À propos de la gauche et de la droite


Plusieurs s’interrogent sur les définitions et les particularités respectives de la gauche et de la droite en sciences politiques.

À la base, ces deux tendances politiques ne représentent pas des idéologies statiques en tant que telles, mais plus des courants socio-politiques dans une société propre. Ainsi, la gauche ou la droite peuvent être différentes selon l’époque ou le pays que l’on étudie.

À l’origine, cette terminologie remonte à 1789 en France où l’on demanda aux députés de l’Assemblée Nationale qui étaient favorables à un veto royal de se tenir à droite du président et les opposants de se placer à gauche.

Plus théoriquement, voici ce que Maurice Duverger, expert en droit constitutionnel, dit de la dichotomie gauche-droite dans son Introduction à la politique: “…dans tout groupe social, dans toute communauté humaine, il y a des satisfaits et des insatisfaits: cependant, ce point de départ n’est pas un postulat arbitraire, mais une donnée de l’expérience. La droite et la gauche sont ainsi définies par leurs objectifs: conserver l’ordre existant ou le remplacer.”

Cette définition est sûrement la plus adaptée aux principes de la droite et de la gauche qui met en évidence la relativité de ces concepts.

Dans l’Occident contemporain, la droite représente les intérêts de l’élite économique, c’est-à-dire les propriétaires des entreprises commerciales et industrielles ainsi que les adeptes d’une vision plus conservatrice (famille, travail) et religieuse des valeurs sociétales. De l’autre côté, la gauche est le propre des mouvements sociaux revendicateurs, comme les associations de travailleurs, les groupes communautaires et féministes. En somme, une dialectique opposant ceux qui possèdent beaucoup et ceux qui possèdent peu autant en termes de droits civiques qu’en possession des richesses.

Par contre, la « gauche » au 18e siècle était représentée par les idéologues de la philosophie des Lumières en Europe, ancêtre du libéralisme, qui préconisait les principes de liberté et de responsabilité individuelle en opposition au pouvoir monarchique qui freinait l’évolution sociale et voulait conserver ses privilèges. Ce dernier pouvoir réactionnaire pouvait alors être évalué comme étant de droite. De nos jours, on sait que les sympathisants de la droite sont les libéraux et qu’ils ont donc migré d’un point à l’autre du spectre politique. Une évolution a alors suivi son cours avec la « prise du pouvoir » de l’idéologie libérale.

Un autre exemple est l’ancienne URSS où les membres de l’élite du Parti Communiste étaient des partisans de l’ordre existant, et donc étaient de droite à l’intérieur de leurs frontières, même si dans les pays capitalistes, les idées prônées par ceux-ci étaient considérées comme étant de gauche.

En fait, l’axe gauche-droite demeure une évaluation subjective selon l’observateur et se veut relatif selon le contexte par lequel on regarde les acteurs politiques dans un cadre donné.

Autres textes d’intérêts : Philosophie politique

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28 réflexions sur “À propos de la gauche et de la droite

  1. Très instructif mon cher, merci!

    Ça fait quelque temps que je pense écrire un texte qui redéfinirait la gauche et la droite. Avec la visibilité du libertarianisme, je crois qu’il faut axer la réflexion sur les buts.

  2. Merci Renart! La discussion avec Martin m’a fait réfléchir sur la droite et la gauche et voici mes conclusions….

  3. Plusieurs rétorqueraient que c’est la gauche québécoise comme le SPQ Libre qui ne veut pas changer l’ordre établi au Québec, en opposition à la droite de l’ADQ, qui remet tout en question!

  4. Martin, il se peut que le discours de l’ADQ soit une riposte réactionnaire à la social-démocratie. Comment expliques-tu qu’en Amérique Latine de nombreux pays virent à gauche après des années de néolibéralisme imposé par le FMI et la Banque Mondiale?

  5. Martin, de plus, j’ai plutôt l’impression que l’ADQ défend l’ordre établi, car disons-le, les compagnies mènent beaucoup plus la société que les syndicats…

  6. La gauche du SPQ libre? Quelle gauche? Ah! La gauche social-démocrate! ils ne feront jamais rien, ils sont d’ailleurs dans le mauvais parti.

  7. Les trois plus grands partis au Québec sont à droite toute, la sociale-démocratie n’a fait que « patcher » le Titanic toutes ces années. Elle est hypocrite…, peut être question de se donner bonne conscience.

  8. Ton billet est très exact mais ton commentaire suivant l’est beaucoup moins pour le Québec:

    « … les compagnies mènent beaucoup plus la société que les syndicats… »

    Tous les gouvernements depuis 81 ont peurs d’agir par crainte de représailles syndicales. On l’a encore constaté lorsque Jean Charest a enterré le terme « réingénierie de l’État » et a muselé Monique Jérôme-Forget depuis 2004.

  9. Mon Jimmy, je me suis équipé. À la Bibliothèque Nationale je me suis sorti:

    Histoire de la pensée politique/Fin XVIIIe – début XXIe siècle par Jean-Luc Chabot.

    Pour récapituler mes connaissances.

    Gauche, Droite/ Au-delà de cette limite la politique n’est plus pensable par Sylvie Aebischer.

    Droite et Gauche de Norberto Bobbio.

    Deux livres, français comme par hasard, qui disent ce que Louis et toi affirmez: qu’on ne peut penser la politique sans cet antagonisme.

    The Radical Center par Ted Halstead et Michael Lind.

    Un livre américain, comme par hasard, qui pense la même chose que moi: la division méthodologique gauche-droite est dépassée et l’avenir politique est au centre.

    Finalement…

    Politique économique de droite, politique économique de gauche, un autre livre français, pour être sûr que ce n’est pas uniquement une certaine vision de l’économie qui nourrit mes réflexions.

    Watch out.

  10. @Martin

    Pas de problème. J’ai hâte d’entendre tes réflexions suite à ces lectures. Je n’ai pas la vérité absolue, mais dans toutes les sciences humaines, dont les sciences politiques, les certitudes objectives sont plutôt rares.

    Mais si tu peux me permettre de me faire avancer concernant la gauche et la droite, j’attends avec impatience tes futurs commentaires.

  11. Honnêtement, il y a une chose que je déteste dans le débat gauche/droite… Et là je sais que je sors plus ou moins du sujet.

    Je parle du dialogue de sourds. Certains ont peur de discuter ou, dès que quelqu’un s’oppose à leur idée, l’insultent ou ridiculisent son idéologie. Je parle bien sur de ce que je remarque le plus, et donc des idiots qui disent, dès que quelqu’un est en désaccord et ne fait pas un billet de 20 lignes: « De la gogauche tout craché », à la fin de son message.

    À mon avis, le débat gauche/droite ne doit plus exister. C’est un mouvement qui divise, au lieu de pousser les gens à partager leur expérience, leurs avis afin d’en apprendre plus. Au lieu d’écouter l’opinion de tous, on n’en écoute que la moitié et on insulte l’autre. Afin d’en apprendre plus, il serait bien d’écouter, non pas ceux qui sont d’accord avec nous, mais ceux qui essaient de mieux expliquer leur point de vue ^^.

    Honnêtement, je me vois à gauche, car je suis très ouvert au changement et à l’innovation. Malheureusement, comme je le mentionnais dans une réunion de famille, l’innovation n’est pas un choix politique très payant… On se retrouve encore dans une politique Moyen-Âgeuse, où il faut toujours justifier par le passé nos arguments. Combien de fois a-t-on entendu: « Ailleurs, ils ont fait ça et ça a marché », au lieu de dire: « Ici, en faisant ça, cela marchera. Voici pourquoi… »

  12. Bravo Manx! Non ce n’est pas hors sujet, au contraire! Si le monde ne peut plus se parler et que chacun se campe dans sa position, le consensus est pour le moins difficile. La théorie politique, c’est bien beau, mais la vraie politique se doit d’être pratico-pratique.

  13. La division droite/gauche n’est pas un concept théorique de quelqu’un qui s’est levé un matin est a dit: »La politique, maintenant, ça va être comme ça ».

    Le modèle droite et gauche est un paradigme naturel découlant des conflits d’intérêts et d’idées entres les individus et les groupes.

    J’aimerai aussi dépasser cette conception, mais ce modèle est un résultat empirique de l’expérience politique humaine et est sûrement là pour rester.

  14. Bonjour Jimmy,

    Puisque tu n’as pas donné suite à la proposition, que tu m’avais faite, d’établir des liens entre nos deux sites, j’ai retiré ton blogue de mes liens. Ton inaction à cet égard m’a laissé supposer que tu n’étais plus intéressé à le faire. Et c’est très correct comme ça, car je ne tiens pas nécessairement, pour le moment du moins, à commenter assidument les billets et commentaires qui apparaissent en continu ici ou ailleurs et c e, même si la plupart d’entre-eux sont très intéressants et de nature à inciter mon intervention.

    Bonne fin de semaine,

    André.

  15. J’ai oublié André. Pas mal occupé ces derniers jours. Je l’ajoute. Cela ne fait que deux jours…

  16. Je n’ai pas encore commencé à lire mes nombreux livres sur le sujet…

    Mais toi-même, Jimmy, t’as écrit que cette division était une création historique du parlement français. Alors oui quelqu’un a décidé un beau jour que la gauche signifiait ceci et la droite signifiait cela.

    Depuis on essaie de faire entrer les différentes créatures politiques dans ces deux cases, ou au mieux selon cet axe, et ça ne marche pas toujours.

    La politique existait pourtant bien avant, pour ne pas dire depuis les débuts de la vie de l’homme en société. Puisqu’on pouvait faire sans ce « paradigme » il y a 219 ans, je ne vois pas pourquoi on pourrait pas faire sans dorénavant.

    Et mon intuition, avant le lire en profondeur sur le sujet, c’est que les plus grands défenseurs de cette axe gauche/droite sont les représentants de la gauche.

  17. Je voulais parler de la terminologie, mais non de la conception de la droite et de la gauche. Le concept a pris plusieurs décennies à se fabriquer, et il aurait sûrement pu avoir un autre nom.

    Comme toutes les disciplines, la science politique s’est étoffée avec le temps et a tenté d’étudier son domaine en le déterminant avec des concepts et des grilles d’analyse. On pourrait dire la même chose de la physique ou de la chimie. Même si ces sciences n’étaient pas créées encore, les phénomènes qu’elles étudiaient étaient tout de même présents dans le milieu.

    Peut-être est-ce vrai que la gauche amène cette division en premier lieu, car la droite aimerait bien mélanger tous les concepts en politique afin de mêler les cartes et convaincre l’électorat d’appuyer ses politiques. L’ADQ a tenté ce coup en 2003.

  18. @Martin

    Intéressant le lien que tu m’as donné. Cela semble compléter l’axe droite et gauche. Je n’ai pas tout lu, je suis très fatigué à cette heure, mais je vais te donner mes feedbacks bientôt.

  19. Jimmy,

    Je trouve que tu résumes très bien les concepts de droite et de gauche et ce, d’une manière très accessible. En peu de mots, tu réussis à définir ces deux positions politiques et sociales, aussi bien en ce qui à trait à leurs origines qu’à leur évolutions respectives. Les nuances que tu apportes quant à la subjectivité de ces deux concepts sont, elles aussi, bien expliquées et très à propos. La blogosphère a un très grand besoin de ce genre de texte.

    Merci pour elle et pour moi itou !

  20. Oui, j’essai de vulgariser le plus possible. C’est le propre d’une bonne communication: être accessible à tous et chacun. Merci André!

  21. Je crois qu’au contraire, le délire entre la gauche et la droite doit persister. Malheureusement, ça comporte aussi les mauvais côtés cités ici haut. Parcontre, dans un débat structuré, ce qui est rare, nous pouvons réellement gagner des points. Se dire au centre en 2007, je n’y crois pas. Si des principes sont à la base de nos idéologies, ces dits principes sont aussi à la base des actions. Hors, la droite ne fait pas vraiment d’actions louables ces temps-ci et je désire sincèrement les dénoncer. Il y a contradiction, supercheries, mensonges et conflit d’intérêts dans trop de cas. Prenons par exemple les guerres en Irak et en Afghanistan, elles sont toutes 2 très payantes du côté droit de la clôture, qui en parle? C’est pourtant un conflit d’intérêt flagrant. Les 710 milliards alloués (aux compagnies privées) en 2007 pour la défense nationale aux É-U, sont plutôt alléchants ne trouvez-vous pas? C’est bien plus payant que l’industrie du pétrole encore!

    Dire qu’aujourd’hui, le combat de la gauche devrait cesser pour se situer au milieu, comme dans une social-démocratie, où l’on permets justement cette triche quotidienne, je ne suis pas d’accord. Il faut regarder les faits, dans un débat, on est souvent confrontés à des contradictions pourtant flagrantes, exemple?

    La droite tient-elle compte des ressources? Envisages t-elle la redistribution des richesses à travers le monde? À court et long terme, quel est le plan pour sauver la vie sur Terre en cas de « problèmes graves », tels qu’anoncés par une communauté scientifique des plus unies? Il n’y en a pas. Nous sommes sur un blogue vert? Bon alors un peu de logique… Saviez-vous que le système nord-américain, s’il était partagé à tarvers la planète coûterait 7 planètes Terre en ressource? Un peu de ralisme s.v.p….

    « Et mon intuition, avant le lire en profondeur sur le sujet, c’est que les plus grands défenseurs de cette axe gauche/droite sont les représentants de la gauche. »

    -Effectivement, je crois que nous tenons à être dissociés de certains droitistes plus extrémistes que d’autres. Mais la pensée du jour de l’un est très lointaine de la pensée du jour de l’autre. C’est tres compliqué il me semble, bien plus compliqué que vos deux explications. Il y a des principes auquels nous dirons toujours non, ils nous apparaissent flagrants, alors qu’il faut parfois les expliquer à la population non-politisée. Exemple: public/privé
    Nous avons des principes que nous pourrons jamais laisser tomber, comme « l’exploitation de l’homme par l’homme a assez duré.

    « Peut-être est-ce vrai que la gauche amène cette division en premier lieu, car la droite aimerait bien mélanger tous les concepts en politique afin de mêler les cartes et convaincre l’électorat d’appuyer ses politiques. L’ADQ a tenté ce coup en 2003. »

    -Entièrement d’accord avec ça. Mario serait un bon exemple de chaméléon…

    Le texte est très bien Jimmy.

    « On pourrait être tenté de dire « les humains auront l’avenir qu’ils méritent ». Sauf que les humains de demain sont tributaires des humains d’aujourd’hui. Et les humains de demain hériteront d’une Terre moins hospitalière… Sauf si nous nous décidons à mettre en oeuvre une dynamique du changement. «On s’y met quand?» »

    Hubert Reeves

    -Il y a en plus parmis ces humains, des contestataires comme nous, à gauche. Je ne mérite certes pas de subir les idéologies de droite. Hors, mes enfants les subiront aussi…

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