi ces histoires-là.
    Barack Obama n’est pas de gauche; il est simplement pragmatique. C’est sûr que faire porter le blâme aux professeurs n’est pas une bonne approche, étant donné qu’ils y sont souvent pour rien dans la performance de leurs élèves – c’est difficile d’être intéressé par les études quand on ne mange pas ou que ça va mal à la maison, ou qu’on est pris dans des petits délits.
    En même temps, il est pris dans un système public qui va très mal, a-t-il vraiment le choix? Il a le mérite d’essayer quelque chose, aussi conservateur ou populiste soit-il. Mais c’est en effet le symptôme d’un problème qui affecte toute la société américaine, pas que les écoles.

  3. Bon billet Jimmy… Les réactions des gouvernements face aux problèmes reliés à l’éduction des enfants me laissent perplexes. Personnellement, je crois que la pauvreté et le déchirement des valeurs familiales traditionnelles sont les deux facteurs qui expliquent – en grande partie – les échecs que connaissent le monde de l’éducation depuis 10 ou 20 ans.

    Si les parents n’arrivent plus à boucler le budget, que l’ambiance familale s’effrite et que le temps alloué à l’épanouissement de la famille diminue, il me semble que ça aura un impact sur la "performance" des enfants à l’école.

    De plus, le temps passé devant le téléviseur à regarder des niaiseries et celui investi devant l’ordinateur à participer à des guerres virtuelles ou à alimenter des amitiés invisibles (à travers le "chat") encouragent la paresse et le désintéressement.

    On le voit à la maison. Nous faisons partie de ce 50% des familles qui sont toujours ensemble et qui "règlemente" le temps passé devant les écrans. Nos deux enfants n’ont aucun problèmes avec l’école. Nous vivons en famille. Je regarde autour de moi et je vois souvent des foyers où les individus perdent leurs liens fondamentaux.

    Ce n’est pas seulement un problème politique. C’est également un problème de société. Un problème majeur.

  4. C’est clair que les inégalités ont un rôle à jouer là-dedans, et bien d’accord, le plus important, ce sont les valeurs. Je me considère privilégié d’avoir eu "des coups de pied au cul moraux" par ma mère, d’origine vietnamienne, qui a toujours considéré comme ses compatriotes que valoriser l’éducation est la meilleure recette pour vivre une vie décente.
    Un proverbe vietnamien dit:
    Có công mài sắt có ngày nên kim
    À force d’affuter le fer un jour on aura une aiguille

    ce qui décrit le genre de valeurs que j’ai reçu;
    l’effort et la persévérance.

  5. @Leonard Langlois

    "Barack Obama n’est pas de gauche; il est simplement pragmatique"

    Évidemment, Obama n’est pas de gauche comme on le conçoit en Europe ou au Québec. Mais il est à gauche dans le spectre politique américain, ce qui revient à dire de centre-droit pour nous.

    Les progressistes du monde ont mis beaucoup d’espoir sur Obama en espérant un vent de changement subséquent en faveur des valeurs de gauche. Mais ils risquent d’être déçus.

    "Il a le mérite d’essayer quelque chose, aussi conservateur ou populiste soit-il"

    Pas très imaginatif comme solution. C’est encore pire que la politique de GW Bush. Elle créera plus de problèmes en éducation qu’elle n’en réglera.

    @Lutopium

    Merci!

    Nos idées sur ce sujet se rejoignent. Je dis approximativement la même chose dans mon billet. C’est un problème de société et de civilisation.

  6. Pingback: Le pacifique guerrier « Homo Politicus

  7. Pingback: Politicoblogue » Le Pacifiste-Guerrier

  8. Excellent commentaire …. le problème du système américain ne sera pas résolu en changeant de tête de turc … ici, les enseignants qui ont un contact beaucoup plus direct avec la réalité des jeunes d’aujourd’hui (surtout en quartiers défavorisés) – et tout ce que ça peut impliquer dans l’enseignement – que les directeurs des commissions scolaires ou du ministère de l’éducation américain.

    Comme il l’a été pertinemment soulevé dans les autres billets, le problème n’est pas que dans le rendement et la performance des écoliers. L’éducation est la clé de voûte d’une société saine et épanouie. Que se passe-t-il lorsqu’elle est sous-financée ? L’enseignement est d’une qualité inégale, souvent en conséquence avec le milieu socio-économique dans lequel se trouve l’école. Résultat, un clivage se créée entre les enfants de milieux favorisés et ceux provenant de milieux défavorisés.

    Si les tentatives des politiques ont des intention louables, ne miser que sur l’impératif de performance est faire fausse route. Assurer une qualité de vie décente aux écoliers et une éducation égale et constante, peu importe le milieu d’où l’on provient, contribuerait à régler certains problèmes sociaux, souvent liés à ceux de la qualité de l’éducation reçue.

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