Une loi vide de sens

Ce texte a aussi été publié dans le journal Le Devoir.
Un jugement en appel d’une cause impliquant un employé de la compagnie Tecsult, une firme d’ingénierie forestière, a altéré de façon irréversible la Loi sur le financement des partis politiques. En théorie, seuls les individus ont le pouvoir de contribuer aux caisses des partis politiques. Les compagnies, pour contourner l’essence même de la loi, demandaient à leurs employés de contribuer afin qu’elles financent indirectement les formations politiques. Ils étaient remboursés par la suite. Une pratique peu éthique, mais qui était tolérée jusqu’à récemment.
Bien qu’un premier juge ait décrété que les contributions « par la bande » des entreprises via leurs personnels constituaient des revenus pour les salariés impliqués, et donc constituaient des gains imposables, la cour d’appel a en décidé autrement. Une décision qui vide de son sens l’une des lois les plus progressistes en la matière.
Comment justifier un tel revirement légal? Imposer ces donations n’aurait-il pas freiné cette méthode douteuse de donner de l’argent aux formations politiques? Sommes-nous revenus à l’époque Duplessiste où le plus gros porte feuille avait l’oreille des gouvernants? Une entreprise possédant plus de liquidités et plus d’employés mérite-elle d’avoir plus d’influence au niveau politique? Il faudrait interdire les dons privés et généraliser le financement des partis par l’État selon le nombre de voix obtenues, point à la ligne. Seulement de cette façon serait assurer le bon fonctionnement de la démocratie et limiter l’influence des groupes de pression dans les décisions politiques.
La richesse de l’un est la pauvreté d’un autre

Notre système économique a besoin de nouveaux territoires à exploiter afin d’assurer son existence. Sans l’apport de ressources et de main d’œuvre à bon marché, l’équilibre du capitalisme s’avèrerait difficile à maintenir car il est empreint de contradictions intrinsèques qu’il ne peut résoudre sans l’apport de richesses humaines et matérielles extérieures.
En effet, pour lutter contre ses paradoxes internes, tel que le déséquilibre inhérent entre l’offre et la demande, que l’on comble partiellement, mais non totalement, avec le crédit (voir Frénésie Boursière… ), ce système se doit d’acquérir des ressources et une masse de travailleurs à bas prix afin de permettre aux grandes entreprises d’engranger des bénéfices. Sans cette logique d’extorsion dans les pays étrangers de l’Occident développé, le capitalisme sombrerait dans le marasme.
En conséquence, le FMI et la Banque mondiale imposent aux pays en développement des règles économiques qui favorisent l’implantation des entreprises occidentales et la production à grande échelle. Par exemple, on exproprie des petits paysans afin de créer des méga-fermes dans les mains de grands propriétaires fonciers qui collaborent avec les multinationales. On pompe aussi l’eau des nappes phréatiques de régions entières pour la fabrication de boissons gazeuses au détriment des agriculteurs locaux faisant alors face à la faillite, et qui, pour survivre, se doivent de migrer vers les grands centres urbains et travailler (avec leurs enfants) à des salaires misérables et des conditions inhumaines dans les usines du genre « sweat shop » des hommes d’affaires du nord. Ainsi, la main d’œuvre à faible coût vient compléter l’acquisition de ressources à tarifs modestes.
La propagation de régimes socialistes, en Amérique latine surtout, est une conséquence de ce processus (voir Un nouvel effet domino).
Nous devrions nous questionner sur le bien fondé de notre système économique, et sur le malheur qu’il inflige aux peuples qui ne font pas partie des nations dites développées. Notre qualité de vie est tributaire de l’exploitation de contrées qui ne profitent pas des largesses de la société de consommation. En achetant les articles aux prix alléchants des compagnies présents sur ces territoires, nous acquiesçons à cet état de fait et sommes tout aussi coupables que les conseils d’administration de ces multinationales.
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