Homo politicus

L’Humain est un être politique

Débat gauche vs droite à « Il va y avoir du sport »

Ce dimanche, j’ai regardé cette lutte d’idées « La gauche est-elle démodée? » à Télé-Québec, et bien qu’elle fût intéressante, elle n’apprenait rien de nouveau aux téléspectateurs. Elle n’a servit que de tribune aux intervenants, tant de gauche que de droite.

Les protagonistes, du coté de la droite, Martin Masse, Michel Kelly-Gagnon et du coté gauche, Amir Khadir, Gabriel Sainte-Marie, ont généralement bien débattu.

Les « gauchistes » semblaient sur la défensive, et on les comprend. La société québécoise étant dominée par un vent de droite, ils se devaient d’être un peu plus agressif que le camp adverse qui s’appuie sur la dominance de son idéologie.

Amir Khadir, de Québec Solidaire, a souligné la nécessité de la gauche dans un monde déchiré par les inégalités sociales et le dépérissement de l’environnement, malgré l’affirmation de leurs adversaires martelant que la pauvreté a reculé au Canada depuis 10 ans. Notons que l’intervention à ce sujet de monsieur Sainte-Marie, de la Chaire socio-économique de l’UQAM, était exacte. On a modifié en 1998 la définition de la pauvreté afin de masquer une réalité sociale qui s’affirmait de plus en plus.

L’idée du privé dans la santé est aussi apparue. C’était certain. Il s’agit d’un débat chaud au Québec. La droite a voulu démontrer que le privé apporterait un rendement plus élevé dans le système de santé, mais elle oublie qu’en Grande-Bretagne, on a introduit le privé dans la santé depuis les années 80, notamment avec des projets de PPP, qui se sont avérés souvent plus dispendieux à long terme que la gestion publique. Après tout, le profit est le motif de toute entreprise commerciale. Le plus paradoxal, c’est qu’aux États-unis, terre de prédilection du capitalisme, les coûts élevés per capita des soins de santé privés poussent certains politiciens à promouvoir un régime public équitable pour l’ensemble des citoyens.

Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du Patronat du Québec, a donné en exemple les pays scandinaves qui ont réformé leurs systèmes de protection sociale. Mais ces réformes ont surtout été initiées par les gouvernements de droite et de centre-gauche qui n’ont pas cherché une solution publique à la dégradation des services sociaux.

Enfin, Martin Masse, du Québécois libre, m’a choqué par son arrogance, ses éclats de rires irrespectueux et ses sourires hautains lorsqu’Amir Khadir émettait ses opinions. Une attitude très représentative de certains penseurs de droite qui croient posséder la vérité absolue. Son compagnon, Michel Kelly-Gagnon, a eu, au contraire, un comportement beaucoup plus poli et ouvert.

Monsieur Masse a énoncé la tendance de la gauche à vouloir contrôler la vie des individus et a soutenu que la liberté totale prime sur les besoins collectifs. Il semble omettre l’adage : ma liberté se termine où celle des autres commence. On ne peut mettre la liberté des individus au plus haut niveau des valeurs si celle d’un petit groupe brime celle du plus grand nombre, comme c’est le cas aujourd’hui avec la paupérisation croissante, la pollution du milieu vivant et la concentration des richesses.

De plus, en comparant l’interventionnisme de gauche avec les politiques de G.W. Bush, il a fait preuve d’une mauvaise foi flagrante. Les décisions interventionnistes du président américain ne sont que purement militaro-industrielles et ne contribuent en rien au bien-être des citoyens. Aussi, il a affirmé que l’administration Bush a intervenu dans le domaine social pour réduire la pauvreté en son pays, ce que bien des études sociologiques nient. Il y a eu accroissement de la pauvreté et des coupures dans l’aide aux plus démunis. Une autre chose : il soutient que le marché immobilier est plus réglementé aux États-unis qu’au Canada. Alors, comment expliquer la hausse vertigineuse des prix des résidences depuis une décennie et la crise du subprime ? On se demande où ce monsieur déniche ses informations.

Finalement, la conclusion de Dan Bigras était une vraie perle. Il a su trancher sur ce débat avec ses propos toujours éclairés et humanistes. Son allusion au contrôle antidémocratique de la droite, notamment dans les médias, était toute aussi éloquente.

La droite maintient que la gauche est démodée. Je m’excuse, mais quelle est la solution de la droite aux problèmes sociaux et mondiaux ? Plus de croissance, plus de richesses, qui ne profitent qu’à 5% de la population et qui ne bénéficient en rien à l’ensemble de la société. Sans une implication des pouvoirs publics dans la résolution des maux qui rongent le monde, il ne peut y avoir de futur viable pour l’humanité.

En fait, dans le présent contexte, c’est la droite qui est démodée…

janvier 14, 2008 - Posté par Jimmy St-Gelais | Commentaires personnels, politique, santé, société, économie | , , , | 9 commentaires

9 commentaires »

  1. Faudra bien que tu m’explique en détail pourquoi tu n’es pas d’accord avec mon texte…

    Parce que je ne dis pas que le côté “droit” avait tout faux?

    Commentaire par Renart L'éveillé | janvier 14, 2008

  2. Attention au clivage à la Bush; un danger en devenir même ici au Québec. Les tendances politiques sont comme les modes, elles passent puis reviennent.

    Commentaire par AntiPollution | janvier 14, 2008

  3. @Renart

    Bien, je ne crois pas que Khadir était agressif. Aussi, Sainte-Marie n’a pas si mal performé.

    Enfin, je n’ai pas aimé les arguments de la droite, particulièrement ceux de Masse que j’ai trouvé totalement déconnectés.

    Je pense entièrement comme Dan Bigras qui a affirmé “je ne pourrai jamais être un gars de droite” et qui a expliqué que la droite était l’idéologie des puissants.

    Je sais que tu essais de réconcilier la droite et la gauche, mais pour ma part, je crois que c’est une utopie. Les méthodes et les buts sont trop incompatibles.

    Commentaire par Jimmy St-Gelais | janvier 15, 2008

  4. Donc, si je dis que je ne suis pas étatiste à l’extrême, je ne suis pas digne de recevoir la gauche dans mon coeur? ;)

    Sans blague, je parlais de la crédibilité des débatteurs de gauche, de la manière la plus objective possible, selon ce que je crois avoir perçu, et par ricochet selon ce qu’un spectateur moyen sans idées préconçues a dû percevoir. Je suis de leur côté malgré tout et j’aurais bien aimé les voir démolir la droite, ce que je n’ai pas vu et entendu. Mais je ne crois pas qu’ils se sont fait planter non plus…

    Commentaire par Renart L'éveillé | janvier 15, 2008

  5. Je ne suis pas étatiste radical non plus. Mais l’État se doit d’être plus présent en face des problèmes qui guettent l’humanité. Le privé semble ne pouvoir y faire face. Je ne parle pas seulement de nationalisation, mais de lois sévères en lutte à la pauvreté et au déclin environnemental. L’ALENA a des clauses qui donnent le droit à des entreprises de poursuivre les gouvernements s’ils gênent leurs activités!

    De plus, j’opte pour une vision économique plus anarcho-socialiste. L’exemple d’une usine en Argentine ayant été appropriée par les anciens travailleurs congédiés par le patron en est un bon exemple.

    Tu connais ce film? The Take

    http://en.wikipedia.org/wiki/The_Take

    Commentaire par Jimmy St-Gelais | janvier 15, 2008

  6. Non, je ne connais pas ce film. J’irai voir ça.

    Commentaire par Renart L'éveillé | janvier 15, 2008

  7. Très bon texte Jimmy… Il s’en est dit des choses sur ce débat depuis samedi matin! C’est clair pour moi aussi que les idées de la gauche, même si l’étiquette elle-même est largement discutée, ne sont pas démodées et qu’elles peuvent être amenées dans les débats publics encore aujourd’hui, n’en déplaise à Monsieur Matte. Depuis la révolution française, les citoyens ordinaires peuvent – influencer les décisions politiques et économiques. C’est la démocratie! M. Masse me donne l’impression qu’il est nostalgique du système féodal. Que les riches soient riches et que les forts aient l’opportunité de les rejoindre!

    Je suis de gauche. Ça ne m’empĉhe pas d’avoir acheté un petit bungalow sur la rive-sud de de Montréal, d’avoir une voiture, de faire mon épicerie chez IGA et de boire du bon vin! Mais j’appuie inconditionnellement la présence d’un état fort qui régularise – sans contrôler – le marché financier et la croissance. Oui à la liberté de tous et chacun de pouvoir se lancer en affaires, mais en respect de lois et de normes qui garantissent l’équilibre, rendent la fraude et le vol presqu’impossible et prennent les questions environnementales en considération.

    N’en déplaise à M. Matte et aux grands défendeurs de l’individualisme crasse.

    Commentaire par lutopium | janvier 15, 2008

  8. Les idées de gauche démodées, allons-donc! Je suis certain que les cubains adorent leur système de santé universel et qu’ils ne rêvent en rien à ressembler au Ghana.

    Quant aux éclats de rire hautains, c’est quelque chose d’habituel chez la droite, qui soit-dit-en-passant, est complètement déconnectée de la réalité quant aux problèmes sociaux, écologiques et autres.

    La liberté totale, prime sur les besoins collectifs?!? Ce que ce chimpanz. parlant dit, c’est en fait, ” Au yâble les pauvres et leurs problèmes, y a des riches qui eux, méritent des services!”. Quel résidu d’évolution!

    Comparer l’interventionisme états-unien de Bush avec la gauche, tout en faisant des louanges à son égard le reste de l’année, entre autre dans les guerres terroristes qu’il mène à l’étranger, les invasions, les mises en place de dictatures dociles au Capital, dieu incontestable des droitistes.

    Bush a bel et bien intervenu dans le domaine social, mais ce n’était pas pour réduire la pauvreté, bien au contraire! George le terroriste a coupé dans l’aide sociale aux pauvres, aux personnes âgées et même des vétérans, et oui! Il a coupé partout ou c’était possible de couper, afin de bourrer le budget militaire à fond, pendant que sous son gouvernement, de 2001 à 2006, l’extrême pauvreté s’est accentuée de 26%.

    Déconnectés les droitistes, c’est bien leur modèle et non le nôtre, qui est démodé, mais surtout, qui a eu sa chance et qui a échoué.

    Bonne fin de semaine tout le monde.

    Commentaire par Sylvain Guillemette PCQ | janvier 17, 2008

  9. Dans le fond, ce qu’il dit Masse, c’est que si admettons quelqu’un avait les moyens de se payer quelque chose de polluant, ça ne regarderait personne d’autre que lui quant à sa décision de se le permettre ou non. La liberté avant tout, c’est pas mal plus utopique que le système de santé universel, qui a déjà fait ses preuves ailleurs, dans des pays du tiers-monde, Cuba.

    Peu importe, c’est du redigéré et revomi. Ça devient lassant de débattre avec ces singes, qui prônent les privilèges d’une minorité parasitaire, au dépend non seulement d’une majorité, mais maintenant d’une espèce.

    Entre autre sur les changements climatiques, peu importe ce qu’ils disent, c’est toujours pour les intérêts des bourgeois, encore. On a trouvé un tas de scientifiques étant liés de près ou de loin à ExxonMobile, prétendant d’abord que c’était impossible qu’un réchauffement climatique soit causé par l’homme, appelant ensuite les dirigeants de certains pays, dont le nôtre, à accuser les socialistes de faire complot. Ça y était, les communistes, avec leur séchoir à cheveux de bas de gamme, faisaient fondre les glaciers!

    Commentaire par Sylvain Guillemette PCQ | janvier 17, 2008


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